‹ Essai sur l'ancien CundinamarcaChapitre 5 sur 37 · ESSAI $ ER · texte numérisé non relu

ESSAI $ ER

leu ; mais si le vol était très - important , on les lui arrachait avec des épines.

Ceux qui prenaient la fuite dans un combat étaient condamnés à porter des vêtements de femme pendant un certain temps ; pour les délits moins graves, on coupait les cheveux et on déchirait les vêtements du coupable, ce qui était regardé comme une marque d’infamie.

Des lois somptuaires très-sévères réglaient le costume que chacun avait le droit de porter selon son rang.

La place de chacun dans les assemblées était exactement réglée , et si quelqu’un usurpait celle d’un autre , celui-ci avait le droit de le prendre par l’oreille et de l’en faire honteusement sortir (1).

La principale ville du Cundinamarca était Muequeta, l’ancienne capitale des zippas , à laquelle les Espagnols ont donné par erreur le nom de Bogota. Elle était située sur les bords du Funzha , à cinq lieues plus au nord que la ville actuelle , et renfermait , dit-on, plus de 20,000 familles.

Le palais du roi se composait d’un grand nombre de maisons rondes et coniques; elles étaient construites en bois et en torchis, et avaient des toits

(0 Simon , partie II , notice iv, ch. 6 et io. — Piedrahit m , par tie I , liv. n, ch, 5.

l’ancien cundinamauca.

en paille. Une cloison intérieure tournait en colimaçon , et était elle-même divisée en plusieurs compartiments, dont les murs étaient tapissés de belles nattes ornées de dessins de diverses couleurs. Les portes et les fenêtres étaient petites , et n’étaient fermées que par des nattes ou par des lattes de bambous attachées ensemble avec des ficelles, ce qui les faisait ressembler beaucoup à nos jalousies. Dans le palais des principaux chefs , on attachait aux portes des plaques d'or, dont le bruit avertissait quand quelqu’un entrait.

Ces maisons , qui se nommaient thjhuas , étaient environnées d’une enceinte de madriers attachés ensemble avec de grosses cordes. Celle du palais avait douze portes , sans compter les poternes , et toutes étaient protégées par les gardes du roi.

Le zippa avait aussi plusieurs maisons de campagne, dont la principale était à Tabio, à quatre lieues de Bogota , où la nature avait placé deux fontaines, une d’eau chaude et une d’eau froide.

Il y avait aussi dans divers endroits des forteresses , dont la double enceinte était également construite de madriers liés ensemble , entre lesquelles on tendait une grosse toile de coton pour mettre ceux qui la défendaient à l’abri des projectiles. Cette enceinte renfermait des bâtiments remplis de munitions de guerre et de bouche ; on cite particulièrement celle de Busengote, dans la province de Caxica, qui avait 2,000 vares de tour, celles de Simijaca , d’Ocavita, de Lupachoqueet de Guacheta , et sur-

ESSAI sua

tout celle que lusaquede Duytama avait construite au milieu d un marais , et dont les zippas ne purent jamais se rendre maîtres (1).

Dans 1 espérance de donner à ces forteresses une durée éternelle, on jetait dans chacun des trous qui étaient destinés a recevoir un poteau, une belle jeune fille dans le corps de laquelle on enfonçait sa pointe acéree. Les familles dans lesquelles elles étaient choisies regardaient cela comme un grand honneur. Quand la construction de la forteresse était terminée , on donnait une grande fête qui durait plusieurs jours , où des bouffons étaient chargés de divertir le peuple. Ils étaient payés pour cela et gagnaient leur vie à aller de fête en fête. Pendant tout le temps qu'elle durait, deux vieillards restaient à la porte sans prendre aucun aliment; ils étaient nus et tenaient à la main un filet à prendre des oiseaux ; ils jouaient sur la flûte des airs mélancoliques pour faire penser a la mort, dont les filets étaient le symbole , puisqu’ils servent à faire périr les animaux. Leur nudité et leur jeûne indiquaient qu’elle prive l’homme de tout. Ils étaient donc placés à la porte pour rappeler à tous ceux qui entraient pour se divertir, qu’ils devaient mourir un jour. Les airs qu’ils jouaient étaient si tristes que quelquefois toute l’assemblée se mettait à pleurer. Quand un Indien avait construit une maison neuve , il imitait cette céré-

(i) Simon , liv. 11 , notice îv, ch. 2D. — Piedrahitn , liv. v,

ch . 5.

l’ancien CUNDINAMARCA. '

morue selon ses moyens , mais surtout il ne man q uait jamais de faire venir un bouffon (1).

11 nous reste bien peu de documents sur 1 état industriel et commercial des Muyscas. ils savaient très-bien fabriquer les nattes et les étoffes, et travaillaient for avec assez d’habileté ; mais ils ne connaissaient ni le fer , ni le cuivre , ni l’étain , ni le plomb , quoiqu’il y en ait des mines sur leur territoire ; ils labouraient avec des instruments en bois et avaient des couteaux faits avec des pierres aiguisées. Chaque village avait des bois et des pêcheries qui lui appartenaient en propre (2).

Il paraît que leur commerce s’étendait assez loin ; on prétend même que Belalcazar rencontra à Quito un Indien qui lui parla du Cundinamarca et de la richesse de ses habitants , et que ce furent ces rapports qui le déterminèrent à entreprendre une expédition vers le nord (3). Ce qu’il y a de certain , c’est qu’ils avaient de l’or en abondance , quoique leur pays n’en produise pas, et qu’il est souvent question dans les auteurs espagnols de coquillages marins qui leur servaient de trompettes (k) ; ce qui prouve-

(1) Simon, part. Il , liv. îv, ch 7.

(2) Idem , part. Il, notice iv, ch. 10

(3) Idem , part II , notice n, chap. 3 — Piedrahita , liv. v, ch. 3.

(4) Piedrahita , liv. 1, ch. 5-

rail des rapports au moins indirects avec les habitants de la cote. Leur principal objet d’échange était le sel gemme, quel on exploitait à Zippaquira, à Nemocon et à Xavusa.

11 y avait des foires dans presque tous les villages, mais les deux principales étaient , Tune en terre t haude au bord de la Magdalena, sur le territoire des Indiens Payvas ; l’autre dans les états du cacique de Zorocota , près de l’endroit où Ton a construit la ville de Vel ez.

Les Payvas avaient de nombreuses mines d’or, et fabriquaient de ce métal des bijoux que les Muyscas venaient échanger contre des étoffes de coton, du sel et des émeraudes. C’est delà, ainsi que du butin qu’ils faisaient sur les Panches , leurs ennemis héréditaires, que provenait tout l’or que les Espagnols trouvèrent dans leur pays.

La foire de Zorocota avait lieu tous les huit jours ; elle était fréquentée par les Bogotas , les Tunjas , les Sogamosos, les Guanis , les Chipataes , les Saboyais , les Agataes , qui venaient y apporter les produits de leur pays. Tous les marchés se concluaient, depuis un temps immémorial, sur un rocher isolé, situé au milieu de la plaine ; les Espagnols , ayant voulu mettre un terme à un usage qu’ils regardaient comme une superstition , le brisèrent et trouvèrent qu’il renfermait du minerai si riche, qu’on tira quatre-vingts marcs d’argent de ce rocher , qui ne pesait pas plus de quatre quintaux ; ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que ce métal n existe pas

h ANCIEN C UNI) IN AM A U CA.

ailleurs dans le pays , et que malgré toutes les recherches que Ton fit à cette occasion, on n’en a jamais pu. découvrir la moindre veine.

Une partie de ces marchés se faisaient à crédit , mais la loi était très-sévère contre les débiteurs , car si on ne payait pas la dette à l’époque fixée, elle augmentait de moitié par chaque lune (1).

Page 1