‹ Essai sur l'ancien CundinamarcaChapitre 6 sur 37 · XXX J · texte numérisé non relu

XXX J

11 ne nous reste plus qu’à dire quelques mots des langues du Cundinamarca , qui sont si complètement oubliées aujourd’hui, qu’on trouverait diflicilement dans tout le pays un Indien qui en sut quelques mots.

Le P. Simon (2) nous apprend que la langue des Tunjas était un dialecte si différent de celui des Bogotas, qu’ils ne se comprenaient pas, quoique quelques mots fussent communs aux deux langues. Cette opinion est confirmée parle P. Cassani (3).

La langue Tunja est entièrement perdue ; celle des Bogotas , à laquelle les Espagnols donnèrent le nom de Chibcha , à cause de la quantité de Chi et de

(1) Simon , part. Il, notice iv, ch. 9. — Piedraliita , part. I, liv. 11 , ch. \ , dit au contraire que les grandes foires se tenaient à Ebate.

(2) Simon , part. 11, notice 11, ch. 4*

(3) Cassani , Historia de la compania de Jésus dcl nuevo reyno de Granada, Madrid , in-fol., p. 4 3 4 •

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Oui cju elle renferme, était devenue presque générale vers l’époque de la conquête , et ce fut celle que les premiers missionnaires apprirent pour prêcher le christianisme. Le P. Joseph Dadey (1) est le premier qui en ait fait une grammaire et un dictionnaire. Le P. Bernardo Lugo en fît imprimer une gi ammaire sous le titre de yirte de la lengua mosca , Madrid , in-8°. La bibliothèque de l’Institut en possède un exemplaire.

XXXIY.

Les circonstances qui accompagnèrent la découverte et la conquête de l’Amérique sont tellement connues qu’il nous paraît inutile d’entrer dans aucun détail à cet égard. Nous rappellerons seulement que le gouvernement de tout le pays qui s’étend depuis le cap de la Vêla jusqu’à l’embouchure du grand fleuve de la Magdalena fut accordé en 1525 à Rodrigo Bastidas qui y fonda la ville de Sainte- Marthe , et fut assassiné par ses compagnons dans le courant de l’année suivante. Garcia de Lerma qui arriva d’Espagne en 1528 pour lui succéder, soumit d’abord plusieurs caciques des environs, parmi lesquels on distinguait celui de Posigueyca ou des Tayronas qui était très-puissant. Cette nation paraît avoir acquis un assez haut degré de civilisation , et était surtout renommée pour l’habileté avec laquelle

( t ) Cassa ni , p. 5 10-

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elle travaillait les métaux ; mais elle est entièrement détruite aujourd'hui (1).

Vers la même époque (1532), D. Pedro de lleredia fut nommé adelantade de tout Je pays compris entre l'embouchure de l'Atrato et celle de la Magda- Jena qu’on désigna sous le nom de Nouvelle-Andalousie; il y arriva l'année suivante avec cent cinquante hommes , presque tous nobles et soldats expérimentés. Il alla jeter l’ancre dans une baie que l'on désignait alors sous le nom de Calamari, et qui a pris depuis celui de Carthagène à cause de la ville qu'il y construisit. A peine Heredia en avait-il jeté les premiers fondements, qu’il alla attaquer le village indien de Calamari ; mais les naturels qui s'étaient retranchés derrière une palissade de gros troncs d’arbres , firent pleuvoir sur ses soldats une si forte grêle de flèches , qu’il fut obligé de se retirer après avoir éprouvé une perte considérable. Il fut plus heureux dans une expédition contre Turbaco , dont les habitants ne se soumirent cependant qu'après une vigoureuse résistance à laquelle les femmes mêmes avaient pris part. Elles maniaient l'arc et les flèches avec tant d'adresse qu'on rapporte qu'une jeune fille de vingt ans tua huit Espagnols avant de succomber. L'armée d'Heredia avait tellement souffert qu'il fut obligé d'abandonner sa nouvelle conquête et de rentrer à Carthagène.

Quand ses soldats se furent un peu reposés , He-

(i) Ccvallos. Via<0e f/cl mundo , liv i , ch. 19. — H errera , décati. IY, liv. v, ch. 11. — Piedrnhita , liv. m, ch. 1 — 3.

1 edjü se remit en campagne , et se dirigeant du côté de 1 est , ii arriva sur les bords de la Magdalena sans lencontrer d autres obstacles que des marécages et des déserts qui le décidèrent à revenir de nouveau sur ses pas. Ayant reçu des renforts que lui amelièrent Juan del Junco et Alonso de Heredia son lieie, 1 adelantade soumit successivement les provinces de Zenu, d’Uraba et deTolu , où il fonda les vdles de San-Sebastian , de Santiago de Tolu et de Villa de Maria.

Garcia de Lerma ayant péri en 1532 dans un combat contre les Indiens , il fut remplacé par Pedro Fernandez de Lugo, adelantade des Canaries ; Lugo emmena avec lui douze cents hommesde choix, et désigna pour son lieutenant général Gonzalo Ximenez de Quesada, natif de Grenade , et qui devait plus tard faire la conquête du Cundinamarca et lui donner le nom de sa patrie. Il était alors âgé de trente-sept ans.

Des que Fernandez de Lugo fut arrivé dans son gouvernement , son premier soin fut de soumettre les Tayronas qui s étaient révoltés, et il pénétra ensuite dans la vallée de la Ramada jusqu’au pied des montagnes; mais ayant trouvé le pays moins riche qu’il ne Fespérait , il revint à Sainte-Marthe avec l’intention de remonter la Magdalena; car il avait appris confusément que les rives de ce fleuve étaient

LA N CIE N C Ü M> I JV AM AIl C A .

habitées par des nations riches et puissantes. Il lit construire à cet effet un grand nombre d’embarcations dont il se réserva le commandement. Ximcnez de Quesada , son lieutenant général, devait s'avancer par terre dans la même direction, à la tête de 620 fantassins et de 85 cavaliers. Les deux détachements se mirent en route le 5 avril 1536.

La flottille , mal construite et mal dirigée , ne put s’avancer très - loin ; les principales embarcations firent naufrage, et ceux qui les montaient ne parvinrent à gagner Carthagène qu’après bien des fatigues et bien des dangers. Lugo ne se découragea pourtant pas et envoya Louis de Manjarrez à bile Espagnole pour lui acheter d’autres navires. Mais celui-ci y fut retenu par un procès ; et Lugo luimême étant mort peu de temps après , on perdit entièrement de vue l’expédition de Quesada qui fut abandonnée à ses seules ressources.

Quesada traversa d’abord la province de Chimila et ensuite celles de Tamalameque et de Tamailazaque , pour gagner les rives de la Magdalena. Quoique ce pays eût déjà été conquis précédemment, son armée y souffrit considérablement du manque de vivres , de la chaleur et de l’humidité du climat, ainsi que des fatigues causées par des marécages d’une étendue considérable qu’il fut obligé de traverser. Il rencontra a Tamalameque les deux seuls brigantins

ESSAI SU H

<{iu eussent échappé au naufrage et qui portaient environ 180 hommes. Ils continuèrent à s’avancer de concert , mais avec tant de peines et de difficultés, qu apres huit mois de fatigues , ils n’étaient encore qu au Ptieblo de la Tora , à 150 lieues de l’embouchure du fleuve, qui était tellement grossi parles pluies que Quesada, désespérant de pouvoir avancer avant la fin de 1 hiver , résolut de le passer dans cet endroit. Les souffrances et le mécontentement de ses troupes augmentaient cependant de jour en jour et allaient éclater en rébellion ouverte, quand les capitaines Cardoso et Albarracin , qu’il avait envoyés à la découverte dans un canot , revinrent lui annoncer qu’ils avaient trouvé un sentier battu , praticable pour les chevaux , qui conduisait dans les montagnes ; ils lui apportaient en outre un pain de sel qu’ils avaient trouvé dans une hutte abandonnée. Pour s’assurer de 1 exactitude de ce rapport , Quesada envoya dans la même direction le capitaine Juan de Saint-Martin à la tête de vingt hommes et alla bientôt le rejoindre en personne au village de Barbacoas où il s’était arrêté ; là il apprit d’un Indien , que Ton avait fait prisonnier , que l’endroit où il se trouvait se nommait les montagnes d’Oppon, et que le sel venait d’un pays très-bien cultivé, situé plus avant dans l’intérieur. Les Espagnols, dans l’espérance de s’en faire plus tard un interprète, traitèrent très-bien cet Indien qu’ils nommèrent Pericon (1).

(i) Piedrahita , liv. ni, ch. 4 5. —-Simon, part. II, not. ï,

ch 21".

L ANCIEN cundinamarca.

Quesada retourna en toute hâte au village de la Tora où il avait laissé le gros de son armée, et après avoir embarqué les malades sur les brigantins qu’il renvoya à Santa-Martha ; il se mit en marche pour traverser les montagnes d’Oppon, qui couvrent un espace de près de quarante lieues. Pendant cette marche, les Espagnols soulFrirent tellement de la faim qu’ils furent réduits à se contenter de dix-huit grains de maïs par jour; il arriva enlin au commencement de l’année 1537 dans quelques villages situés à l’entrée du plateau dont les habitants, alliés du roi de Tunja, se préparaient à prendre les armes pour l’aider dans sa guerre contre le Zippa de Bogata. On donna à cette vallée le nom de V aile de las Tannas ou de T aile de la Gnta, à cause des cris que poussèrent les Indiens en apercevant les étrangers : c’est ce dernier nom qui a prévalu (1).

XXX Vil

Le premier soin de Quesada fut de réorganiser son armée qui ne se composait plus que de cent soixantesix hommes; environ quatre-vingts malades avaient été renvoyés à Santa-Martha , et c’était là tout ce qui restait de plus de 1,000 hommes qui l’avaient suivi, tous les autres avaient péri de faim et de misère. 11 avait soixante-deux cavaliers , douze arquebusiers et quinze arbalétriers. Les autres n’avaient qu’une

(i) Simon , part. 11 , not. i, ch . 33.

ou ESSAI SUR

épée et un bouclier. Beaucoup même, dont les armes avaient été entièrement détruites par l'humidité lurent forcés d avoir recours aux massues et aux macanasdes Indiens ; quant aux cuirasses, ils suivirent l exemple des conquérants du Mexique, et s’en firent avec du coton piqué entre deux étoffes, qui étaient à l t preuve des fléchés. Tous étaient tellement déguenillés, qu’ils avaient plutôt 1 air dune bande de Bohémiens , que d une armée qui va faire la conquête d’un vaste empire ; mais Quesada qui commençait a comprendre J importance de sa découverte , et qui , a 1 exemple de Cortez et de bien d’autres conquérants espagnols , ne voulait pas combattre pour le bénéfice d autrui , réunit les officiers, et déposant entre leurs mains le brevet qu’il tenait del’adelantade Fernandez de Lugo ainsique lebâton, symbole de son autorité , il leur déclara qu’il regardait le commandement de l’expédition comme une tâche au-dessus de ses forces, qu’en conséquence ils eussent à choisir le chef qui leur paraîtrait le plus capable. Comme il était facile de le prévoir , le choix tomba de nouveau sur lui, et après s’être fait un peu presser, il reprit le commandement au nom du roi d’Espagne et sans aucune dépendance du gouverneur de Santa-Martha (1).

Les habitants des premiers villages les avaient abandonnés à l’approche des Espagnols qui y trouvèrent quantité de vivres et d’étoffes, et purent se

(i) Piedrahita , I Lv . îv, cl» 3.

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