‹ Essai sur l'ancien CundinamarcaChapitre 7 sur 37 · I. ’ A X C I E N C UN J) IN A M A U C A · texte numérisé non relu

I. ’ A X C I E N C UN J) IN A M A U C A

refaire un peu Je leurs fatigues. Mais, revenus Je la première terreur que leur avait inspirée la vue Jes chevaux et d’une race d’hommes qui leur était inconnue, ils ne tarJèrent pas à se rallier , et se préparèrent à défendre le passage d’un ravin, derrière lequel ils élevèrent une palissade de troncs d’arbres. Ils combattirent avec tant de valeur que les Espagnols ne purent forcer le passage et furent obligés de camper sur le bord du ravin , avec l’intention de recommencer le combat au lever du soleil; mais le hasard voulut que deux chevaux entiers étant parvenus à se détacher, ils commencèrent à se battre avec tant de fureur , que l’un d’eux , pour échapper aux ruades de son adversaire , s’élança dans le ravin , remonta sur l’autre bord et traversa toute l’armée ennemie , poursuivi par son vainqueur qui faisait ainsi que lui retentir l’air de ses hennissements. Cette irruption subite frappa les Indiens d’un tel effroi, qu’ils abandonnèrent leur camp en désordre et que , le lendemain, les Espagnols n’aperçurent plus sur le revers du ravin que les deux chevaux qui paissaient tranquillement Ils continuèrent donc leur route et arrivèrent à Ubaza dont les habitants avaient pris la fuite; car le bruit s’était répandu dans tout le pays que les Espagnols étaient des monstres voraces qui se nourrissaient de chair humaine. Le lendemain , ils se rendirent à Sorocota qu’ils trouvèrent également abandonné , mais si bien fourni de vivres que Quesada résolut d'y laisser reposer son armée pendant quatre jours, d’autant plus qu’il

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y avait aux environs d’excellents pâturages pour les chevaux. Mais quand il voulut se remettre en marche, les niguasy espèces d’insectes que l’on nomme chiques dans nos colonies , avaient tellement fait entier les pieds de ses soldats , qu’ils auraient été hors d état d’aller plus loin , si quelques femmes du pays ne leur avaient enseigné le moyen de guérir leurs morsures (1).

Les Espagnols arrivèrent d’abord à Turca où ils entendirent parler pour la première fois de la grande puissance du Zippa de Bogota , et ensuite aux salines de Zaquenzippa , ce qui les détournait de leur route , mais où les guides croyaient qu’ils voulaient aller, parce qu’ils leur montraient sans cesse du sel en leur faisant entendre par signes de les conduire dans l’endroit d’où il provenait ; ils arrivèrent enfin à Guacheta (2). Cette ville renfermait plus de mille maisons qu’ils trouvèrent entièrement désertes , car les habitants l’avaient abandonnée pour se retrancher sur les rochers qui la dominent. Cette position était si forte, que le roi de Tunja n’avait jamais pu s’en emparer , quoiqu’il eût tenté plusieurs fois de sou-

(1) Piedrahita , liv. iv, ch. 4 — Simon , part. II , not. n, ch. 3 et suiv.

(2) Les Espagnols donnèrent à cet endroit le nom de Santo- Gregorio , parce qu’ils y arrivèrent le jour de ce saint , c’est-àdire le 12 mars; il y avait donc onze mois et six jours qu’ils avaient quitté Santa -Martha dont ils étaient partis le 6 avril 1 53^.

L A N G 1 1: N Cl) ND 1 1\ A M A K C A .

mettre lusaque de cette province. Les Guachetaes , croyant que les Espagnols se nourrissaient de chair humaine, avaient préparé un bûcher auprès duquel ils avaient attaché un vieillard , dans l'espérance qu’ils s’en contenteraient. Ceux-ci s’empressèrent de le détacher , et après lui avoir donné un bonnet rouge et quelques verroteries , ils le renvoyèrent à ses compatriotes qui, croyant simplement que les Espagnols n’en avaient pas voulu parce qu’ils le trouvaient trop coriace , leur jetèrent du haut des rochers quelques jeunes enfants. Voyant que les étrangers n’y touchaient pas non plus , ils résolurent de faire une dernière tentative pour connaître les mœurs de leurs nouveaux hôtes et leur envoyèrent un homme et une femme , dont les mains étaient attachées derrière le dos, et un cerf ; voyant que les Espagnols choisissaient le cerf, ils n’éprouvèrent plus aucune crainte, quittèrent les rochers et rentrèrent dans la ville (1). Ils consentirent même à recevoir le baptême, qui leur fut administré surle-champ. Le feu ayant pris à la ville pendant la nuit, les Espagnols travaillèrent à l’éteindre avec tant de succès , que le bruit de leur humanité et de leur modération se répandit dans toute la contrée. Quesada , de son côté , n’épargnait rien pour confirmer ce bruit en faisant observer la plus stricte discipline. Malgré les prières de ses principaux officiers, il fit pendre , sans miséricorde , un Espagnol nommé

(ï) Simon , part II , not. m , ch. 4

Juan Gordo, qui avait volé quelques pièces de toile à un Indien de Suezuca ou Suesca ; sévérité maladroite, et qui, si elle rassura les Indiens sur la conduite des Espagnols , leur apprit aussi qu’ils n etaient pas immortels comme ils se l’étaient figurés. Us ne tardèrent pas non plus à s’apercevoir que les chevaux n étaient pas si redoutables qu’ils l’avaient cru , et qu ils ne formaient pas un seul corps avec le cavalier. Le Zippa qui avait été instruit de leur arrivée , convoqua ses principaux chefs et résolut de les attaquer ; ce qui lui était d’autant plus facile que son armée était reunie , parce qu’il se disposait à aller combattre le roi de Tunja. Les Espagnols traversèrent sans obstacle Lenguazaque et Suesca ; mais en sortant de Zippaquira, leur arrière-garde fut attaquée par quarante mille Indiens , parmi lesquels il y avait au moins cinq cents usaques ou nobles. Us portaient avec eux les corps desséchés de leurs anciens héros , ce qui était une marque certaine qu’ils étaient décidés à vaincre ou à périr ; ils furent cependant repoussés après avoir éprouvé une perte considérable. Thyzquesusha qui , du haut d’une éminence , assistait au combat , abandonna sa litière pour s’enfuir plus promptement à Muequeta , et Zaquesazippa , qui commandait son armée , fut forcé de se réfugier dans la citadelle de Sumumgota à une demi-lieue de Caxica ; elle était défendue par une double enceinte de bambous de quinze pieds de hauteur attachés avec des cordes , et formait un carré parfait dont chaque face avait deux milles vares de

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long. Entre les deux enceintes on avait tendu une forte toile de coton , qui mettait les défenseurs à l’abri des pierres et des flèches. Dans l'intérieur , se trouvaient des magasins considérables d'armes et de vivres que le Zippa Thyzquesusha avait réunis pour 1 expédition qu'il méditait contre le roi de Tunja , et qui fut arretée par l'arrivée de Quesada (1).

Les Espagnols s’emparèrent sans difficulté de Gaxica ; les Indiens, persuadés par leurs dernières défaites qu'ils étaient véritablement les fils du soleil, vinrent au-devant d'eux, en brûlant sur des réchauds de la résine appelée moque , et en chantant des espèces de cantiques par lesquels ils imploraient leur pardon.

Quesada fut tellement frappé de la beauté de tous les édifices qui s’ofïraient à ses regards, qu’il donna à ce pays le nom de Valle delos Alcazares . Il entra aussi facilement dans Nemocon et dans Chia qui , comme on l'a vu plus haut , était le domaine personnel de l'héritier du trône. Plusieurs chefs , fatigués de la tyrannie du Zippa , et entre autres ceux de Suba et de Tuna, se hâtèrent de s'y rendre pour faire leur soumission à Quesada et lui porter des présents. Mais tout ce qu’ils lui offrirent et ce qu’il avait trouvé dans les endroits dont il s'était emparé,

(i) Piedrahita , liv. iv, ch. 5

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ne tirent qu augmenter son désir de se rendre maître des trésors du Zippa. Il se rendit donc en toute hâte à Bogota, mais en y arrivant il trouva cette ville complètement abandonnée , les temples et les palais avaient été dépouillés de tout ce qu’ils renfermaient de précieux. Le Zippa avait tout emporté avec lui dans l’intérieur des montagnes , et il parvint à l’y cacher si bien qu’on n’a jamais pu le retrouver depuis , quoique l’on ait fait pour cela bien des tentatives inutiles. Quesada , malgré tous ses efforts , ne put parvenir à découvrir où Thysquesuzha s était retiré. Ce fut en vain qu’il fit subir à plusieurs usaques les tortures les plus cruelles. Tous s’accordèrent à dire qu’ils l’ignoraient complètement. Il se décida donc à séjourner quelque temps à Bogota , dans l’espérance d’amener le Zippa à venir le trouver pour traiter de la paix. Celui-ci s’était retiré dans un palais qu’il avait à Tenaquasa , et loin de consentir à revenir à Bogota, il essaya plusieurs fois d’en expulser les étrangers soit de vive force, soit en faisant mettre le feu à la^ville ; mais les Espagnols faisaient si bonne garde qu’il ne put y réussir. Les premières défaites qu ’avaient éprouvées les Muyscas leur avaient inspiré une telle terreur que rien ne pouvait les retenir, quand ils apercevaient de loin un cheval.

Quesada profita cependant de son séjour à Bogota pour envoyer de divers côtés à la découverte. Les principaux chefs du pays , qui désiraient avant tout se débarrasser de lui , lui ayant vanté l’extrême richesse de la province des Panches, il envoya contre

l’ancien C Ü N DI N A M ARC A .

eux le capitaine Cespedes; mais les Panches lui opposèrent une si vigoureuse résistance , qu’après avoir remporté la victoire , il trouva ses troupes tellement affaiblies qu’il fut obligé de retourner sur ses pas.

La quantité d’émeraudes que l’on avait trouvée entre les mains des Indiens , avait excité l’attention des Espagnols ; ils s’informaient soigneusement de l’endroit qui les produisait, et ne tardèrent pas à apprendre que les mines se trouvaient dans les domaines du Somondoco. Quesada résolut donc de se diriger de ce côté , et envahit d’abord les états de Pusaque de Bojaca qui , malgré l’exemple des autres chefs de la plaine , avait refusé de venir faire sa soumission. Mais ayant pris la fuite avec tous ses sujets dès qu’il eut appris l’approche des Espagnols , ils s’emparèrent sans coup férir de sa capitale où ils firent un butin considérable. Ils traversèrent ensuite Engateba, Techo , Ubsaghen , Theusaca, Guasca et Guatavita et arrivèrent enfin à Turmeque , ville bien fortifiée, où commençaient les états du roi deTunja. L’usaquede Turmeque reçut les Espagnols avec des honneurs presque divins ; mais il sut si bien garder son secret que les Espagnols n’eurent aucune connaissance de l’existence du puissant roi de Tunja, dans les états duquel ils se trouvaient. Ils quittèrent donc cette ville à laquelle ils avaient donné le nom de Pueblo de las trompetas , à cause du grand nombre de ces instruments que les Indiens firent retentir en venant au-devant d’eux (1).

( 0 Piedrahita , liv. v. ch 3, — Simon , paît II , not n, ch. 17,

Quesada se dirigea d’abord vers la province de Tença à laquelle il donna le nomSan-Juan, et entra dans celles de Garagoa et d’Obeita, où il résolut de séjourner pendant quelque temps parce qu’il y trouva des vivres en abondance. Il envoya les capitaines Valenzuela et Gardoso reconnaître les mines de Somondoco Ceux-ci revinrent au bout de quelques jours après avoir rempli leur mission, et lui racontèrent que , du haut des montagnes , ils avaient aperçu des plaines immenses et sans autres bornes que l’horizon. Le capitaine San-Martin reçut l’ordre de se mettre à la tête de trente hommes et de chercher a y pénétrer. Mais cette entreprise fut aussi malheureuse que toutes celles que les Espagnols tentèrent, dans la suite, de ce côté ; il erra pendant quarante jours dans les forêts avec ses compagnons, qui faillirent périr de faim et de misère , et revint sans avoir rien découvert.

Quimuinchatecha ou plutôt Quemenchatoca , qui régnait alors à Tunja, avait pris toutes les mesures pour rester inconnu des Espagnols. Les usaques des villes frontières avaient reçu les ordres les plus stricts de ne pas parler de sa puissance et de chercher à les diriger d’un autre côté , si bien que Quesada n’avait jamais entendu parler de lui , quoiqu’il eut traversé Toca et Turmeque qui faisaient partie de ses états , car Quemenchatoca était tellement re-

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