L ANCIEN CU N DIX A. MARC A
1er le passage. Mais les plaques d’or, qui brillaient sur tous les édifices, étaient un puissant encouragement pour les assaillants qui chargèrent vigoureusement r ennemi et ne tardèrent pas à le mettre en déroute. Cependant le malheur poursuivait Quesada, et les richesses qu’il convoitait lui échappaient toujours au moment où il croyait les saisir.
Deux Espagnols, nommés Juan Sanchez et Juan Rodriguez Parra , pénétrèrent dans le grand temple, et pendant qu’ils faisaient main basse sur tout ce qu’ils rencontraient , les torches qu’ils portaient à la main mirent le feu aux nattes de jonc dont les murailles étaient tapissées ; les deux soldats trop occupés du pillage ne s’aperçurent de l’incendie que quand il fut impossible de l’arrêter. Ce fut à peine s’ils eurent le temps de prendre la fuite en abandonnant leur butin. Quelques auteurs prétendent que cet incendie ne fut pas causé par un accident, et que ce furent les prêtres eux -mêmes qui mirent le feu au temple , aimant mieux détruire toutes les richesses qu il contenait que de les voir tomber entre les mains de leurs ennemis. L’incendie fut si considérable que , selon les historiens espagnols , il ne fut complètement éteint qu’au bout de cinq ans , exagération absurde , mais qui prouve cependant
quelle était l’immense étendue du temple de Sogamoso.
Le Sogamuxi embrassa pi us tard la religion chrétienne et survécut longtemps à la conquête. C était h ce qu il parait un homme d un esprit rare
* L Vi
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ESSAI S U R
pour un Indien. Piedrahita rapporte qu’un Espagnol lui ayant annoncé l’arrivée d’un nouveau gouverneur , qui passait pour juste et impartial, il lui demanda s il croyait que les eaux d’un fleuve pussent couler en remontant, 1 Espagnol lui ayant répondu que cela ne pouvait être : « Eh bien! alors, lui dit-il, comment veux-tu que je puisse croire à l’existence d’un gouverneur espagnol qui rende justice aux Indiens (1). »
Pendant ces diverses expéditions, Quesada n’avait cessé de faire tous ses efforts pour découvrir la retraite du Zippa et avait fini par apprendre qu’il s’était retranché dans une forteresse située au milieu des forêts. Il résolut donc de se diriger de ce côté , et dans 1 espérance de pacifier le pays, il remit en liberté le roi de Tunja qu’il avait jusqu’alors gardé prisonnier.
En arrivant auprès de Bonça , les Espagnols furent attaqués par une nombreuse armée commandée par 1 usaque deDuytama. Fier d’avoir répoussé l’attaque tentée contre sa capitale , il était parvenu à attirer dans son parti les usaques d’Onçaja , de Serinza, de Satiba, de Susa , de Soata et de Chitagoto, et avait réuni une armée de plus de douze mille hommes. Cette bataille de Bonça fut la plus contestée de toute ia guerre. Quesada lui-même fut renversé de son
(l) Piedrahita , part, i, liv. v, ch. 5.
cheval et aurait péri sous les coups des Duytamas, si Baltazar Maldonado ne fût venu à son secours. Mais cette fois encore, la victoire fut décidée par Beffroi que la cavalerie inspirait aux naturels, et le lendemain les chefs vaincus vinrent faire leur soumission.
Aussitôt qu'il fut arrivé à Bogota, Quesada s’occupa de faire la répartition du butin qu’il rapportait de son expédition. On mit d’abord à part le quint du roi qui se monta à 46,000 castillans d’or et 360 émeraudes. Une somme égale fut mise h part pour être distribuée par trois arbitres entre ceux qui s’étaient le plus distingués. Le reste fut partagé entre l’armée , et la part du simple soldat fut de 512 castillans d’or fin, 100 castillans d’or de bas aloi , et 5 émeraudes ; et du double pour les cavaliers. Si r on ajoute à toutes ces richesses le butin que chacun était parvenu à cacher et tous les trésors que les Indiens avaient détruits ou transportés dans des endroits où ils furent perdus pour toujours , on verra qu’il n’y a rien d’exagéré dans ce que nous avons dit de l’ancienne puissance des Muyscas (1).
Le Zippa Thyzquesuzha s’était réfugié dans une forteresse construite au milieu d’une forêt , aux environsde Facatativa, à environ deux lieues de sa ca-
(l ) Piedrahita , parti, liy. v, cli . 6 — Simon, part. II not il ch. 3o.
ESSAI SU H
pitale. Malgré les précautions qu’il avait prises pour la cacher à ses ennemis , sa retraite ne tarda pas à être révélée par quelques chefs que Quesada fit mettre a la torture et qui lui servirent de guides pour aller le surprendre au milieu de la nuit , au moment où il s y attendait le moins Les faibles retranchements élevés par les Indiens furent bientôt forcés, et le Zippa qui , profitant du désordre , cherchait à s’échapper à la faveur d’un déguisement , fut tué d’un coup d’arbalète. Les usaques qui l’accompagnaient parvinrent à enlever son cadavre , et , malgré les efforts des Espagnols, animés par l’appât de l’or dont on avait selon l’usage placé autour de son cadavre une immense quantité, le lieu de sa sépulture n’a jamais pu être retrouvé.
Zaquezazippa , général de ses armées , se fit proclamer à sa place , quoiqu’il ne fût pas son héritier légitime. Sa réputation de valeur attira autour de lui tous les Muyscas qui ne voulaient pas se soumettre au joug des étrangers ; il sévit donc bientôt à la tête d’une nombreuse armée, avec laquelle il alla mettre le siège devant Bogota où les Espagnols s’étaient retranchés dans le palais du roi. Après un assez long siège ceux-ci commencèrent à manquer de vivres, et ils n’avaient plus d’autre ressource que de s’ouvrir un passage à travers l’armée ennemie , qui était forte de plus de cent mille hommes , quand le nouveau Zippa, craignant que l’héritier légitime ne vînt réclamer ses droits, se décida à leur offrir la paix s’ils consentaient à le proclamer souverain des Muys-
L A N C 1 E X C U XTU X A M A UC A . <)?
Quesada se hâta de consentira cette proposition, et lui envoya l’interprète Pericon, et le capitaine Solis. Zaquezazippa se reconnut vassal du roi d’Espagne , et à cette condition , Quesada lui fit prêter serment par tous les usaques du Gundinamarca. Mais ce malheureux prince ne tarda pas à recevoir de ses nouveaux maîtres le juste châtiment de sa lâcheté et de sa trahison (1).
XLY.
Les Espagnols ménagèrent pendant quelque temps le Zippa pai ce qu ds avaient besoin de son secours contre lesPanches qui lesmenaçaient d’une invasion. Mais après qu’ils les eurent repoussés, ils ne tardèrent pas à apprendre que Zaquezazippa était fils d’un frère du Zippa Nemequene et d’une fille de lusaque de (xuatavila , et que par conséquent ce n’était pas lui , mais 1 usaque de Chia , neveu de T hysquezuzha qui était 1 héritier légitime de la couronne, d’après la loi fondamentale que nous avons rapportée plus haut. Quixinimpaba , prince du sang des Zippas , qui aspirait à le remplacer, voulant gagner l’appui des conquérants, l’accusa d’avoir caché tous les trésors de son prédécesseur , et cette accusation fut accueillie avec avidité par les Espagnols qui lui auraient volontiers pardonné son usurpation s’il eût pu apaiser la soif de l’or qui les dévorait.
(.) i'ivdrahita , part ï , liv. v, cl. G. — Simon, part. II, ,10t. < li. 3-> et 33.
Zaquezazippa chargé de chaînes, promit, pour échapper au supplice , de remplir d’or et d’émeraudes la chambre dans laquelle il était renfermé , et demanda pour cela un délai de quarante jours ; mais il était loin d’être en état de tenir sa promesse, et ne cherchait qu à gagner du temps dans l’espérance de trouver une occasion de s’échapper. Tous les jours un ou deux Indiens arrivaient avec des charges d’or ; mais à peine étaient-ils entrés dans sa chambre que les personnes de sa suite se partageaient les plaques d’or qu’ils avaient apportées et les emportaient cachées sous leurs vêtements pour les lui renvoyer le lendemain , de sorte que quand le délai fut expiré et que les Espagnols voulurent prendre possession de sa rançon qu’ils croyaient toute prête, ils ne trouvèrent presque rien. Leur rage fut telle qu’ils lui firent subir les plus cruelles tortures; mais, soit qu il ignorât réellement ce qu’étaient devenus les trésors de Thyzquesuzha , soit qu’il aimât mieux mourir que d’enrichir ses bourreaux, ils ne purent lui arracher une seule parole, même en lui appliquant des fers rouges sous la plante des pieds. Au bout de deux mois il finit par succomber à ses souffrances ; mais la race des Zippasne finit pas avec lui. Selon Piedrahita , elle existait encore de son temps, c’est-à-dire à la fin du XVIIe siècle , mais elle était complètement tombée dans la misère et ne se distinguait en rien des autres Indiens.
9L AXCIKN Cl'M>l\AM AHCA.
XLVÏ.
Aussitôt que Quesada se vit entièrement maître du pays, il songea à y fonder un établissement permanent. 11 fit choix de remplacement d’un village indien , nommé Tliybazquillo , où il lit construire en bois et en paille douze maisons assez grandes pour loger tous ses soldats. Il donna à cette nouvelle ville le nom de Santa-Fé, en mémoire de la ville de ce nom que les rois catholiques avaient construite auprès de Grenade sa patrie, mais celui de Bogota cjui appartenait1 proprement «à l’ancienne capitale des iVIuyscas , dont il n’existe aucun vestige aujourd hui , a prévalu depuis. Cette fondation eut lieu le 12 août 1538.
Quand il eut terminé ces arrangements, d remit le commandement à son frère Fernand Perez de Quesada , et se prépara à descendre le grand fleuve de la Magdalena pour retourner en Europe 11 craignait les plaintes de l’adelantade Lugo , dont il a vai t trompé la conbance et dont il ignorait la mort. Mais , à l’aide des trésors qu’il emportait, il espérait parvenir a se justdier facilement en Espagne et à obtenir le gouvernement de sa nouvelle conquête.
Il était sur le point de se mettre en route , quand quelques Indiens de la province de Tena arrivèrent à Santa-Fé , et lui apprirent qu’il était arrivé dans la province voisine un grand nombre d’Espagnols accompagnés de quantité de chevaux et d’indiens
de charge, qui paraissaient venirde très-loin. Étonné de cette nouvelle, et ne sachant à qui il avait affaire, il se hâta d’envoyer à la découverte son frère Fernand Perez avec dix cavaliers.
XL VI h
Aussitôt que Sébastien de Benalcazar, quePizarre avait chargé de soumettre le royaume de Quito , s'était vu maître de ce pays , il avait résolu de pousser ses conquêtes vers le nord; on prétend qu’il avait été encouragé dans ce dessein par un Indien muyzca qu’il avait rencontré à Quito (1), et qui lui avait parlé de la richesse et de la puissance des Zippas de Bogota. Benalcazarpartitde Quito, dansl’année 1536, suivi de cent cinquante cavaliers et du même nombre de fantassins ; il vainquit les Pastos et les Patias qui voulaient lui disputer le passage , et arriva sur le territoire du puissant cacique Popayan , dont on a donné le nom à tout le pays qui s’étend entre le Cundinamarca etles anciennes frontières de l'empire des incas. Après y avoir fondé les villes de Popayan- Gali et de Timana , il était parvenu dans la vallée de Neyva , et avait suivi le cours de la Magdalena.
Quelques jours plus tard, d’autres Indiens de Pasca , qui avaient été trafiquer vers l’est , apportèrent la nouvelle que l'on avait aperçu des Espagnolsdans cette direction. C’étaitNicolas Federman, qui était parti du Venezuela pour faire des décou-
(i) Simon , part. H , 110t. , ch. f\. Cnstellanos varones illustres cle
l’ancien ClNDiN AMAIICA.
vertes dans l’ouest; il avait, de meme que Benaicazar, appris des Indiens la richesse et la puissance des Muyzcas , et venait pour entreprendre la conquête du pays. Piedrahita ajoute que cette nouvelle lut transmise à Quesada par le cacique de Pazca au moyen d une peau de cerf tannée sur laquelle d l’avait écrite avec du vermillon (1).
XLYIII.
Benalcazar, qui avait commencé à traiter avec Quesada , apprit presque aussitôt que lui l’arrivée Federman ; pensant (ju’en se liguant avec ce dernier il pourrait obtenir de Quesada de meilleures conditions, il traversa en toute hâte la Mairdalena
tj
et franchit les montagnes qui le séparaient du plateau de Bogota. En fait assez singulier, c’est que chacun de ces trois chefs avait avec lui cent soixantetrois Espagnols et un religieux , sans qu’il y eût un seul homme de plus ou de moins dans l une des trois armées. Quesada disposait , à la vérité, de vingt mille Indiens qui étaient venus se ranger sous sa bannière ; mais , outre qu’il ne pouvait pas compter sur eux , il aurait été bien dangereux pour lui-même de leur apprendre à vaincre les Espagnols. Heureusement, les religieux et les principaux officiers intervinrent pour empêcher une rupture qui aurait eu probablement pour résultat une révolte des Indiens et le massacre des Espagnols; il fut convenu que
(.0 Piedrahita , liv . iv, cliap. i.
Benalcazar et Federman recevraient de Quesada une somme considérable, qu’ils remettraient à celui-ci leurs armes et leurs chevaux , et que tous trois se rendraient en Espagne pour faire décider par l’einpereur à qui devait appartenir le gouvernement du Cundinamarca.
Avant leur départ, Benalcazar engagea fortement Quesada à fonder quelques villes pour établir définitivement dans le pays tous les Espagnols qui s’y trouvaient; celui-ci s'occupa, en effet, avec ardeur à faire travailler à la construction de Santa-Fé, et il distribua à ceux qui s’y établirent les Indiens du pays qu’ils devaient posséder en commanderie. Il fonda ensuite deux autres villes , à l’une desquelles il donna le nom de V elez ; elle était située à l’endroit où il avait traversé les montagnes d’Oppon pour pénétrer sur le plateau ; l’autre était sur l’emplacement de l’ancienne ville de Tunja , dont il ne changea pas le nom. Après avoir terminé, de cette manière, les affaires les plus importantes, les trois généraux quittèrent Sanla-Fé le 12 mai 1539, et se rendirent à Guataqui , chez les Indiens Panches , où ils trouvèrent deux hriganlins qui les attendaient, dans lesquels ayant descendu la Magdalena , ils arrivèrent à Carthagène, où ils s'embarquèrent pour l’Espagne(l).
(i) Piedrahitn , liv. vi , cl). 5.
Simon , part. II , notice ni
l’aNCÏEN LUNDI N A >1 A RCA.
L’absence des chefs ne fit qu’augmenter les vexations que leurs soldats, libres de toute contrainte , firent éprouver aux malheureux indigènes. Le pouvoir des Zippas était détruit ; mais les autres chefs , et particulièrement le roi de Tunja , conservaient encore leur autorité, du moins nominalement, et s’étaient reconnus vassaux du roi d’Espagne. Juan Gascon , qui avait en commanderie la ville et le district de Thyzquizoque , était un de ceux qui se distinguaient le plus par leurs extorsions. Elles devinrent tellement intolérables que l’usaque de cette ville résolut de se débarrasser de lui à tout prix. 11 l’engagea à se rendre dans sa capitale en promettant de lui livrer les trésors du temple , que l’on n’avait pas pu découvrir jusqu’alors , et l’ayant attiré dans les montagnes sous prétexte d’une partie de chasse , il le fit massacrer avec six de ses compagnons. Encouragé par ce premier succès , il se mit en marche pour aller ravager la nouvelle colonie de Velez; mais, heureusement pour les habitants, un esclave indien de Juan Gascon avait échappé au désastre , et était venu en toute hâte les prévenir: ils eurent le temps de prendre les armes et de marcher au-devant des Indiens, qu’ils rencontrèrent et défirent auprès de Thyzquizoque; cependant ces derniers, qui commençaient à s’aguerrir, combattirent bravement, tuèrent et blessèrent plusieurs Espagnols , de sorte que ceux-ci, satisfaits d’avoir sauvé leur nouvelle ville ,
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Il osèrent point les poursuivre dans leur retraite.
A la meme époque, l’usaque de Tundama, opprimé par son commandeur Baltasar Maldonado, lit alliance avec les usaques de Soata , de Chitagolo , de Serinça et de lobasia, et réunit une armée déplus de vingt mille hommes : instruit par l’expérience , il choisit pour établir son camp un endroit entouré de marais impénétrables pour les chevaux , et protégea le seul endroit par lequel on pouvait y arriver en creusanl un fossé profond, défendu par une forte palissade assez élevée pour mettre les archers à l'abri.
Aussitôt que Maldonado eut appris sa révolte, il marcha contre lui avec une armée composée de cent Espagnols, dont quarante cavaliers et p1 us de deux mille Indiens alliés. Comptant sur la facilité avec laquelle les Espagnols avaient toujours mis les Indiens en déroute, il résolut de donner aussitôt l’assaut à la forteresse de Tundama ; mais l’impossibilité de faire usage de chevaux ayant rétabli l’égalité jusqu à un certain point, il ne put forcer la palissade, et fut contraint de se retirer avec un grand nombre de blessés. Voyant qu’onne pouvait enlever cette forteresse par un coup de main, et qu’il était également inutile de la bloquer, parce que chaque nuit les Indiens y faisaient entrer des vivres par des sentiers qui n’étaient connus que d’eux seuls , il était sur le point de retourner sur ses pas, quand il apprit par la
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