Naville, ?(/., 37. Essai sur le fondement delà morale
LA VIE HUMAINE
pas des volontés, je serais déterminé et ne me déterminerais pas moi-même, je serais un être passif et non un agent moral, une personne. C'est à ce dernier titre ou dans le point de vue de la conscience qui n'a rien de commun avec ce qui est affectif, qui se distingue de tout ce qui tient à une sensibilité et à une passion, que, le crime étant avéré, je condamne le coupable, comme je voudrais être condamné si j'étais à sa place pour que la justice fut satisfaite, pour que la loi du devoir fût accomplie. C'est là le premier besoin, 1 unique voix de la conscience morale et c'est ce qui est exprimé dans ces belles paroles de l'oraison dominicale, où l'àme élevée à Dieu lui dit : « Que votre volonté soit faite », c'està-dire, que je ne veuille que ce qui est conforme à la raison, à la loi du devoir.
(( C'est là qu'est toute vérité, toute réalité morale absolue. Hors de là, la conscience du bien relatif à nos passions, à nos goûts, à nos sentiments même les meilleurs ne saisit que des phénomènes, et comme (\qs ombres qui lui échappent quand elle croit les fixer, qui dans leur fuite ne laissent qu'incjuiétude, troubles, regrets, agitation et remords '. »
Le devoir c'est donc d'agir par raison, de vouloir pour les autres ce qu'on voudrait pour soi, et pour soi ce qu'on voudrait pour les autres, c'est-à-dire le perfectionnement de l'individu et de l'espèce, qui réside dans l'exercice de la liberté dont la réflexion ou raison est inséparable. La conscience morale n'en a pas moins une propriété originale par où elle se distingue de la conscience personnelle ; le lien de sympathie qui unit tous les hommes entre eux, et qui nait de leur communauté de nature. En ce sens on peut dire avec plus de précision que le principe de toute action vertueuse est tout entier « dans le besoin qu'a tout homme d'être estimé ou approuvé par d'autres âmes, c'est-à-dire par la raison à qui toutes participent également-. »