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L ANTHROPOLOl.IE DE MAINE DE HIRAN
Cette théorie hiranienne de la vie réHexivc est donc j)arfaitement coliérentc dans toutes ses parties : elle a la beauté abstraite des conceptions platonicieinie et cartésienne du monde intelligible ; mais elle conserve son originalité, en considérant ces notions comme des productions de l'activité libre qui constitue notre persoFnialité.
Klle soulève les mêmes dinicultés. La vii^ intellectuelle estabsolumcrd séparée, chez M. de Hiran, comme chez Descartes et Platon, de la vie sensitive. l/activité du moi ne pouvant réussir à organiser les sensations et les images se replie sur elle-même ; elle garde, il est vrai, im point d'appui dans l'activité musculaire. Mais ([uel rapport peut-il y avoir entre le modèle abstrait (pie dt^ssine l'artiste et la beauté concrète * Qu'est-ce que cet idéal dont il s'inspire ? N est-ce f)as en réalité rél)auche grossière, le germe indéterminé de Id'uvre future, l'image confuse qui se précisera et se colorera peu à peu sous l'inlluence du sentiment et de l idée L'activité créatrice de l'esprit, dans lœuvre de i'art, se manifeste par la cond)inaison originale des images; et l'idéal loin d'être au début de la conception artistique est à la tin : c'est Tiruvre de la vie entière et toutes \v>^ facultés de 1 ai'tiste v collaborent. La théorie du beau est lécueil où vient fatalement échouer h» réalisme philosophique. M. de 13iran en fera l'cxpéri Mice à la lin de sa vie, lorsqu'il se rendra conq)le, en écrivant, (pie les images, les comparaisons, la composition, c'est-à-dire l'organisation des idées, le mouvement du style, ne répondent plus à l'appel de sa volonté, (ju'ily a (pielque chose de spontané dans l'art d'écrire. Il en est de même de la vertu. Klle n'est pas purement int(dlectuelle ou volontaire : ce qui est tout un, pour M. dt^ lîiran.
e. Les seulimenis inlellectuela el la liberté morale.
lia théorie de la vie réflexive s achève par une théorie du sentiment. Les jugements purement int(dlectuels sont accompagnés, selon M. de Biran, de sentiments qui participent à
LA VIE HLM.XINE
leur immutabilité et à leur perfection, et qui correspondent <lans sa doctrine aux passions actives (affectus actio) de Spinoza. Il se rendra compte plus tard que tout ce qui en fait la force, l'ardeur expansive ne vient pas de la réllexion, qu'isolés de la vie organique ou dune source plus haute, ils se réduisent à une llamme sans chaleur. Mais telle n'était pas son opinion au moment où il écrivait \ Kssai sur le fondement de la psychologie. Il i)ensait (jue 1 homme qui a des idées pour principe d'action est un modèle de constance et d'égalité de caractère, un sage, le type le plus accompli de l'humanité. Ce point de vue n'est faux que s'il est exclusif; en réalité, il est incomplet. La méditation philosophiipie comme toutes les autres formes de la vie réflexive offre ini asile précieux à tous ceux qui ont la force de se soustraire au torrent de leurs alTections. C'est cette vérité (juMpictî'te et Marc-Aurèle ont admirablement com[)rise et exprimée; et il n'est pas étonnant qu'à tout instant les maximes stoïciennes se présentent à l'esprit de M. de Biran. 11 y trouvait à certains moments de sa vie, et plus particulièrement, sans doute, à l'époque de sa vie d'études et de méditations, un éloquent et judicieux commentaire de sa propre expérience morale. Pendant longtemps, il dut à la réllexion j)hiiosophique les seules heures de paix et de contentement dont il ait joui dans la mobilité et l'agitation maladives de ses nerfs. Il n'eut jamais ce tempérament de philosophe que Descartes se félicitait d'avoir lors([u'il nous dit au commencement de la deuxième partie de son Discours de la Méthode que « n'ayant, par bonheur, aucuns soins ni passions qui le troublassent, il demeurait tout le jour enfermé seul dans un poêle, où il avait tout le loisir de s'entrenir de ses pensées ». La philosophie fut pour M. de Biran, en même temps que son étude préférée, un excellent remède contre les dérèglements de sa sensibilité physique. Si \ Essai sur les fondements de la psychologie est si sobre de détails sur la morale, c'est qu'il croyait avoir résolu ce problème, en même temps que celui de la connaissance ; et on
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l/ANTHIlOPOLOr.IE DE MAINR DK IJIIIAN
le comprend aisément si l'on ivllrclnt (lu^ y a identité selon lui entre la volonté (^t r^ntcndcmcnt. et que l'acte de réflexion est an j)lns haut de^y^ié un aele de liberté, c ()n ne peut sattacher à la cullnre des faenllés actives de resjirit humain sans dével(q)j)er le «-erme de sa moralité et réciproquement oji ,ie peut sappliqner au <léveloppement de llionniK' moral sans cultiver par là mènie les facultés (}ni constituent son intellio-ence» »
(( Lhahitnde do. snsp(Midre son ju,i»vment et de ne se rendre (pi à l'évidence ou anx motifs raisonnes de croyance, habitude sans laqueUe il n y a point de véritable |)ro<rVès intellectuel, n'est-(dle pas aussi le fondement dv^ (pialités m(»rales les plus essentielles, de la prudence dans la conduite de la vie, de la rectihideet de l'écpiité dans nos jn^^Mueids sur les actions d<\s hommes? Xest-elh^ pas un exercice de cette» liberté sans la(pielle Ihomnie incapable de science et de vertu n'est pas m^'ine une j)ersonae-. »
La réthwion en devenant habituelle, nons prédétermine à la liberté morahv a I/exercice répété de la réflexion, dit M. de lîiran, transforme la loi du devoir en une sorte d'iM'ureuse nécessité cpn' oiïre les caractères les phis évi<lents de hx liberté et en (baient la sanction la pins nette. >> Il ori(Mite en q.iel(pi(> sort(^ cettc^ partie de notre or-anisme (pn* est en notre pouvoir dans une direction conforme à notre bien, c'est-à-dire à notre perfectionnement: il lui donne la prépondérance siu' le système de la xw nmimde: il nous affranchit peu à peu des liens de la nécessité oro-ani.pie. et des passions et des ima^o-es ([ui en dépendent; en nn mot, il réalise vn nous la lil)erté.
A ce de-ré de la vie pensante, M. de lîiran s'élève à la sérénité philosophi<pu- d'un Kpictète ou d ,m Spinoza. Il semble (pi il ait atteint le plus haut de^-ré de perfection intellectuelle et luorale î 11 <rut i)endant lon,o-temps que c'était
\ Navlllo. I, I, 150.