‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 104 sur 178 · Revue de Métaphysique el de Morale. Numéro supplément mai · texte numérisé non relu

Revue de Métaphysique el de Morale. Numéro supplément mai

l'JUG.

L ANTHROPOLOGIE DE MAINE DE lURAN

n'avions pas pour y pénétrer « un sens sublime » que l'expérience de la vie, et certaines conditions physiques et morales qu'il s'agit d(' déterminer, réveillent et excitent en nous. Voyons d'abord les raisons philosopliiques qui ramenèrent à dépasser le domaine de la connaissance.

M. de Biran s'aperçut vers 1814 que le système réllexif n'était pas le plus haut degré de la vie humaine, ou du moins qu'il laissait sans explication tout un coté de laconnaissance. De quel droit étendons-nous, en faisant les restrictions nécessaires, à tous les êtres, ce que nous savons de nous, et ainsi peuplons-nous le monde de forces ;maloo-ues au moi ?Qu(» devenons nous, quand nous perdons conscience de nous-mème, comme il nous arrive régulièrement pendant le sommeil ? Que deviennent les choses, quand elles cessent d'agir sur nous et d'être perçues? Kst-ce que la conscience nous fait connaître tout ce que nous sommes, ei ce que nous sommes absolument ? Kn d'autres termes quelle est la valeur et la véritable [)ortée des notioiijréllexives ?

M. de P>iran crut pendant longtemps que ce que nous ap[)elons aujourd'hui les principes de la connaissance était fmmédiatement dédm'f de ces notions, c'est-à-dire (jue la raison s'identifiait à la conscience. Il sufïit \ nous dit-il, en 1813, pour dégager la lormule générale du principe de causalité, du jugement primitif par lequel nous afiirmons notre existence, de revêtir de termes distincts, les éléments distincts des faits de conscience : ce qui est l'ceuvre de Tabstraclion intellectuelle et du langage. C'est de la même manière que le géomètre examine le cercle qu'il a (racé sans s'occuper de ce cercle en particulier, ni de ses dimensions actuelles, j)our en déduire toutes les propriétés qui conviennent à cette espèce de courbe. Une fois qu'il aura lormé cette notion, il l'attribuera à tous les cercles possibles; elle sera immédiatement universelle, sans être générale.

f. Voir notre hitroduclion aux manuscrits inédits de M. de liiran. Numéro siippléinenl de Revue de Métaphysique et de Morale.

Mais ce qu'il faut précisément expliquer et justifier; c est cette faculté de l'universel et de l'absolu, par laquelle l'esprit répète à lintini la même idée, et l'applique soit à luimême, soit aux autres êtres, au delà du domaine certain de son aperception actuelle : M. de Biran crut d'abord pouvoir résoudre cette difficulté sans faire appel à d'autres facultés que la réflexion. Pour que nous puissions, dit-iP, concevoir les choses autrement que sous les notions de cause et de substance, il faudrait qu'on changeât notre nature, et que mous puissions exister pour nous-même, sans avoir le senti- Jiîentde notre existence, ce qui implique contradiction. Xous concevons nécessairement tous les êtres sous les formes de l'existence que nous apercevons en nous (causalité, unité, identité, etc.). Quand on dit (pic nous pourrions supposer <pie tout ce qui tombe sous l'action du sens intime n existe point ou existe autrement, on ne remarque pas que cette .suj)position elle-même tombe sous ce sens et par suite sous Ja condition de ra|)erception de notre existence ; même dans ce cas, nous pensons donc sous certaines conditions (pii nous forcent à admettre un espace, un temps et quelque cause ou force qui n'agit pas. Penser qu'on n'est pas, suppose nécessairement qu'on est et qu'on a le sentiment de son existence. « Quand on parle du néant on a la j)ensée positive de Texistence qu'on tend vainement à écarter, en apphquant le signe rien ou néant. - » Ainsi les formes inhérentes à notre personnalité sont des lois nécessaires de notre pensée ; on ne peut penser autrement qu'on est. D'ailleurs nier Ja nécessité des notions, c'est-à-dire en admettre la contingence, c'est encore employer des termes qui n'ont de sens que si l'on se réfère au sentiment du moi : la nécessité est le caractère de ce qui est subi ou opposé à notre activité. Tout ce que l'on affirme et tout ce que l'on nie tombe donc forcément sous les conditions de cette aperception qui

1. Revue de métaphysique et de morale. Numéro supplément, mai 1906, p. 421-422.

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