‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 12 sur 178 · Taine, Usphilomphe» fi-anfais. f.hapiire sur M. de Biran · texte numérisé non relu

Taine, Usphilomphe» fi-anfais. f.hapiire sur M. de Biran

l/ANTfFROPOLOr.IE DE MAINE DE UIHAN

mènes sensibles, rien de plus léi^iiinie, étant donné le but (luils se proposent : ils ne venliMit pas connaître la réalité, mais seulrment classcT les laits et déterminer Tordre dans lequel ils se succèdent ou co«'xislent : mais tel n'est [)as l'objet de la [)hilosopliie.

Kn tant (pr<'lle veut être, comme nous lavons montré, la science (b-s principes el la scit^nce de la réalité, on peut dire (jii elle est la science du fait i)rimitif, et quelle est à ce litre une véritable pbilosopbie de l'expérience, de celte expérience j>rimitive cpie toule autre forme d'expérience suppose. La principale difliculté, pour le philosopbe, c'est j)récisément de comiailre ce fait dans son originalité et sa nurt^é. Mab-ré nous, nous cluM-cbons à nous le représenler, nous Tobjeclivons. Il faut se souslraire à cette illusion. II faul, pour ainsi dire désobjectiver la consciiMice et rap-^revoir dans son intimité. Kn ce sens l'espril de la philosopbii» <le M. IVri^son est tout à l'ait conforme aux tendances de la pbilosopbie biraniemie. La vraie pbilosoj)bie, c'est donc la i)svcboIo^rie t-t la vraie psvcbolojrie est réilexive ; c est leirort que fait l'esprit poui* se saisir dans sa réalité propre ri sans mélaujife.

Si taid de pbilo.^opbes ont écboué dans celle (eidative, c'est (piils ont ;q)|di(pié à la déterminalion du fait primilif des facultés ipii ne lui étaient pas appropriées. Ils lont conçu sur le modèb» drs faits (pie nous ima«,nnons ou des idées (pie for<>-e notre enlendemenl. D'oii la prédominance/ cbez la pbq)art d'entre eux, de limaLrination et des facultés loi;i(pies. Mais ces facultés ne sont [)as primitiv(\s. L'imagination dérive de la sensation, or la sensation n est réellement ipie j)our un élre ([ui s'en distinjxue en le sidiissant. D'autre pari, (piand Descartes dit : je suis une cbose pensante, le véritable je s'op|)()se à la cbose qu'il personnilie. Le fait primitif ne peut être saisi (pie par la réflexion (pn" en est inséparable; car [)our le moi, exister et avoir conscience de soi, c'est tout un. La rétlexion est la faculté primilive, qui seule est aj)proj)riée à la connaissance du fait

IXTRODCCTD^X

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primitif. Il en résulte que la vérité pyscboloo-ique ne peut être imaginée ou abstraite passivement des images ; elle (^st immédiatement aper(;ue parla conscience. On ne pourrait en donner ri(b'v à celui (pii ne la saisirait pas directement en lui-mèni(v i:ile ne peut être représentée ni communicpiée par le langage : elle est iiK^ffable ' et inimaginable.

Mais si Icw-périence inlime ou réflexion est le point de départ et le principe^ de toute connaissance pbilosopbique, elle n'esl pas exclusive d'autres formes ou modes d'expérience. Il y a en nous certains états dont le moi est témoin, mais (ju'il ur fait pas, et dont il ne peut s'(\\'pliquer lexi.stence qu'à la condition de sui)poser lexislence d'autres forces inlimeuKMit unies à lui, soit (ju elles concourent au même but, soit (ju au contraire elles poursuivent un but opposé.

La consci(MR'e n'est pas entendue par. Maine de J^iran dans le sens large «4 vague où l'ont pris tous les Cartésiens, comme une sorte de propriété commune à tous les faits pysclndogiques, et (lui s'étend indiiïénMnmcFd aux états que nous subissons et aux actes que nous accomplissons. Les faits de conscience, au sens précis du mot, sont ceux qui sont attribués au moi ou que le moi s'attribue; ce sont par suite exclusivement <les opérations ou des actes. La conscience rs\ le sentiment de leffort nuLsculaire. Gomme toutes les opérations intellectuelles, perce])tion, mémoire, abstraction, généralisation, jugement, raisonnement ont leur source dans 1 attention et la réflexion qui sont elles-mêmes des modes de' notre activité, elles sont directement ou immédiatem.Md conscientes; mais il est clair, par suite, que les sensations organiques et toutes b's alTections, envisagées dans leur nature propre, c'est-à-dire dans ce (iuCUes ont de passif, oïd une autre origine et ne peuvent être attribuées à la mémo cause. Elles sont nécessairement les effets d'une force différente du moi, quoique intimement liée à lui. Au-

1. Maine de Uiran a développé ces idées dans Vlnlrodiiction oénérale aiu- fondements de la psycholof/ie. V. Naville. t. I.

h ANTHUOi'OLOllIE DK MAINE DE BIllAN

dessous de la conscicnco, M. <lc Hiran est ainsi conddil à iidmeltro lo soiitiniciit de la vie qui eu est distinct.

D autre part, nous expérinientous on nous certains états d'enthousiasme, d'ins|)iratiou, d'extase (|ui nous apparaissent comme l(\s manif<\slalions d'un<' vie supérieure, car nous n'avons ])as conscience de les produire ; et le moi se trouve vis-à-vis d'eux dans une situation analogue à celle où il était vis-à-vis des sensations orgam*(pies.

Ainsi la vie humaine ne se ré<luit pas à la vie de conscience ; elle n'est pas simph^ comme celle de l'animal ou il'un pur esprit. Si la conscience eu est le caractère propre, «Ile n'en épuise pas toutes hvs manifestah'ons ; et la pyschologie conçue comme rétud(^ du moi ou du fait primitif s'achève nécessairement en .. Anthropologie >k L'expérience intime, centre véritable des recherches jihilosopliiipies, <loit être complétée par rt\\périence (wterne et cette expérienci* -supérieure (pi'on pourrait appeler lexpériiMice relit>-ieuse. V Anthropologie a, par suite, pour objet l'élude de ces trois /ormes (h^ vie, et de leurs rapports.

Cousin n'a donc \k\s compris le vrai caractère de la <lernière philosophi<^ d<' M. de |]iran Iors(ju'il écrit dans la célèbre [)réface de son édition de 1884: « La théorie de M. de Biran, vraie en elle-même, est j)rofonde, mais étroite. M. de Biran a retrouvé et remis à leur [)lan un ordre réel de faits entièrement méconnus et effacés; il a séparé de la sensation et rétabli dans son indépendance l'activité volontaire et libre (pii caractérise la personne humaine. Mais connue épuisé de ce travail, il ne lui est plus resté assez de force, ni de lumière pour rechercher et discerner un aut^e ordre de phénomènes enfouis sous les deux premiers. Telle est la faiblesse humaine. .V un seid homme, une seule tache ; celle ipi'accomplit M. de Hiran a de l'importance et de la .i,»-ran- <leur : cprellesuftise donc à l'honneur de son nom'. »

4. Cousin. Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral, 1834, préface de l'étiitenr. 41.

INTRODUCTIOX

Le mysticisme de M. de Biran lui apparaît dès lors comme u^ie « inconséquence », « inconséquence nécessaire » il est vrai, car « on ne se repose point dans l'exclusif et rincom|)let ; faute d'avoir admis l'autorité de la raison, il était inévitable, selon lui, (pie M. de Biran en cherchât l'équivalent dans une révélation divine'. »

« Que serait-il arrivé à M. de Biran, ajoute Cousin, si nous ne l'eussions perdu en 18:24 ? Je lai assez connu, et s'il m'est pemiis de le dire, je connais assez l'histoire de la philosophie^ et les pentes cachées mais irrésistibles de tous les principes pour oser aHirmer que l'auteur de la note en question aurait iUn conune l'ichte a lini lui-même-. »

Le mysticisme est peut-èlre une inconséquence dans

I « idéalisme subjectif » de Kichte; il nous parait au contraire le couroimement naturel de la philo.sophie de M. de Biran. II ne faut pas que son point de départ « le moi » nous fasse illusion. A aucun momeid de son développement, cette philosoj)hie ne fut dirii^a'e par des tendances idéalistes; elle cul toujours des tendances contraires, c'est-à-dire, des tendances réalistes. M. de Biran a horreur de l'esprit de système ; il met sans cesse notre esprit en garde contre la pente fatale (pii conduit res])ritau gou(T'*c de l'unité absolue.

II a la |)réoccupalion constante de maintenir la distinction réelle des choses. N est-ce pas, parce caractère, que sa philosophie dynamiste se distingue du mécanisme qui réduit les êtres vivants au.\' corps bruts, ceux-ci aux phénomènes re|)résentés ! L'objection qu'il ne cesse d'adresser aux empiristes, et à Kant, c'est d'avoir confondu, faute d'une analyse suilisammont précise, des faits ou des éléments de ces faits qui étaient en réalité distincts. Le tort de ces philosophes, dit-il, ce fut d'entreprendre la synthèse de la nature humaine, avant d'en avoir fait l'analyse; ce fut l'erreur notammoni deCondillac, de Hume, qui partent d'une donnée

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