I.A VIE DE L ESPRIT
du désir et de limagination. Le sage stoïcien vit retiré dans cette partie de lui-même, sur laquelle le destin est sans influence, et où il est assuré de trouver un refuy-e contre l'instabilité non seulement des événements, mais de son propre tempérament.
C'est ce que crut M. de Biran, jusqu en 1814, et notamment i)en(lant son séjour à Bergerac. ()u'il ne sut pas toujours conserver sa présence d'esprit, c'était une marque de faiblesse, dont il était seul responsable, à ses propres yeux, et qu'il devait s'efforcer d éviter à l avenir. « Nous me demandez, écrit il à Degérando en 1813, ce cpie je fais, comment je vis. Vous devez bien croire que je ne suis pas dans un gîte solitaire sans songer beaucoup. Ma vie est presque toute spéculative comme celle d'un honnne ([ui a renoncé à toutes les affaires de ce monde : « Ouid tvridatem (( terreat securus î » Je trouve encore trop de distractions forcées dans mon ])etit monde intérieur. Les liens et les intérêts de famille, les souvenirs du passé, les tableau.\ du présent qui viennent me chercher, la prévoyance de l'avenir, voilà assez de sujets de trouble. Je m'en afl'ranchis autant que possible parle travail et la méditation p.sychologiques ^ » C'est dans l'exercice de cette faculté de méditation ou de réflexion que résidait alors à ses yeux 1*3 remède à tous ses maux.
Il ne niera jamais l'existence de ce pouvoir (pii est libre par nature, ni la possibilité de son exercice ; mais il constata, de plus en plus, qu'en fait les afl'ections organiques, et par suite les mouvements aveugles de l'imagination, viennent souvent troubler la sérénité de l'esprit, et ébranler les plus fermes j)ro])os de la volonté.
« Nous j)ouvons toujours, disent les stoïciens, nous ramasser en nous-méme comme en forme de ballon. » « Mais cette forme de concentration, demande M. de Biran, peulelle être illimitée? Nest-elle |>as renfermée dans les bornes