‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 130 sur 178 · Id., 17 février · texte numérisé non relu

Id., 17 février

l'aNTJIROPoLOGIK de MAINE DE HIRW

que (le I8i:i à \Sû't. Tel ir»\sl pas le i)rocessus hal>itii.l du sentiment ndij^neux. 11 se forme, en général, pendant lenfance. Ampère disait (piiin dvs trois événements qui avaient eu le plus (rinlluenee sur son earaelère et sa vie était sa première commuin'on. Il arrive souvent, dans ee eas, que la foi s'éelips(\ ])endant la période des passions vl <le la vie active dr l'esprit, pour réapparaître sur le lard : elle se réveille peu à peu et sort des profondeurs de la conscience subliminale où rllc n'était (pjassouj)ie. lîicn de tel ne se produisit chez M. de lîiran. Xous croyons, maliiré cette méditation sur la mort, publiée en 18%', (pi'il avait écrite à l'occasion de la mori de sa saur Victoire, que le christianisme ne se découvrit à lui, ou pluL.t (ju'il ne le découvrit qu'à la lin de sa vie. Cette méditation écrite sous le coiq) d'une vive douleur, à tin à^-e où la mort lait sur n(»us une im])ression profonde, ne nous semble pas avoir toute la sio„itication ({ue lui attribue lauteur de la préface de celte publication. Hlle est intéressante pourtant, parce <pr;i cété d'une sorte de discours philosophique sur l'existence de Dieu, qui est sans orio-inalité et sans profondeur, elle contient quelques i)ages d'un accent très personnel, où se révèle déjà la forme de sensibilité particulière à M. de Biran, et notamment ce besoin, cpii se manifeste si impérieusenKMit en ISi;;, do trouver un point d'appui et une suprême consolation, dans un ])rincipe supéricuir de justice et de bonté. Mais à l'époque où il écrivait ces réilexions philosophicpies, c'est-à-dire en 1793, il ne coiuiaissait de la i.hilosophie que le sensualisme. Il n'est pas étonnant dès lors que la religion lui ait paru plus consolante que cette philosophie négative, et Ion s'explique qu'il se soit écrié : « Philosophie, que tu es triste, et si lu n'étais (pie mensongère ! » Ce cri n'eut pas jailli de son cour, quelques années plus tard, lorsqu il eut découvert dans l'activité du moi le principe de notre vie intellectuelle et

1. Pensées ef pages inédifes de Maine de Biran. Ma\\oimde, Péngiien.v. 181)6.

LA VIE DE L ESPRIT

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morale. Nous en avons la preuve dans l'attitude de son àme, pendant les années (|ui suivirent la mort de sa première femme, en 1803. Ce n'est pas ([uil eut trouvé dans sa nouvelle j)hilosophie un remède eflicace à sa douleur: mais il faut en accuser la faiblesse humaine! le pieux Ampère, en pareille circonstance, ne se montra j)as plus fort : le temps seul adoucit sa peine. La méditation philosophique, en même temps qu'elle lit une diversion à son tourment, apporta à yi. de l]iran la résignation. Dans cette cruelle épreuve, il ne sendde pas (pie la pensée de Dieu et de l'immortalité de l'àme se soit présentée à son esprit et à son cfeur. Il ne faut donc voir, selon nous, dans cet écrit de sa jeunesse, ou plutét dans les sentiments qui l'ont inspiré, qu'un é])isode isolé de Thistoire de sa vie morale : il faut attendre justpi'en 1813 pour retrouver dans le journal ou sa correspondance, un pareil cri de détresse et un apjjel aussi j)ressant à la justice et à la miséricorde de Dieu. Mais il est intéressant de constater (pie déjà, à cette épo(pie, c'est sous la pression de la vie intérieure (pu» son àme se tourne vers la religion.

M. de lîiran ne fut pas religieux, pendant la plus grande partie de sa vie. II fut élevé, il est vrai, dans la religion catholi(pie par les doctrinaires de Périgueux ; mais rien ne nous autorise à croire qu'il ait eu dans sa jeunesse les sentiments religieux de son ami Ampère. C'est le contraire qui nous sendjie exact. Xous n'en voulons pour preuve que les nombreux passages du journal où il se plaint précisément que la foi et le sentiment religieux ne répondent pas à son attente et à sa volonté, et où il accuse « la tiédeur et lindifférence de son jjassé à l'égard de la vraie religion^ ». Même après 1813, on ne voit pas que dans les plus grandes fêtes de l'I^glise, dans les cérémonies les plus propres à exalter la foi, il ait éprouvé de profondes émotions. Il n'avait pas naturellement le tempérament religieux. Il s'efforça de 1 acquérir, sans y réussir jamais parfaitement. La vie lui

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