Id . Li avril 1820, p. 29'J
l'anthropologie de MAINE DE BIHAX
sent pas à un arl méthodique qui sait où il va; c'est un ar( qui nous dépasse infiniment. Notre esprit peut bien dans certains cas se détourner des passions et des images et se tourner vers la lumière pure qui brille au fond de nous ; mais il faut, pour que celte lumière descende en lui et le pénètre intimement, de façon à lui inspirer lamour du souverain bien, une action, une iniluence é I rangé re ; à son <léfaut, nos idées et nos sentiuKMits rest(Mit les manifestations de noire activité el n'opèrent pas la sortie de nousméme ^ ; c'est là un des effets les plus remanjuables de cet ordre i\c sentiments el d'intuilions, el qui suHil à prouver. que « les vérités morales et religieuses, (|ui ont le bien ])our objet et Ja perfection pour lin ont uim autre source que les vérités psychologiques limitées à Ihomme sensible, intelligent et libre, ou dépendent d'autres facultés, comme l'a très bien reconnu Kanl - ».
En même temps qu'elles se découvrent à nous, qu'elles se manifestent de celte façon ineffable (pie nous avons dite, par des inspirations, des élans, des suggestions vives, des éclairs soudains, elles inclinent notre àme au bien, suppriment les obstacles où se heurte notre volonté livrée à ses propres forces, assurent le triomphe delà vertu, réalisenl la liberlé. Dans la vie humaine, le progrès est le résultat el comme la récompense de relTort ; mais refîort est souvent pénible, et parfois impuissanl. Il n y a plus creffort dans la vie'de l'esprit, plus do diflicullés à vaincre, plus de lutte; iàme se seul comme soulevée jiar un levier invisible.
Celle révélation de la vérité absolue fut commune aux grands j)hilos()phes et aux héros de lous les temps; les premiers platoniciens l'ont connue comme les premiers chrétiens. Elle ne fui pas particulière au Christ; mais elle Je pénétra tout entier, devint l'unique priricipe de sa vie morale, qui en fut toute sanctiliée. Aussi, parmi les âmes
i. Journal intime, 28 septembre 1818, inédit. 2. A/., 111 septembre 1818, Journal, Navillc, 2G2.
LA VIE DE l'esprit
religieuses, nulle n'est plus digne de participera cette révélation que les âmes vraiment chrétiennes. Nulle n'a plus de chance d'être appelée ou d'être élue. Le témoignage des vrais croyants s'ajoute donc à celui des saints et des philosophes pour attester l'existence de cette vie spirituelle. « II est im]>ossible, dit M. de Biran , de nier au vrai croyant qui éprouve en lui-même ce qu'il appelle les effets de la grâce, qui trouve son repos et toute la paix de son âme dans lintervenlion de certaines idées ou actes intellectuels de foi, d'espérance, de charité, et qui de là parvient même à salisfaire son esprit sur des problèmes insolubles dans tous les systèmes, il est impossible, dis-je, de lui contester ce qu'il éprouve et par suite de ne pas reconnaître le fondement vrai qu'ont en lui ou dans ses croyances religieuses les états de l'àme qui font sa consolation et son bonheur ^ »
\'oilà donc établi un nouvel ordre de faits, qu'il n'est pas permis de confondre avec les produits de notre activité Comment M. de Biran va-t-il les interpréter et les expliquer ?
L'existence de ces faits atteste en nous celle d'un sens sublime, distinct du sens intime et du sens organique, (c Enfin dans un troisième progrès intellectu.el et proprement moral, dit-il, la conscience relative cesse dêlre, se perd entière' menl, n'a plus un caractère relalif et s'identi/ie avec la science, avec la vérité absolue (car il ny a de science proprement dite que de l'absolu, de ce qui reste le même quand les ])hénomènes changent), et partanl, on peut dire encore qu'il y a une conscience comme une science de réalités absolues... Celle conscience de la vérité se distingue de toute conscience du relatif par un caractère bien frappant, c'est qu'à l'instant où l'esprit a cette conscience de la vérité,' il l'aperçoit comme existant indépendamment de toute conception passée, présente et future, c'est-à-dire comme
i. Octobre 1823. Naville, Journal, 372.
TISSER.WD. — T.
i/aNTHKOPOLOGIE de MAINE DE UIRAN
éternelle, nécessaire ou dont la non-existence est impossible ^ »
A vrai dire, ce n'est pas conscience qu'il faul entendre ; et il est contradictoire, dans le lano-a^re <|e M. de liiran, de parler ilum^ vonsclviwc d<^ labsolu, la conscience étant essentiellement la relation primitive dune force en exercice et d'une force opposée qui lui résiste et la liniile. Il serait plus juste de parler u d'un sens sublime » que d'une conscience supérieure. Quand ce sens entre en exercice la conscience s'efface et disparait, comme le soleil en se levant écbpsela pâle lueur des étoiles. Dans l'amour passic.nné le moi perd peu à peu le sentiment de sa personnalité, qui semble s'absorber dans celle de la i)ersonne aimée ; de même, dans l'amour de iJieu, le mystique croit vivrc^ en Dieu.
De même que le sens organiipie et le sens intime ont leur siège, ou du moins leur condition d'exercice, leur instrument, dans un oro;ane déterminé, M. de lîiran siMiible admettre avec saint Augustin, qu'il y aurait « au-dessus de l'organisation sensilive animale et de l'organisation musculaire de rhomine, une organisation plus fine, plus épurée, dont les précédentes ne seraient que lenveloppe, et qui servirait d'instrument à ce sens supérieur ». « C'est cette partie intérieure, éminemment sensible», qui s'affecte et s'émeut, dit M. de Biran, à la suite des idées ou des sentiments de l'Ame b^s plus élevés- », c'est sur elbs sur ces ressorts subtils et mystérieux (jue s'exercerait, comparable à celle d'un magnétiseur, l'action de Dieu et des aulres esprits.
Ce sens ne crée pas son objet; de même que l'iiomme éveillé par quelque affection ou une image vive, aperçoit cette affection ou cette image comme préexistant h la conscience qu'il en a présentement, les notions d infini, d'éternel,
1. Naville, t. nr„ 30. Fondement delà momie et de la religion