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d'elle. D'iiulre part, nous avons rintuition de l'existence même de Dieu, inséparable de ses attributs ou de certaines révélations intérieures. (Mais celte intuition n'a rien de commun avec l'aperception de soi !) — Dès lors apparaît la possibilité, ])Our obéir et satisfaire à ce besoin d'unité qui est au fond de 1 àine humaine, de rattacher lame et toutes les existences iinies à Dieu. L'unité qui ne peut se faire du point de vue du moi se réalise alors dans le point de vue de l'absolu et de Dieu. Mais elle ne s'y réalis(» pas comme objet de connaissance.
Il ne faut pas mettre sur le même plan toutes ces idées. L'existence de Dieu est un fait, (jui nous est immédiatement donné, et dont ne peuvent douter (jue ceux à qui manque le sens approprié à cet ordre do réalité. Ce fait sert de point d'appui aux croyances méta])hysiques ou religieuses, tant intellectuelles que morales. Mais ces croyances n'éclairent que très incomplètement la réalité absolue. Dieu seul l'entend parfaitement. Xous l'entendons nous-mème dans une certaine mesure, en tant (pie nous participons à sa science, assez pour nous rendre compte que le monde et le moi lui-même, en tant (piils sont objets de connaissance, ne sont <pie de pales copies de la réalité. La réalité absolue est d'un autre ordre. Klle n'est point abstraite du moi; « le pur moi absolu, que Fichte oppose au moi empirique, ne s'obtient pas par abstraction. C'est un concept ontologique d'une tout autre nature^ ». Nous en avons le sentiment dans certains états privilégiés, aussi brefs qiu) rares : c'est à ces hauteurs tout ce qu'un esprit limité comme le notre peut entrevoir. 11 ne Caut pas s'étonner que nous ne puissions nous élever plus haut. La science humaine ne peut prétendre à résoudre tous les problèmes. L'important, c'est qu'elle établisse sur un fondement assuré les connaissances nécessaires à la vie morale, telles que l'existence du moi, des autres êtres, de Dieu, etc. ; et que pour le reste, pour le mystère dont se
i. 3 janvier 1817. Journal, inédit.
LA VIE DE L ESPRIT
trouve enveloppé notre existence, elle laisse le champ ouvert aux hypothèses : la religion pourra ainsi résoudre les problèmes que la philosophie ne peut que poser, mais que seule elle pose. Du reste, le philosophe, à défaut de connaissances certaines et de croyances nécessaires, a pour se guider dans les problèmes métaphysiques l'analogie.
Nous ne savons pas comment Dieu agit sur Tàme, puisque nous ne savons même pas comment le moi agit sur le corps, mais du moins nous pouvons admettre que cette action est analogue à celle de la force vitale ou organique sur nous : « C'est ici, dit M. de Biran, que les systèmes physiologiques et théologiques, tout éloignés et opposés qu'ils paraissent, peuvent se rejoindre dans une même idée, savoir celle d'une force indépendante de notre volonté, qui nous modifie malgré nous, de qui dépend notre bonheur ou notre malheur, qui fait même ou exécute en nous ou dans notre corps tout ce que la volonté détermine. Cette force est-elle aveugle ou destituée dintention ? C'est le fatum du corps, Tinstinct aveugle, le principe de vie reconnu par les physiologistes comme soumis aux lois de la médecine et de l'hygiène. Estelle intelligente et souveraine dans toute la nature? C'est Dieu dont l'action eflicace suit les lois delà grâce. Des deux cotés sont des mystères impénétrables, des questions insolubles ou dont les prétendues solutions sont toutes dans le champ de la logique ^ »
Notre àme, dit encore M. de Biran, semble obéir à diverses attractions comme ce que nous appelons la matière. Tantôt les affections du corps attirent à elles presque toutes ses forces et la fixent ou l'absorbent, au point que la personnalité, la liberté peuvent disparaître entièrement et que l'homme se trouve réduit à la simplicité de l'animal. Tantôt l'àme obéit à une attraction tout à fait opposée, « c'est la vie mystique de l'enthousiasme et le plus haut degré où puisse atteindre l'âme humaine, en s'identifiant autant qu'il est en
i. Journal, avril 1821, p. 324.
L A.MHIUJPOLOIJIE DE MAINK DE BIIIAN
elle avec son ohjct .suprvino, et revenant ainsi à la source dont elle est émanée ' ».
Les effets du magnétisme nous font concevoir, jusqu'à un certain point, cette influence surnaturelle de la grâce <livine sur nos âmes. « On pourrait ainsi constater deux états opposés de I homme où c'est comme un autre être, une force autre (pie sa force p<rsonnelIe ou même que sa force propre animale, (pii agit en lui. sans être lui -. »
ÎSÏ. de Bilan a<lmettait la possibilité d mie action à distance des âmes l.s mies sur les autres, c'est à-dire indépendantes des organes des sens... «Lejour d(Ma mort d'Henri IV, dit-il, llavaillac roda autour du château, attendant le momi-nt où le roi sortirait, guettant sa victime. Pendant tout ce temps, h' roi éprouvait d(\s angoisses extraordinaires, était agité de pressentiuKMits sim'stres, doimait et révoquait diderenls ordres, etc. II était comme fasciné par le voisinao-e du monstre. J)onc la ])ensée, la volonté et toute la forc(> (Vuiu] Ame atroce agis.saientçn ce moment sur celle du bon roid'mie manière immédiate et la tenaient par ses impressions funestes conuiK^ fascinée. Le même eltet s'obs(M've dans des circonstances où les sens servent d intcrm.Mliaires naturels à l'action ; on l'attribue à C(>s instruments ou à ces causes occasionnelles qui ne sont (pi'auxiliaires et non point essentiels ou uidispensables. On connaît Tempii'e des imaginations sur les esprits faibles ; il tient à une cause send>lable. Il v a une condition send)lable dans les hommes faits pour dominer leurs semblables. Dans les asstMnblées, il y a des hommes qui int1uenc(Mit. dautres qui sont influencés par de tels moyens inconnus à ceux (pii les éprouvent'. »
On pom-j'ait croir(\ lorsque c'est limagination qui sert d intermédiaire à cette action, ou du moins lorsque cette action se manifeste par des impressions sensibles, qu'elles