‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 143 sur 178 · SES RAPPORTS AVEC SA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

SES RAPPORTS AVEC SA PHILOSOPHIE

a. Critique ihi tradilionnalisme de M. de Donald. — b. Critique du pa?^ théisme. — c. Rapports de la religion avec la psychologie.

a. Critique du tradilionnalisme do de Bonald.

Si la religion de M. de Biran est, comme nous le soutenons, inséparable de sa philosophie, il en résulte qu'il devait être l'adversaire de toute opinion qui, séparant la religion de la philosophie, la fonde exclusivement sur la révélation externe et la tradition, comme de celle qui fondant la philosophie sur une idée fausse, telle que l'idée d'être indéterminé ou de substance, ruine en même temps la vraie philosophie et la religion. C'est en effet ce qui ressort nettement de l'examen qu'il fit en plusieurs endroits, notamment dans l'opuscule intitulé : Défense de la philosophie^ du traditionnalismede de Bonald, et de sa critique du panthéisme et de ce que nous nommons aujourd'hui le mysticisme spéculatif.

M. de Biran et de de Bonald n'avaient aucune sympathie l'un pour l'autre, et cela s'explique par les différences profondes de caractère et desprit qui les séparaient. Autant l'un était indécis dans sa conduite, changeant dans ses opinions, en tout ce qui ne concernait pas la philosophie,

4 . Naville, III. La date probable de cet écrit est J 818 : mais nous voyons par une note du Journal intime du 28 juillet 1823 qu^ ses opinions sur celle question n'ont pas changé.

TISSEttAND. — I.

L ANTHROPOLOGIE DE MAINE DE lilRAN

autant l'autre était ferme et conséquent dans ses actes et ses idées; autant le premier était grave et réfléchi, autant le second était brillant et spirituel. Ils étaient destinés à ne pas s'entendre. M. de Biran se plaint quekpie part de n'avoir pu faire comprendre à de Donald qu'il rencontraà la Chambre, son point de vue srientiliquc. D'autre part, nous ne serions pas étonné (pie ce fut précisément à M. de Biran que de Bonald fait allusion dans ses Recherche» philosophiques lorsqu'il écrit : « Nous nous pensons nous-mêmes, ce qui nous met dans la position d'un homme qui voudrait se peser luimême, sans balance et sans contre-poids. Jouets de nos propres illusions, nous nous interrogeons nous-mêmes et nous prenons l'écho de notre propre voix pour la réponse de la vérité^ » et un peu j)lus loin : « Si nous nous obstinons à creuser nos idées pour y chercher nos idées, à vouloir connaître notre esprit au lieu de cliercher àcoimaître avec notre esprit et par notre esprit, ne risquons-nous pas de faire

comme ces insensés du mont Athos(pii, des journées entières, les yeux fixés sur leur nond)ril, prenaient pour la lumière incréée des éblouissements de vue que hun* causait cette situation ? L'esprit s'épuis(\ se dessèche, se consume dans cette stérile contemplation de lui-même : triste jouissance d'un esprit timide que je n'oserais appeler étude et qui le rend inhabile à se porter au dehors et infécond à i)roduirc-. »

M. de Biran, qui dut se sentir particulièrement visé, ré[)ondit avec vivacité et non sans aigreur au réquisitoire violent, plus spirituel que solide, de de Bonald contre la philosophie et les philosophes. Il entreprit la défense de la philosophie dont il ne séparait pas la vraie reli<non.

De Bonald est un ])artisan de la tradition, et, par cela même, un adversaire résolu de la philosophie ([ui ne peut pas se passer du libre examen, il l'accuse de jeter le désordre dans les esprits, le trouble dans les àmcs, l'anar-

1. Recherches philosophiques suv les premiers objets des connaisances morales, t. 1, p. 66.

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