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L ANTHHOPOLOlilE DE MAINE DE JURAN
abdiquor sa raison. « Lhommo qui renoncerait à sa raison propre, individuelle et par suite à sa volonté constitutive pour les soumettre entièrement à une autorité extérieure, une parole étranp:ère, fut-ce celle de Dieu même, cet homme abdiquerait par là même le titre de |)er.s()ime morale qu'il tient de son créateur; il cesserait de j)articiper à la raison suprême; il se mettrait hors la loi de JJieu et cesserait de Tentendre ou de la posséder, alors (ju'il cesserait de s'.'q)partenir à lui-même' ». C'est tout à la fois pour l'homme, un (hnoir et une nécessité d'écouter la voie de la raison.
La raison peut sans doute s'éiî^arer dans des recherches vaines ou danu^ereuses, mais elle porte en elle le remède au mal; elle seule jxMit s'inq)oser des bornes, en sachant bien ce qu'elle fait, ce qu'elle peut et ce quelle ne peut pas. Le principal mérite de Kanl, aux veu.K de M. de îîiran, vient précisément de ce qu'il a soumis la coiniaissance à unecriti(pie rigoureuse, et nettement distingué du domaine de la science le domaine de la croyance. C'est précisément la plus utile fonction de la philosophie, (pie de bien manpier les limites qui séparent nos facultés diverses et de ne pas les a{)pli(pier hors de leur sphère respective. C'est le meilleur moyen de garantir la légitimité des croyances nécessaires, et d'établir sur un fondement solide les vérités premii'res, religieuses ou morales. La raison saura trouver sa voie; c est ce qu'atteste 1 histoire de la philosophie, bien comprise.
Il y a accord entre les grands philosophes sur les questions essentielles; cl même (piand ils semblent en désaccord, leurs idées se complètent plutôt qu'elles ne se contredisent. Tous n'ont pas la môme pénétration d'esprit ou la même ampleur : les uns voient plus profond ou plus large. Les empiristes par exemple n'ont j)as tort dans ce qu'ils afTirment, mais dans ce qu'ils nient. Us n'ont vu qu'un côté de la vie humaine, celui par lequel elle s'identitie à la vie animale ; ils ont eu le tort de réduire toute la pensée à la