Navillc. III, 297. ^otes sur l'Évangile de saitit Jean
2. Navillc, I II, 57. Essais sur les fondemenls de la morale et de la religion.
LA RELIGION DE MAINE DE BIRAN 273
rythme fondamental de la vie organique, qui passe alternativement de la concentration à l'expansion.
Tant que les périodes d'expansion et d'activité joyeuses alternèrent avec les heures de dépression et de tristesse, M. de P>iran ne chercha pas le bonheur ailleurs que dans le calme des sens, le libre cours de ses sentiments naturellement doux et bienveillants, l'intérêt de l'étude et de la méditation ; mais la vie lui devint peu à peu un fardeau insupportable. « Il est, écrit-il en juin 18:>l, des dispositions, des temps où l'àme prend en haine son corps et où l'homme découragé, désespéré... songe au suicide. Mais le suicide est impossible dans le sens propre du mot. On peut détruire le corps, rompre le lien qui tient l'àme unie mais non aller jusqu'à tuer l'àme qui est le soi. Aussi le suicide ne s'accomplit pas malgré l'intention K » Dans cet état de désolation, il n'y a plus à compter sur soi : le remède ne peut venir de la sagesse humaine. Il faut « se confier à Dieu, y placer son a])pui, croire à cette force supérieure ». La foi devient ainsi pour M. de Biran le suprême recours contre la maladie et tous les maux qui l'accablent.
Mais jusqu'aux derniers jours de sa vie elle se manifestera par de brusques élans sans durée, par une ardeur bientôt éteinte. Jusqu'aux dernières lignes du journal, il se plaint de ces étals de sécheresse, qui font le désespoir des âmes religieuses. La plupart des moralistes chrétiens, Pascal notamment, ne voient là qu'une suite de la chute originelle, et la preuve de la corruption naturelle de l'homme. Cette explication est peut-être vraie au point de vue théologique ; psychologiquement elle n'explique rien ; tout le mal dont nous souffrons vient exclusivement, selon M. de Biran, de la prédominance des affections organiques sur la pensée et le sentiment. C'est un effet de la nature humaine qui n'est pas simple, comme celle de l'animal, mais double; en nous l'animal et l'homme, la cliair et l'esprit s'opposent nécessai-