‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 156 sur 178 · Jouî'nal, inédit · texte numérisé non relu

Jouî'nal, inédit

TISSER.VND. — I.

L ANTIIUOPOLOGIE DE MAINE DE UIRAN

rement et se combattent, et il arrive (jiie Miommc ne trouve pas toujours eu lui la force suflisanle pour triompher des obstacles que sou organisme lui suscite et qui em])èchcnt le développement de la vie de l'esprit.

C'est uni(juem(^nt là qu'il faut voir la cause véritable de l'ennui, que Pascal attribue à tort à la conscience de notre indignité. L'ennui est un(^ affection passive qui nait en nous, lorsque noire activité disponible éprouve un l>osoin d'e.xercice, sans rencontrer au dehors les causes propres à l'exciter et à la mettre en jeu. Quelquefois un rien, une bagatelle siiHit pour nous sauver de l'ennui. Evidemment, si nous étions nn pur esprit, nous ne serions pas esclave de telles futilités, mais il serait insensé de se plaindre de n'élre pas autres que nous sommes. Le parti le plus sage, en telle occurrence, dit M. de lîiran, ce serait puisque la nature humaine est double, de se divertir dans la mesure où l'exige noire tranquillité, en jugeant la cause de ce divertissement. Kn tout cas, si l'homme cherche à se divertir, ce n'est pas parce qu'il a peur, comme le dit Pascal, de rester en présence de lui-même, mais parce que sa nature sensible a besoin d'excitation, de sensations agréables. C'est du moins la condition du plus grand nombre des hommes. Ils vivent i)ar les sens et d'une vie toute extérieure. Que les impressions et les causes de mouv(Mîient viennent à manquer ; « il y aura en eux un vide afTreux et comme un néant d existence pour ces hommes qui ne connaissent et n'aiment que la vie des sensations^ ». Le mécontentement ne viendra pas de ce qu ils se voient tels qu'ils sont, mais de ce qu'ils ont, au contraire, l'esprit vide de {)ensées, et de ce que leur activité est sans emploi. (]eux (pii sont accoutumés à la vie intellectuelle, même en méditant sur le néant de l'homme, auront une existence pleine et par cela même intéressante. Il n'est pas vrai que 1 homme ait le sentiment intime de sa dégradation, chaque fois qu'il se voit à plein ; la principale cause do ses maux

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LA RRLIGIOX DE MAINE DE HIRAN

vient au contraire bien plutôt de ce qu'il est entraîné au dehors et occupé à mille futilités et vains amusements qui sont un obstacle à son propre perfectionnement intellectuel et moral ^

M. de Biran avait peu le sentiment du péché sur lequel ont tant insisté les protestants et les jansénistes. Il l'avoue en plusieurs endroits de son journal. Jusqu'aux derniers moments de sa vie, il conserva quelque penchant à cette vanité légère qu'il avait pour les qualités extérieures de sa personne. Il aimait à plaire. Il aimait le monde quoiqu'il se rendit compte qu il y perdait un temps précieux et qu'il eût mieux fait de consacrer à la méditation. Mais il ne se reproche jamais sévèrement ces petits travers. 11 lui semble que ce soit l'effet d'une fatalité qu'il regrette assurément, mais qu'il subit. Nul n'est plus complaisant à décrire ses défauts : nul ne fut plus lent à s'en corriger. Il en prend parfois la résolution ; mais l'état de son organisme change ; et les anciennes habitudes reprennent le dessus. Nul ne fut plus instable, nous l'avons vu, plus soumis aux influences extérieures et surtout organiques, que ce philosophe de la volonté. Cela explique son indulgence pour les faiblesses humaines. Selon lui, l'homme ne fait pas le mal volontairement, mais entraîné parce destin qui gouverne ses affections et ses passions. Il n'est pas responsable, par conséquent, à ses propres yeux, du mal qu'il fait. La force qui le juge n'est pas celle qui l'accomplit. Il y a en tout homme un conflit de forces contraires ; et la volonté ne peut en certains cas triompher du déterminisme physique qu'avec le secours et l'appui d'une force surnaturelle.

M. de Biran ne trouvait pas dans la connaissance de luimême, le fondement psychologique de la doctrine chrétienne de la chute ; c'est pourquoi il en conteste l'interprétation qu'en donne Pascal. Le mal ne réside pas, selon lui, dans la volonté, mais dans la nature de notre sensibilité. 11

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