Journal, 27 février 1820, p
LA RELIGION DE MAINE DE BIRAN
ravissantes, cette force surhumaine que nous apporte la grâce, dépend-il de nous de les obtenir? et puisque les conditions du bonheur se trouvent placées en dehors et audessus de la nature, ne sont-elles pas, par cela même, inaccessibles !...
M. de Biran remarqua (et l'analogie de l'état mystique et de l'état somnambulique, contribua à provoquer en lui cette idée) que le sentiment religieux exigeait, pour se développer et s'épanouir, ({ue certaines conditions physiques fussent remplies : « Il y a tels états de mon organisation, dit-il, telles épo(jues et saisons de Tannée oi^i je me sens régulièrement porté aux idées et à des sentiments religieux qui, dans mon état ordinaire et avec mes habitudes de distraction et de mondanité, ne se présentent presque jamais. 11 y a donc des dispositions particulières de l'organisation qui sont spécialement appropriées au développement religieux et moral, et comme j'ai éprouvé que la volonté n'y a guère dinlluence puisque ces dispositions sont spontanées, qu'elles cessent et passent d'elles-mêmes, il faut conclure que l'àme y a moins de part que l'organisation. Il y aurait donc une sorte de tempérament religieux et moral que l'action de certaines causes physiques ou certain régime approprié pourrait exciter. Notre bonheur ou notre perfection morale tendrait à découvrir ces causes. Pourquoi la médecine morale est-elle si peu avancée ^ ? »
Dans un autre passage du journal, il s'exprime d'une façon analogue : <v II est évident, dit-il, que ce n'est pas moi qui produis ces suggestions extraordinaires de vérité, dont l'expression me dépasse infiniment. » 11 faut bien que la cause ou l'objet de ces intuitions vives et élevées soit quelque chose de réel, comme la lumière, car le sens ne crée pas l'objet de l'intuition ; il en est seulement excité quand il est convenablement disposé. Or, c'est cette disposition qui paraît spontanée ou dépendante de certaines conditions