mars 182i, 381. idem
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LA RELIGION DE MAINE DE BIRAN
sième vie ou vie de l'esprit. Ainsi se concilie la philosophie religieuse avec la doctrine psychologique du moi.
Le but, c'est l'union avec Dieu par l'amour. Or, l'amour pur n'est possible qu'à la condition que l'âme ait renoncé à tout amour mercenaire, ayant en vue le plaisir ou l'utile. « Nous devons nous rendre libre de toute attache aux créatures pour consacrer à Dieu notre amour, préférer sans cesse l'invisible au visible, la réalité à l'apparence, c'est-àdire vivre d'une vie toute spirituelle et renoncer aux sens. Au lieu de songer aux choses terrestres conmie à des buts de vie, il faut les craindre comme des moyens de mort spiriUielle et ne les aborder que par devoir pour obéir à Dieu, en désirant qu'elles s'éloignent de nous cluuiuo jour et nous laissent tranquilles K » Mais voilà précisément ce qui fut toujours diiïicile à M. de Biran, jusqu'aux derniers moments de sa vie. Quand il est dans le monde, il se laisse absorber î>ar lui, « je cours, dit il, après la vanité et le mensonge, en sachant bien qu'il n'y a ([ue vide dans tout ce que je poursuis, et pourtant, en y cherchant des aliments propres à entretenir cette vie sensible que je n'aime plus ». 11 s'élève à Dieu par instinct, lorsque son àme s'y trouve spontanément disposée ; sinon il com[)rend la nécessité d'orienter sa vie et sa pensée vers lui, mais est presque toujours incapable de le faire.
Il se reiid compte, par la méditation, que les sentiments du vrai, du bien, de l'infini, ne sont pas, du moins dans ce degré de vivacité et d'exaltation qui nous transporte, le produit de l'activité du moi ; qu'ils sont liés à l'intuition d'un autre ordre de réalité qui se rattache à l'existence même de Dieu. « L'illusion de la philosophie est de regarder le principe de vie spirituelle comme exclusivement propre au moi, et parce qu'il s'affranchit jusqu'à un certain point de la dépendance des objets sensibles, de le considérer comme indépendant de cette autre influence supérieure