L.\ UELir.ION DE MAINE DE BIRAN
perd. 11 faut mourir à soi-même pour vivre en Dieu. Par l'abnégation et l'amour, notre àme trouve avec la liberté, le bonheur qu'elle ne poursuit plus; elle goûte la paix qu'elle a vainement cherchée ailleurs, notamment dans l'amour de soi et l'amour d'autrui.
L'amour de soi remplit l'àme d'inquiétudes : « Nous sommes ballottés sans cesse entre des espérances souvent trompées, et des craintes qui sont de vrais maux, quels que soient les événements. Si l'amour divin est celui qui remplit le mieux, ou même uni(]ucment les conditions du vrai bonheur dans ce monde, c'est qu'il ne s'y mêle rien qui donne prise aux passions personnelles, à ce qui tient à l'amourpropre ou aux plaisirs des sens^ » Nous éprouvons les mêmes troubles lorsque nous aimons autrui. « En aimant un objet de même nature que nous, il est presque impossible (pje nous n'ayons pas quelque désir qui se rapporte au corps, ou à des modifications ou qualités variables, enfin que l'abnégation soit complète ; mais en tant que nous pouvons épurer le sentiment d'amour ou le dégager de toute affection ou intérêt personnel, cet amour désintéressé peut nous rendre heureux, et si une créature pouvait nous l'inspirer, ou que par un travail sur nous-même, nous parvinssions à aimer en elle la perfection, la beauté de l'àme et du corps sans aucun retour sur nous-même, nous pourrions être heureux, en aimant la créature; mais c'est alors Dieu que nous aimerions en elle-, w
Malebranche s'exprime en termes analogues, en maints endroits de ses écrits. C'est dans cette vie de l'esprit que consiste, pour M. de Biran, le royaume de Dieu que le Christ promet à ses disciples : « Tous les discours de Jésus-Christ doivent être entendus dans le sens de cette vie supérieure où l'homme sent qu'il est animé, dirigé, inspiré par un esprit plus haut que lui, où il croit à cet esprit, s'y soumet tout