‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 165 sur 178 · Naville, III, 205. Notes sur lÈvangile de saint Jean · texte numérisé non relu

Naville, III, 205. Notes sur lÈvangile de saint Jean

L'ANTHUOPOLOGIK de MAINE DE BIRAN

annonce Jésus-Christ, el Jésus-Christ ou le Verbe annonce le Père, c'est-à-dire E^u.

De mémo ([ue la parole ne pourrait exister sans la pensée, c'est-à-tlire sans le moi, et que le nnoi ne pourrait exister sans Tàme, et que d'autre part pour exister, le moi exige d'autres conditions que l'action de l'Ame : à savoir, le corps et la parole d'autres conditions que l'action du moi, à savoir un organe approprié, de même saint Jean annonce le Verbe, mais il n'est pas le Verbe, et le Verbe manifeste le Père, mais il n'est pas le Père; ce sont trois personnes distinctes en Dieu.

Un voit ici encore combien la religion de M. de Biran diffère de celle des mystiques allemands de la Renaissance. Peut-on même la nommer, comme le fait Cousin, un mysticisme? Oui, si on désigne par ce mot toute doctrine qui attribue à lame le pouvoir de s'unir à Dieu par la méditation, la prière ou l'amour. Mais en ce sens tous les Pères de l'Église sont des mystiques. 11 faut ranger parmi eux, Bossuet dont M. de Biran cite plusieurs passages à l'appui de son opinion dans les Xotes sur r Évangile de saint Jean. Si, au contraire, on réserve le nom de mystiques aux doctriiies qui admettent la possibilité pour lame de s'absorber en Dieu, de rentrer en lui, ce qui implique qu'elle n'en est qu'un simple prolongement, une sorte de production au dehors, M. de Biran n'est pas un mystique. Il ne l'est pas non plus si l'on admet que l'union avec Dieu s'opère par une sorte de méthode transcendante, et d'étapes successives et nettement déterminées^ Tout ce qu'affirme M. de Biran, c'est que Dieu habile en nous, qu'il nous est plus intérieur que nousméme, sans pourtant s'identiticn- avec nous, bien plus, sans que nous reconnaissions la plupart du temps sa présence; c'est que nous pouvons vivre avec lui et en lui, comme nous vivons avec et dans les personnes que nous aimons; mais quant aux conditions dans lesquelles s'opère cette union,

i. Voir Delacroix. Éludes irhisloire et de psycholoyic du myaticisme (F. Alcan).

LA RELIGION DE MAINE DE BIRAN

nous les ignorons; nous savons seulement qu'elles sont extrêmement complexes, qu elles dépendent à la fois du corps, de notre volonté, de Dieu, que l'action de Dieu est toujours nécessaire, et nous demeure mystérieure.

Si M. de Biran n est pas un véritable mystique, ce n'est pas non plus un pur catholique. Tout ce que Ton peut dire, c'est que ce fut un chrétien, et même en y faisant certaines réserves ; car des deux idées fondamentales du christianisme, l'idée de la chute et l'idée de la grâce, il n'admet guère que celle-ci, dont il trouve dans sa doctrine et par suite en luimôme la justitication, ou plus exactement, la vérification.

Nous voyons par le Journal intime qu'à partir de 1814 il assiste souvent à la messe ; nous savons d'autre part que sa fin fut catholique, qu'il reçut les derniers sacrements de l'Kglise. Mais on ne peut rien conclure de ces faits : car il faul tenir compte de l'état des mœurs à cette époque, de ia situation politi(iue et des relations de M. de Biran. Il semble bien qu'il se soit de plus en plus rendu compte, à mesure qu'il vieillissait, de la nécessité d'un secours extérieur, et notamment des pratiques, pour déterminer en lui ia vivacité de la foi et des sentiments religieux. Nous n avons cependant, à notre connaissance, aucun texte formel qui nous montre en lui un catholique positif; au contraire toute sa discussion avec de Bonald, son interprétation de l'Évangile de Saint Jean, sa sympathie pour la Réforme sont d'un libre croyant, qui au lieu de subordonner l'esprit à la lettre, serait plutôt porté à subordonner la lettre à l'esprit, el qui en tout cas vivifie toujours la lettre par l'esprit de sa propre

doctrine.

Il y a d'autres raisons qui inclinaiont M. de Biran au catholicisme, ce sont des raisons politiques et sociales. Il nous reste à étudier ce côté de sa vie et de ses pensées, cl à en montrer le rapport.avcc les idées exposées dans V Anthropologie, notamment avec la vie de l'esprit.

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