Naville, lUl, Journal
LAXTHUOPOLOLilE DE MALNK DlC HIUAN
partie de certaines (li.s[)ositions de nos organes, d'un certain ctat du corps ; il y a tellrs saisons de l'année, dit M. de Biran, où le sentiment de l intini se nianifeslc en nous avec une ^n'ande vivacitc; il y a un tempérament religieux. De même (juil a des conditions organicpics, l'éveil du sentiment religi<nx a des conditions sociales ; il est étroitement uni aux institutions (jui président à lorganisation du culte, à la constitution du corps même de ri'lglise, et dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Le sort de la religion est lié à celui de ces institutions. M. deDiran s'en rendait compte par lui-mèm(^ ; il eut souhaité d'avoir une foi plus soumise et plus vive; mais précisément parce cpTil avait vécu longtemps en dehors dr la ndigion et cessé probahlement toute pratique, il y avait en lui un fond d indilTérence diûieih^ à vaincre. < >n pcMit dire (pi à mesure cpi il vieillit, il devient catholi'pie, en ce sens ([u il rec(>mu'iît <le plus en plus la part qui revient au tem|)éram(Md, aux pratiques, à 1 habitude, à la tradition dans la formation du sentiment religieux.
On voit comment on [)eut concilier en M. de lîiran le hbéralisme du philosojdie. et les idées conservatrices du légitimiste. S'd a défendu avec tant de force les droits de la j)hilosophie et de la peiisée libre contre les attaques de de P>onald, c'est que pour lui la vraie philosophie est bien ddTérente de celle dont se réclament les révolutionnaires. De même qu'en métaphysi(iue elle aboutit à la croyance en Dieu et au christianisme, en polili^iue elle consolide l'ordre social au lieu de le détruire. Le libre examen n'est (pi'un moven, non une lin. La personne humaine n'a pas sa lin en elle-même, mais dans un ordre qui la dépasse. Elle ne peut rencontrer la vérité et le bonlnnir qu'en sortant de soi. La vérité est une lumière que ne fait pas notre esprit, elle a- sa source plus haut. Quant au bonheur, il est lié pour les peuples comme pour les individus à certaines conditions qui ne dépendent pas d'eux. C'est pounjuoi il faut maintenir la force des institutions qui entretiendront en nous et en dehors