SES IDÉES POLITIQUES ET SOCIALES
de nous les conditions de notre perfectionnement. Si la vérité de la religion et la légitimité du pouvoir royal doivent être reconnues et approuvées par la raison elle-même, on peut dire d'autre part que l'existence même de la religion et du pouvoir royal apparaissent aux yeux de M. de Biran comme les conditions nécessaires d'exercice de la raison ; dans l'état populaire et l'état despoti(iue, soit lenvie et la jalousie nées de la préoccupation exclusive de soi, soit la crainte et la servilité faussent l'usage de la pensée, et d'ailleurs engendrent un état de trouble ou de malaise funestes à l'exercice de la véritable liberté de l'esprit. 11 senddc donc que les idées polili(iues et sociales de M. de Biran s'accordent avec sa philosophie et sa religion, comme celles-ci s'accordent elles-mêmes avec son caractère et son tempérament.
C'est là (pie réside l'unité profonde de sa vie et de sa pensée. C'est moins pour des raisons politiques que pour des raisons psychologiques et morales qu'il est royaliste ; ou plutôt la })oliti(iue est pour lui une science psychologique. La monarchie répondait plus à un besoin de .son C(eur que de son esprit. Il trouvait dans ces institutions, dont lorigine se perd dans la nuit des temps, un point d'appui pour l'instabilité de son caractère, d'autant plus épris de l'ordre et du définitif qu'il était plus troublé et plus changeant. D'autre part la patrie personnifiée dans le roi, comme l'infini en Dieu offrait un objet plus saisissable à son an\our et à son
respect.
Quant à sa religion, c'est-à-dire à la dernière forme de sa philoso])hie. elle a son origine dans la dualité irréductible qu'il admet au sein de la nature humaine entre k vie organique et la vie intellectuelle, entre la matière et la forme de nos émotions et de nos idées ; et sa théorie sur ce point n'est encore que le reflet de son àme même.
Cousin nous dit, dans sa préface de 1834. que c'est faute d'avoir compris le véritable rôle de la raison dans la connaissance, que M. de Biran se précipita dans le mysticisme.
l'anthropologie de MAINE DE MIRAN
Il est probal)lc en effet que, s'il avait admis comme les cartésiens l'existence d'idées innées, riches d'un contenu intelligible, il aurait trouvé, comme eux, le calme de l'esprit et la paix du cœur dans l'intuition intellectuelle de la réalité absolue. Mais Cousin n'a pas vu qu'étant donné le fondement de sa doctrine, c'est-à-dire la nature du fait primitif, sa théorie de la raison ne pouvait être autre qu'elle n'est. La conception que se fait M. de Biran de l'àme humaine, est chrétienne, en ce sens que, il admet en Ihomme une dualité, une contradiction fondamentale, et cette dualité il la trouvait en lui. Pascal a montré, avec une loi!:ique admirable, dans 1 entretien avec M. de Sacy, que le problème ainsi posé ne comportait qu'une solution satisfaisante : le christianisme. Toute la question est de savoir si le problème se pose réellemeni ainsi, c'est-à-dire -s'il y a, entre la chair et l'esprit, entre les sens et l'entendement, un abîme infranchissable, et si d'autre part l'esprit est une forme stérile, de telle sorte que son principal rùle soit de créer en nous une curiosité et des aspirations, que la foi seule peut satisfaire.