‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 19 sur 178 · I.AMirilOPOLOlUE DE MAINE DE BIRAX · texte numérisé non relu

I.AMirilOPOLOlUE DE MAINE DE BIRAX

est plus apte h nous cnfcrnir.r dans un crclo de propositions cnvonlionnellos .piV, nous faire coiniaitre la réalité Il est nnpossible de (ont .lémoiUror; il faut nécessairement partir de véi-ilés in.lénionlrables, et ees vérités, si elles ne sont pas <!e.s tautologies, sont des faits. (»r, c'est un fnit, «lit M. d,. riiran, .p,,. nous nous saisissons comme une force libre et (inie. Tous l,.s raisonnen.enls ,les métapl.vsicicns écli.,uenl contre I évidence .le ce fait Si le mou

vemeni volontaire nélait pas libre, si rien n.> le .listi ,ail

(les mouvements instinclifs ou ,les in„uvem. ots Spontanés, il m; .serait pas plus <|ueux accompa^Mlé ,|c conscience : nous naurions pas le sentiment de notiv pouvoir personnel d a-ir ; nous o'eNislerions pas pour nous. Mais si nous étions tout aciif, nous naurions Tidé- de rien <le passif; nous naurions donc pas non plus l'idée <le notre existence, puis,p,e la force qui constitue le moi est évi,l,.mm,.nf limitée par.les résistanc.-s étrangères et d'abord par la force vilale ou sensitive du corps'.

Il est vrai, d autre part, qu'on ne p.Mit ima-iner laclion de <'«''l'- l'"ve. vu .p,e nulle force ne peut tond.er sous les sens ou sous r,maginati(,n, et c'est pour cela que .l'aulres philosophes la nienl. Les phénomènes et les signes sensibles par lesquels se manifeste son existence usurpent toute leur pensée : « C'est ainsi .p.'un premier vouloir vient se confondre ou se penire dans le désir ou la passion, comme l'activité de l'ame dans la .sensation, la cause dans r,.ffe| la liberté dans la nécessité, le moi dans la nalurc^ .« Mais pou.lant il est certain que tout ne se réduit pas poumons au repié.senté. La ivprésenlalion suppose nécessairement en dehors de I objet représenté, un sujet qui se représente, et .n.i est nécessairement .lilTé.renl .le l'objet représenté puisqu il s'oppose a Im. Le suj.'t ne peut se représenter comme objet sans se mer lui-même. Qu'est-il donc en soi? L'expérience

1. Cousin, r IIl,20(i. ^,„-,,;o,„,., rallsps,cno!osi,uesH pl.j.iolooi,

ues.

LE FAIT PUIMITIF

inléricure nous apprend, ivpMe sans cesse M. de I]iran, qnil est la relation dune cause à son eiïet, relation singulic're,])riniilive.parconséquen( inexplicable, mais certaine. Ce fait est au-dessus du doule et en dehors de toute discussion. Il porte avec lui-même son critérium sans Tempnmler d ailleurs, car la faculté par laquelle on le connaît sidenliiie avec lui; cetfe faculté c'est le sens intime ou réflexion ' : « La faculté de réflexion, dit expressément >r. de Bu-an, n'est autre que le pouvoir de commencer et d'exécu- Icr librement une aciion ou une série daclions..()r un tel pouvoir se vérifie immédiatement par cela même quil s'exerce, et il ne sexerce qu'autant qu'il est ou peut être actuellement vérifié par la conscience^ ». Pour le moi, oxist.M-, c'est-à-dins vouloir, faire effort, mouvoir, c'est en même temps avoir conscience de soi ; la vérité, ce n'est pas, dans ce cas, simplement la conformité de la pensée avec l'être, c'est l'être mênie. Or la conscience est le type de toute connai.ssance certaine^. Comme c'est une relation priliiitive, non pas sans doute la relation de deux objets entre oux-, ni même d'un sujet et d'un objet, mais d'une cause à son efl'c^t, il suit que toute connaissance de l'absolu est inter- . dite au moi. L'absolu dans une telle philosophie, ne pourra** jamais être qu'objet de croyance.

Cette théorie de M. de Biran sur la nature de la conscience, c'est-à-dire de la pensée humaine (car que sont l'attention et la réflexion, et toutes les opérations qui en dépendent, sinon des modes de la conscience?) est singulièrement originale. Il la considérait comme sa grande découverte en psychologie, et c'était aussi l'opinion de ses amis, notamment d'Ampère. Klle consiste essentiellement à identilier la pensée avec la volonté, et celle-ci avec le sens de l'efl'ort.

On en I end bien, d'après ce qui précède, l'idée précise qu'il s'en fait. 11 ne faut pas confondre l'effort, au sens bira-

L Naville. t. I, 91, Essais sur les fondements de la psycholonie 2. Id. ■' ■

L ANTHROPOLOGIE DE MAINE DE DIRAN

nicn de ce mot, avec l'acte par lequel notre volonté réunit <ii concentre ses forces pour triompher de la résistance (|ue lui oppose un objet étranger. Cest ainsi que l'entendait iùigel, dans un mémoire « sur l'origine de l'idée de force » <|ue M. de Biran a discuté '. Selon le philosophe allemand, il n'y a effort qu'en cas de conflit d'action de notre force per- .sonnelle avec une force étrangère, comme par exemple, lorsque nous voulons rompre un bâton, soulever un fanh'au, ou faire avancer un mobile qui résiste. Cette comph'calion des deux forces apparaîtrait donc seulement quand nous .sentons la force de cohésion des molécules de l'objet résistant surmontée peu à peu, à mesure que notre force augmente, jusqu'à la fraction où notre force prend le dessus et obtient tout son effet. M. de Biran s'élève contre celte théorie qui présente quelque ressemblance avec la sienne. Le sentiment de l'elTort ne suppose pas selon lui la résistance d'un corps étranger, mais seulement celle que nous oppose linertie de nos muscles. Cette résistance, dans certains cas, peut être extrêmement faible, par exemple dans la locomotion habituelle d'un membre ; le conflit ne s'en produit pas . moins, c'est-à-dire la conscience. Kn im mot, il ne faut pas confondre l'intensité de la sensation musculaire avec sa qualité propre. L'intensité résulte de l'addition de plusieurs sensations élémentaires à la sensation primitive; la qualité, c'est-à-dire le sentiment de notre action résulte uniquement de la rencontre, et en quelque sorte du choc d'une force active se manifestant par le courant centrifuge et de linertie musculaire. Peu importe \o degré d'inertie ou de résistance. Du moment que la volonté prend l'initiative du mouvement, il y a conscience, et non simplement sensation.

II ne faut donc pas non plus, se méprendre sur la signification qu'il donne au mot sens de l'effort. S'il était de même nature que les sens ordinaires, c'est-à-dire le sens organique, par exemple, ou la vue, on ne s'expliquerait pas

i. Naville, t.I, 267-i76. Essai sur les fondements de la psychologie.

LE FAIT rniMITIF

la différence qu'il y a entre les opérations de la pensée, comme la perception, la mémoire, le jugement, etc., et 1» sensation. Il est de la nature de la sensation d'être subie, d'être l'expression d'un certain état du corps. La conscience est au contraire le sentiment d'une action, dans l'instant même où elle se produit ; car alors seulement a lieu le re(loid)l(Mnent qui est son caractère essentiel. La sensation est centripèle. La sensation musculaire active, ou plus exactement, le sentiment de l'action motrice est à la fois centrifuge et ceiitri[)ète. 11 y entre donc un ingrédient particulier qui n'existe pas dans les autres sensations. On n'expliquerait })as autrement la différence qui existe entre les opérations ou les actes qui dépendent de nous et les états qui n'en dépendent pas, et que nous subissons. La conscience n'est pas, comme l'ont cru la plupart des philosophes qui précèdent M. de Hiran, une propriété commune à tous les faits psychologiques. Elle est essentiellement action. Conscience et sensation sont deux faits d'ordre différent. La conscience peut s'ajouter à la sensation, mais elle ne s'y réduit j)as, et c'est même un problème de savoir comment les sensations entrent dans la trame de la vie consciente.

On voit quelle place occupe la théorie de M. de Biran sur le sens de l'effort, parmi les théories des psychologues contemporains. Llle diffère tout à la fois de celles qui considèrent la sensation musculaire comme une espèce de sensation tactilr, de celles cpii la considèrent comme le simple effet d'une contraction transmise aux centres nerveux par les nerfs sensitifs et enfin de celles qui en font une sensation d'innervation. Pour M. de Biran, la sensation d'effort musculaire est efférentc et afférente, centrifuge et centripète; c'est la volonté s'imposant par une action immédiate à la nature, en cette partie de notre organisation qui est seule |)rédisposée à recevoir et exécuter son commandement, à savoir les centres moteurs et le système musculaire qui ea dépend.

Il ne faut donc pas confondre le mouvement produit sous

l'aNTMRO[>0LU(1IE de MAIM-: F)K muAN

J inlluoncc (l'un désir, et par rintemicMliaire dr rimaoe du mouveiiieut désiré avec le mou veinenl volontaire, l.e premier est un état (]ue nous subissons, le seeond seul est un acte. L'action pour M. de Hiran n'est [)as un effet de la représentation. Les représentations ne peuvent pas devenir volontaires, comme le prétend Henouvirr^ il peut arriver (pie le mauilien d une idée dans la conscience soit le terme o« l'effet crime action; mais la présence de cett(* idée est alors accompagmV du s(Mitiment d'une action musculaire, ne serait-ce cpie dr la contraction des cordes vocales. L'idée on d'autres termes ne serait pas le principe, mais le résultat <rnne action. Le vrai principe serait encore la volonté, c'està-dire une ])tiissance. distincte des représ(Mitations. '

Le sentiment de l'effort, pour M. de lîiran est id(M.ti(pie à la conscience ; la conscience elle-même est i(lenli(p,e à la pensée, en tant cju'elle se distin-ue i\vs imag•(^s, et est la faculté de juovr. I) autre part comme leffort volontaire est libiv, la conscience est le sentiment dune libre action. Pensée pour M. de l>>iran, c'est essentiellement liberté. La sensation accompagne les mouvements instinctifs ou spontanés dans lescpiels le cerveau ne fait que réagir sous l'inlluencc de diverses excitations venues soit du debors, soit des organes internes. Létre qui se borne à sentir, connue lanimal, reste nécessairem(Md soumis à l'empire de la nature, et c'ivst parce qu'il lui reste soumis qu il ne s'élève pas à la conscience. La conscience marque l'éveil d'une force supérieure à la nature, et q.u* lui impose sa libre volonté, dès que toutefois elle y rencontre les conditions de son (!^vercice, c'est-à-dire un système musculaire approprié à son action' La tbéorie biraniennc de l'effort nous l^iit comprendre la vraie nature de son spiritualisme. 11 ne consiste pas à admettre une pensée sans organe. Sans (b.ute, tous les organes ne sont pas les instruments de la pensée; cette fonction est réservée à celte partie du système musculaire

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