LE FAIT PRIMITIF
'lui esl sou.nise à la volonté. Mais la pensée humaine csl ."sepa.-able <le Texc^ulion de certains mouven.enl.s, nolan. n.cn. <le la „,an, el des cordes vocales. Quoique la phvsiolo- K'o ne ,.u.sse pas détern.inor toules les condilions' de la pensée, d lu, appartient pourtant de décrire les i.l.énon.ènes "«oleurs qu. en accompagnent lexercice, de suivre ces phénomènes depuis le centre où ils font leur apparition. Lus n d une pu.ssance invisible, jusqu au.v muscles. Mais <|ue le, i,hys.olo^.stes ne s'imaginent pas que co.istatcr ces n.ouven,ents. c est connatlre la pensée! C'est là où I on se -Hl b.en compte du danger quil y a, pour le savant à élinuM. .le la sc.ence I i,lée de cause. Faites abstraction de la fo ce hyperorganique qui produit ces mouven,enls el ,u ■eu dépensées véritables, vous nave. plus que de sens" l.ons ou ,les in,ag..s ! L'étrc ne peut être conu ,, ou .lut" , "0 se connait lui.nèn.e que du dedans. Nul svn bole n u ^o.pr,mere.xa..,en,ent. L'action est bieu ph.; .lans' le s . 1 1 m te lacfon que dans le mouvement qu'elle produit,
te e r 7' "-""^ ' '' "^ """^-«'"^'"^ ■--■«'« ~« e que pour celu, .,u, a conscience de lelTectuer. l.a véri-
t^'Wo scence de la pensée, c'est donc bien la j.svcholo.ie non la pbysicjlogie. .^^"^io^»e.
Mais la vie bumaine ne se réJm'f i^no ;. i
^ . . icduit pas a la conscience Co
|l."enfa,tlu.térétdran.a,ique, nous l'avons vu, C que ia An-ce qu. se connafl com.ne moi se trouve e.. rappo.- "î parfcs en co..nit avec d aufes fo.-ces, avec une fo cT ub onscenteou principe vital, et u..e force supé-ieu,. u"
Au-de sous de la vie co..scie..te, il y a la vie inconscie," e a-n-nale. co.n.ne au-dessus il y a la vie de I esprit '
Ava.,t d aborder létude de ces t.-ois formes ,1e vie d.ns 1 ordre même où elles apparaissc.t che. Il.omm. q. 'et "' ~ e,nps leur ordre de perfection, il .mporteVrrri par nous-,neme, cette théorie du fait p,.inntif, qui est vrai-
L'A.NTHnOPOLOGIB DE MAINE DE BIRAX
ineiil le centre de la philosophie de M. <le Diran cl qu'il considérait, nous lavons vu, comme sa grande découverte Elle soulève, à notre avis, des difficultés insurmontables.
D'abord le sentiment du moi n'est pas constitué tout •mlicr par le sentiment de Icffort volontaire ; il a quelquesunes de ses conditions d'existence dans la ccrnesthèse ••omme le prouvent les altérations de la personnalité, produites à la suite de troubles dans le sentiment de la vie organique
Kn second lieu, est-il vrai que le moi se saisisse comme cause dans la i.roduclion de l'effort musculaire ?
Mais qui dit cause, dit, du moins par rap|)ort à l'.'ffet condition nécessaire : leffet ne peut exister ni se concevoir sans la cause. Or, on ne i...ut pas, par la simj.le observation «onnailre le nécessaire. Tout fait .'st contingent au regard de celui qui lobserve en tant (pi'il se borne à observer La nécessité ne peut èlre .pie conclue, à moins qu elle ne se réduise à une identité, comme la nécessité des axiomes.
De plus, on tant (jne cause productrice, c'est-à-dire que puissance, le moi est indélerminé. Sans doute le moi ne se saisit (pie dans la production de son eiïet, c'est-à-dire de i'ciïort musculaire. Mais nous avons en même temps le sentiment qu'il ne s'épuise pas dans son cHet; l'effort peut être jdus ou moins éner-icpie ; il peut s'exercer sur le corj>s en ma^se ou sur (el orgarie particulier. Tout ce qui est déterminé, peut être objet d'observation ; toute sensation, cela est vrai des sensations kinesthésiques comme des sensations externes est l'actualisation d'une certaine puissance ; mais lindéterinmé comme le nécessaire ne peut être constaté.
Kniin, le moi, selon M. de Diran, est libre. Qu'il v ait dans tout acte de pensée une puissance indéterminée et libre nous le croyons. Mais saisissons-nous cette liberté comme un fait? La forme de la conscience est le temps. Tous les faits de conscience se produisent donc les uns après les autres. Gomment anirmcr dès lors que tel fait n'est pas l'eiïet
LE F.\rr PRIMITIF
d'un ou de plusieurs autres faits qui le précèdent? Kn tous cas ce n'est pas par l'observation ([u'on tranchera cette difîiculté; car précisément l'observation est instantanée; la con.science psychologique n'est donc pas juge dans le débat. Maintenant, qu'observons-nous, au juste? Est-il bien exact que nous saisissons l'action immédiate de la volonté rturles muscles? Ce n'est pas l'avis de William James, de P»enouvier, et de la ])lupart des psychologues physiologistes d'aujourd hui.
11 semble qu'entre la volonté et l'acte, il y a un intermédiaire sans lequel l'acte ne se produirait pas : la représentation de l'acte. M. de l^iran admet, il est vrai, que pour vouloir, il faut que nous ayons le sentiment intérieur d'une disposition favorable de nos muscles ; mais il semble qu'il faille quelque chose de plus : la représentation (visuelle ou kinesthésique), précise du mouvement. Ce qui le prouve, c'est que lorsque ces représentations font défaut, comme il arrive dans certaines maladies de la volonté, le mouvement ne se produit pas.
Il entre, du reste, d'autres éléments dans l'effort volontaire (pie la représentation du mouvement et son exécution. Vouloir, c'est tendre par des moyens appropriés vers une lin (pie nous jugeons plus désirable et meilleure que notre état iictuel. Si l'on retranche de l'action l'idée de fin, le sentiment de l'action s'évapore, et il ne reste plus qu'un mouvement nnalogue aux mouvements physiques. M. de Biran a bien vu que cette tendance ne se réalisait pas spontanément dans l'acte volontaire, qu'elle était accompagnée d'un effort nécessaire pour vaincre la résistance de l'organisme, et 1 inertie de notre nature primitive ou acquise ; mais cet effort ne constitue pas l'acte tout entier, bien plus, il ne se distinguerait pas de l'eftort vital s'il n'était pas provoqué par la conception d'un but à atteindre et des moyens à employer : l'ordre de la causalité, c'est-à-dire la suite des mouvements à effectuer étant suspendu à l'ordre de la fina- Jité et expliqué par lui.
TISSERANIt. — I. 4
l'anthropologie de malne de biran
Qu il y ait, niainicMiant, au fond morne de la détermination intelligible de lacté, c'est-à-dire du jugement qui le prédétermine, une puissance qui le dépasse ; que celte puissance soit libre, c'est ce que nous admettons ; mais cette puissance nous ne la constatons pas ; nous nous rendons compte de la nécessité de ladmetlre. 11 nestpas certain (cerlissimà scientià et clamante conscientià)que ce soit une force tinie : il est possible que ce soit au contraire une puissance infinie qui se détermine à l'action précisément parce que riche de virtualités, elle est impatiente de les produire et qu'elle puise dans le sentiment de sa réaliié un ferme espoir de succès. L'existence' de la liberté personnelle n'est pas un fait : c'est un problème, l'un des plus difficiles de la philosophie.
Kn résumé, ce qui nous semble discutable ce n'est pas cette affirmation de M. de Biran qu'il y a au fond de toute pensée, un acte de liberté, c'est la signification précise (|uil donne à cette idée et l'origine qu'il lui attribue. La liberté personnelle en tant que condition de la vie morale peut être l'objet dune croyance nécessaire : ce n'est i)as une certitude
immédiate.
lui identifiant la pensée avec la liberté ainsi entendue, M de iViran se mettait, du reste, comme nous le verrons plus loin dans l'impossibilité d'expliquer la science : comme les conditions de la connaissance ne sont autres, selon lui, que les conditions mêmes de la conscience, il sera amené à défendre ce paradoxe insoutenable que notre croyance à l'ordre de la nature est fondée sur la certitude de notre liberté et à renverser ce que Kant considérait comme l'ordre véritable des idées.