‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 2 sur 178 · Cousin, p. I.)0. Id · texte numérisé non relu

Cousin, p. I.)0. Id

INTRODUCTION 3

de tous les esprits, les mêmes tendances, les mêmes instincts intelhxtuels *.

Mais à ces idées primitives (idées de substance et de cause) germe de toute science et de toute croyance nécessaire, se mêlent dans notre es])rit des éléments étrangers, dérivés des sens et de l'imagination; elles s'altèrent au contact de l'expérience, ou du moins tendent à .se confondre avec les idées générales. Le vulgaire qui est dénué de l'esprit d'analyse et qui se sert du langage comme d'un moyen de conservation plul«M que de connaissance ne fait pas la distinction el combien de philosophes sur ce point ressemblent au vidgaire ! Au lieu de ramener ces idées à leurs éléments primitifs, ils leur conservent la signilication qu'elles ont accpiise. la déformiition qu'elles ont subie et entreprennent de construire sur ce fragile fondement tout le syst('me de leurs connaissances. Ainsi lirenl tous ceux qui sont partis (le l'idée de substance ; ceux au contrains qui ont aj)pli(pié leur réflexion à séparer les notions fondamentales des abstractions sensibles, sont partis de l'idée de force.

J^'idée de substance t«Mi(l naturellement à n^vétir la forme de l'étendue - : elle constitue aux veux de M. de Biran le plus tenace et le plus dangereux de tous les préjugés phi- Ioso|)Iii(pi(vs. cehn" d où sont nés tous les autres ; c'est pour(|uoi dans V Anthropologie, il se proposait d'en faire une critiqua' vigoureuse et décisive. Non pas que cette idée n'ait aucun sens légitime ou positif, mais pour la bien entendre, il faut la ramener à l'idée de force qui est le vrai fondement de la philosophie. Tous les systèmes peuvent donc se ranger en deux catégories : selon qu'ils partent de l'idée de substance ou de lidée de force.

« Ln étudiant l'histoire de la philosophie, dit M. de Biran, dans des vues un peu plus approfondies que des érudits qui

j. Cousin, t. II. Sotes sur les réflexions de Mauperluis et de Turgot au sujet de Vorifjine des langues, 319-3:22.

2. Il c.xprimail déjù la rnùme idoc dans l'Essai sur les fondements de la psychologie. Voir édilion Naville. t. I (p. i5i-io:>).

4 L ANTHROPOLOGIE DE MAlNi: DE DIllAN

se sont allachés à cette étude si importante et si curieuse, je crois, dit-il, qu'on parviendrait à s assurer que la principale et la seule différence réelle qui existe entre les systèmes dont on ne juge souvent que j)ar des formes superficielles, tient uniquement à la différence des notions premières qui leur ont respectivement servi de hase et ont la force ou la .vertu secrète, inconnue à ceux mêmes qui les emploient exclusivement, de déterminer à leur insu les modes de coordination de toutes les idées cpii sont venues s'y subordoimer et parla tout le plan, toute la direction, tout l'esprit du système ^ »

l^es systèmes l(*s plus divers en a])])arence, comme le rationalisme et l'empirisme, s'ils s'appuient sur le même j)rincipe, tel que celui de la substance^ j)assive auront donc au fond même tendance, même caractère, et pourront être rangés dans la même classe, « tandis (pie d autres «loctrines qui semblent se rap])rocher et s'identifier presque par la counnuiiauté des idées et des expressions, si elles partent de (l(Mix principes aussi divers que le sont réellement la substance de la force, s'éloignent les unes des autres par des consé(piences ipii échappent aux esprits trompés par l'analogie des formes du langage et ap[)arliennent à des classes séparées -. »

Par suite, tandis que dans \ Essai sur Icfi fondements de la psychologie, et antérieurement, dans le Mémoire sur la Décomposition de la pensée, M. de Ijiran classait tous les systèmes })hilosophi(|ues en deux catégories: 1** lesphilosophies a priori comprenant les systèmes de Descartes, de Leibnitz et les systèmes plus récents deKant, Fichte, Schelling, et li" les j)hilosophies de l'expérience, c'est-à dire les doctrines de 15acon, Locke, Condillac ; dans les Considéralions, il croit pouvoir ramener toutes les doctrines de la philosophie moderne aux deux systèmes de Descartes et de

1. Cousin, t. m, loi. Division des faits psycholofjif/ues et physiolofflqueà-. i. (Cousin, i(/.. lo.î. Itivision des fuits psychoîof/if/iie.s el physiolof/iques.

INTRODUCTION 5

Leibnitz, qui procéderaient le premier de l'aristotélisme par la nature de son principe, la notion de substance passive, le deuxième du platonisme par le principe de la force *.

b. Philosophies de la substance.

Toute philosophie qui part de l'idée de substance est condanuiée, selon M. de Biran, par son origine même, à nier l'existence d'une réalité spirituelle, et même de toute réalité; elle aboutit par une pente fatale soit à une sorte de matérialisme, conscientou inconscient, soitau scepticisme. De toutes façons ces doctrines parlant d'une hypothèse fausse, ou plutôt de l'application d'une idée, qui, envisagée comme il faut, a son usage légitime, à un objet aucpiel elle n'est pas appropriée,sont entraînées par une nécessité logique inhérente à tout système, à fausser complètement et à dénaturer la notion de l'existence qu'elles j)rélen(lent expliquer.

L'idée de substance, lorsqu'elle n'a pas été soumise à une analyse préalable, a est nécessairement entendue sous raison de matière » comme le faisaient justement remarquera Descartes, llobbes etCiassendi. Elle désigne « le soutien passif d'attributs, modes ou (qualités sensibles, coexistantes, groupées ensendjle et représentées dans l'espace- ». Quand on transj)orte cette idée à des êtres n'existant pas dans l'espace, on se borne à faire abstraction de l'extériorité; la substance reste dès lors le soutien d'attributs intérieurs coexislant dans la conscience. Dans ce cas. la substance est entendue sous raison logique après l'avoir été sous raison de matière \ Mais c'est en vain que l'on tend à écarter les caractères essentiels qui constituent la forme de l'espace ; ils subsistent et demeurent les attributs de la substance, qui retient de son origine une marque indélébile. Nos idées

1. Cousin, id., loi. Ces rapprochements paraissent bien arbitraires.

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