‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 24 sur 178 · Cousin, l. m. Ti; t. IV, 96-î»7 ; Na\ illt», t. I · texte numérisé non relu

Cousin, l. m. Ti; t. IV, 96-î»7 ; Na\ illt», t. I

2. 0 On peut induire, dit Maine de Biran, avec beaucoup de probal)ilité quun enfant (pu naîtrait paralysé de tout son corps pour le mouvement comme l'était dans une partie le paralytique de M. Régis, frtt-il doué de la faculté de sentir au plus haut de.irré, n'aurait (ju'une sorte d'existence absolue purement affective : que n'ayant point l'idée ou la connaissance de son corps, il n'aurait pas non plus l'aperception interne du moi et ne pourrait s'élever comme être purement sentant au rang de personne individuelle. Toutes les facultés de cet être incomplet se trouveraient ainsi enveloppées dans la sensation et ne s'en dégageraient jamais pour se transformer en idée. Tel est l'homme qui sommeille i)our toutes les impressions reçues dans cet état où la sensibilité vit pendant quele moi est suspendu. Tels nous sommes quoi-

« Si on me demande, dit M. de Biran : Qu'est-ce qu'uiie sensation qu'on ne sent pas ? Je demande à mon tour à quoi se rapporte ce on ."^ L'homme sent la sensation qu'il éprouve dans son organisation ; il sent ou mieux il sait, il aperçoit qu'il sent, parce qu'il est une personne identique, permanente qui se distingue de toutes les sensations passagères et ne se confond avec aucune. L'animal ne sent pas, ne sait pas sa sensation, parce qu'il n'est pas une personne constituée pour savoir ou apercevoir au dedans son existence individuelle, comme au dehors celle des autres choses ; mais il sent sans se savoir sentant, comme il vit sans se savoir vivant.

Vivil et est vitx ncscius ipse suœ.

« Le mot conscience ne signilierien si on l'entend autrement que se savoir soi, avec une modification différente de soi, puisqu'il reste quand elle passe. Pourquoi employez-vous cette expression sensation avec conscience^ si toute sensation, en tant qu'agréable ou douloureuse, est indivisible de la conscience, si cette conscience même n'est autre que la sensation ^ ? »

Cette vie spontanée, qui se passe sous le seuil de la conscience, est toute la vie de l'animal ; elle constitue également toute la vie humaine pendant le sommeil, la vie de l'enfant, depuis sa naissance et même auparavant, alors qu'il est encore dans le sein de sa mère, jusqu'à ce qu'il ait acquis le sentiment de sa personnalité, enfin, elle continue de se manifester pendant la durée même de notre vie consciente : c'est la basse profonde qui accompagne toujours et qui parfois domine la mélodie qui se déroule dans la conscience claire.

qu« éveillés pour une foule d'impressions tout Intérieures, qui ayant leur siège dans des organes absolument étrangers au sens de l'effort, ne se circonscrivent dans aucun lieu déterminé du corps et demeurent ainsi toujours vagues, générales et inaperçues. Naville, t. I, ;^40.

L Naville, t. III, ?>')'ï''à1%, Anthropologie.

l'anthropologie de malxe de BinAN

Cette vie se manifeste par un cycle complet de phénomènes (affections, intuitions, tendances instinctives et spontanées). Klle a son unité et sa continuité, quoiqu'on ne puisse pas dire qu'elle dure véritablement. Où il n'y a pas conscience, il no saurait y avoir durée pour M. de Biran ; la durée est inséparable de l'activité consciente. 11 est vrai qu'on pourrait lui objecter que si cette vie impersonnelle ne participait pas en quelque mesure à la vie consciente on n'en pourrait rien dire, on ne pourrait la décrire : il n'y aurait pas de psychologie (\e l'inconscient. Or, il y a dans^ la philosophie de M. de Biran à défaut du mot, la chose.

b. Ses éléments psychologiques (affections, intuitions, tendances, traces de ces états).

Toutes les manifestations de la vie animale se rattachent à l'impression vitale, c'est le fait vraimentélémentaire, celui, dit M. de Biran, dont Condillac eût du partir, car les sensations spéciales telles que celles d'odeur nesont elles-mêmes ^que les modiiications d'un sens interne, qu'il ne faut pas confondre avec le sens intime ou réflexion, et qu'on pourrait appeler sens vital ou orj^^anique; c'est ce sens que le physiologiste allemand Beil a nommé cœnesthèse. Il comprend toutes les affections obscures, la faim, la soif, les sensations de nausée, les appétits ou aversions de l'instinct animal, l'antipathie, la nostalgie et mille autres affections pour qui nos langues n'ontpas mém(^ de nom '. Partout où est la vie se trouve quelque degré de sensation affective, de plaisir ou de douleur; il faudrait remonter jusqu'à l'origine du germe organisé pour trouver les origines de cette sensibilité générale ^

Du concours modéré de ces impressions immédiates produites dans des organes qui s'affectent réciproquemcnt*ï)ar

^ (Cousin, i.lU. Division des faitspsycholoffiquesetphysiolof^iques, p. 2n. 2. Navillo, t. Il, p. 13 et suiv. Essai sur les fottdemenls de la psycholoffie.

LA VIE ANIMALE

consensus, ressort le mode fondamental et absolu d'une existence sensitive qui ne peut être dite ou conçue simple qu'à l'instar d une résultante de forces multiples et variables à chaque instant; il y a là pourtant quelque chose qui demeure pendant que l'organisme change ou meurt sans, cesse et qui constitue notre sentiment de la vie '.

Sur ce fond commun se détachent des aflections particulières qui ont leur origine dans les affections brusques d'un organe particulier, tel que l'estomac, le sixième sens ; on les reconnaît toujours même quanrl elles sont associées aux produits de la pensée, à leur caractère d'aveuglement et de nécessité -'. « Il n'est pas, dit Montaigne dans une pensée que M. de Biran aime citer, une seule des parties de notre corps qui souvent ne s'exerce contre notre volonté ; elles ont chacune leurs passions propres qui les éveillent ou les endorment sans notre congé". »

Nul n'était plus ai)te que M. de Biran à noter ces mouvements brusques et aveugles de la sensibilité. Il était dune impressiormabilité extrême, passant à chaque instant d'un état à létat contraire ; « sans cesse mii par le souflle de l'instabilité au gré de ses passions, de ses penchants * ». II* était très sensible aux changements de température. 11 constate que pendant les trois ou quatre mois d'été, il est d'une grande mobilité nerveuse et dans une incapacité absolue de penser ; puis quand le temps se rafraîchit, il va mieux. Mais il redoute également le brouillard, la pluie, la température molle et relâchée. Cette sensibilité aux influences extérieures provenait de son état maladif, dont il note avec précision tous les symptômes et tous les modes, dans son journal. « Mes nerfs mobiles et morbides se font sentir péniblement dans la région de lestomac. C'est là qu'est la source de mes maladies et de ma concentration habituelle (1816) ». Le 3 janvier

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