Cousin, id, 207, id
L'ANTlIUulMiLUlilE DE MAINE DE lilUAX
1817, il écrit : « Mon estomac cstembarrassé ! C'est un foyer de sensations désagréables et de sentimenls pénibles et de mauvaises pensées. On pourrait dire matériellement ((ue les idées ont leur source dans l'estomac, en confondaid, comme on Ta fait souvent, les idées proprement dites avec les affections ou les seidimenfs qui s'y joio:nent ou sy incorporent ; mais ce qui est vrai, c'est ([ne resi)èce ou la qualité des images, la manière dont ell(\s affecteid, tient essentiellement aux dispositions bonnes ou mauvaises de l'estomac, qui régit en quelque sorte toute noire sensibilité, il y a un ton et un mode fondameidal pour la sensibililé qui se forme de toutes les inq)ressions propres au.\ divers organes dont l'estomac est le centre. Ce mode varie suivant les dispositions du tempérament et il est'sujet à nrille anomalies dans les personnes faibles. » Le G juin de la même aimée, il écrit qu'il a une lucidité d idées qni n'arrive (pie lors(pi il est seul en présence de ses idées, avivées par l'excitation de l'esto-
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C'est des modilicalions ([ui se produisent dans les organes internes, (^t notamment dans celui qui a peut-être le plus d'inlluence sur notre sentiment de la vie, l'estomac, que résulte le S(Mitimenl d'instabilité (pie M. de lîiran ib'clare être l état dominant de sa sensibilité, à certaines épo(pies de l'année. Nul n'a nneux décrit ([ue ce psychologue neurasthéni([U(,'l inlluence exercé(î par la mobilité et la diversité de nos sensalic^ns organicpies sur notre caractiTe.
(( Les modes fugitifs d'une telle existence, tanliH heureuse, tantôt funeste, se succèdent, se poussent comme des ondes mobiles dans le torrent de l'existence; ainsi nous devenons, au vrai sens de Condillac, sans cause étrangère à notre propre sensibilité', alternativement tristes ou enjoués, agités ou calmes, froids ou ardents, craintifs ou pleins d'espérance. Chaque âge de la vie, chacpie saison de l'année,
1. Ces cilalions sont extraites de la partie du Journal intime qui est encore inédite.
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quelquefois chacune des heures du jour voient contraster ces modes intimes de l'être sensitif. Ils ressortent pour l'observateur qui les saisit vaguement à certains signes sympathiques quf l'attirent ou le repoussent, sans qu'il sache pourquoi. Placés par leur nature et leur intensité hors du sens de Taperception, ils échappent au sujet pensant par TefTort même qu'il ferait pour les lixer. Aussi la partie de nousmême sur laquelle nous sommes le plus aveuglés est-elle l'ensemble de ces impressions immédiates qui résultent du tempérament, dont tout ce que nous nommons le caractère est toujours la physionomie, ainsi que le dit Bichat; cette physionomie n'a point de miroir qui la réfléchisse à ses l)ropres yeux '. »
Si donc on connaissait bien ce fond obscur de la sensibilité de chacun, qui dérive de son tempérament, on verrait écrit pour ainsi dire à l'avance le destin heureux ou funeste qui lui est réservé. Chacun porte vraiment en soi la source de tous les biens et de tous les maux qu'il est susceptible d'éprouver dans le cours de son existence ; c'est bien à tort qu'on les attribue aux caprices de la fortune ; notre destin est en nous, non en dehors de nous-. *
A ces impressions générales du sens affectif qui constituent le tou fondamental de la vie, il convient de rapporter aussi les impressions affc^ctives des divers sens, tact, goût, odorat, ouïe et vue, et dans cette analyse des sensations, M. de iîiran apporte une pénétration, une iinesse d'esprit vraiment admirables, qui aujourd hui même n'ont pas été dépassées. On en pourra juger j>ar ces quelques extraits des ('onsidéraiio)iii sur la division des faits psychologiques el physiologiques.
c( Aux impressions affectives du tact extérieur, il faudra
\. Cousin, t. III. i>33. Maine de Hiran s'exprime A peu pr^s dans les niônic's ternies dans 17:56rtj 5///- les foadementsde la psyclwlogie. Naville, II, 17-18, et dans les Rapporta du physique et du moral. Cousin IV, 108, 101). 110. Cet exemple nous permet d'induire qu'il eût utilisé dans la rédaction de Y Anthropologie, des passages de ses écrits antérieurs.
2. Cousin (3), 2:*o. Division des faits psychologiques et physiologiques.
rapporter une multitude d'innuences sympatliiques exercées par les corps ambiants sur les pores absorbants de la peau et par celle-ci sur divers organes internes dont les fonctions tantôt avivées, tantôt altérées portent dans tout le corps animé un sentiment immédiat de bien-être ou de gène, et une foule d'affections variables, non moins obscures en ellesmêmes que dans les causes ou agents externes à qui elles peuvent se rattacher.
i< De là en partie les variations successives (jue "nous éprouvons dans le sentiment immédiat de l'existence par \(i changement d'habitation, de climat, de saison, de temj)ératurc. De là aussi l'effet subit qu'a sur toute notre sensibilité l'action de certains miasmes contagieux, principes cachés d'une foule de maladies, tantôt communiquées par le contact immédiat, tantôt transportées d'un lieu à l'autre par l'entrcMiiiso de ces fluides invisibles qui établissent quelquefois une solidai'ité funeste entre les habitants des régions du globe les i)lus éloignées.
« C'est peut-être aussi en partie dans des impressions obscures de cette espèce qu'il faut chercher la source de cette sympathie ou antipathie secrète exercée entre des individus c{ui s'attirent ou se repoussent au })remier abord, suivant [)eut-ètre que leurs atmosphères vitides se trouvent en rapport ou en opposition dans leur contact réciproque.
« N'est-il pas probable, en effet, et ï)lusieurs phénomènes extraordinaires de ce genre ne tendraient-ils pas à faire croire (ju'il existe dans chaque organisation vivante une puissance plus ou moins marquée d'agirau loin, ou d'influer hors d'elle dans une certaine sphère d'activité, semblable à ces atmosphères qui entourent les planètes'? » Que de lines observations, (jue de vues ingénieuses et neuves dans cette analyse et dans celles qui suivent! '
On peut considérer le goût et l'odorat comme des espèces
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de toucher, puisque les molécules sapides et odorantes agissent sur leurs organes respectifs par un véritable contact immédiat. Les impressions aiïectives de ces sens se trouvent étroitement liées avec les fonctions des organes intérieurs, et en particulier celles du goût avec restomac, celles de l'odorat avec le sixième sens.
En dehors des impressions afl'ectives que nous venons d'énumérer et qui dérivent des sens immédiatement unis à l'instinct vital, il faut citer celles qui ont leur source dans l'exercice des sens représentatifs, la vue et l'ouïe.
Chaque rayon de lumière, chaque son fait sur nous une impression afl-ective particulière, selon qu'elle est ou non appropriée à la sensibilité physique de l'organe sensoriel, et qu^elle l'excite au degré convenable ^ D'autre part, l'œil n'est-il pas le miroir du sentiment ? a Combien d impressions inaperçues se communiquent et s'échangent immédiatement entre divers individus attirés ou repoussés à leur insu par un regard qui les pénètre -. »
Quant aux sons, ils peuventprovoquer ou calmer diverses passions, produire ou guérir certaines maladies nerveuses. Les sons mélancoliques et doux de Iharmonica font venir des larmes à certaines personnes qui linissent parfois par tomber cnsyncopes. D'autrepart « lanature semble avoir liéàchaque passion un accent particulier qui l'exprime et fait sympathiser avec elle tous ceux qui peuvent en entendre le signe; c'est la nature même qui inspire ce cri profond de Tàme^ue toutes les âmes entendent et auquel toutes répondent à l'unisson. La parole articulée, la véritable expression intellectuelle est encore loin du berceau de l'enfance et déjà un instinct natif modifie ses premiers vagissements de manière à exprimer des appétits, des besoins, des affections ou des passions naissantes ; déjà la mère instruite à la même école, a saisi cette sorte de langage; elle y répond à son tour par