‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 42 sur 178 · Naville, t. II · texte numérisé non relu

Naville, t. II

originale de M. de Biran. Sans doute, on en rencontre l'idée chez d'autres philosophes , notamment chez Aristote et Spinoza ; mais chez aucun d eux elle n'est observée avec autant de rigueur et de précision. On peut dire qu'elle est inspirée par le plus pur esprit spiritualiste ; car admettre l'existence d'une vie pensante, c'est admettre que nos représentations et nos mouvements, bien plus que nos émotions elles-mêmes ne sont (jue la pellicul(\ ou l'écorce de notre être véritable, qui se développe en profondeur, non en surface. Sous cette écorce, il s'étage en cercles concentri(|ues jusqu'au centre invisible d'où rayonne la vie; activité du moi ou pensée absolue.

La division des faits psychologiques en faits de sensibilité, d intelligence et de volonté reste en quelque sorte extérieure à la pensée, selon M. de Biran : c'est la division de la vie animale ou inconsciente, qui a dans notre organisation son symbole exact. La pensée envisagée en elle-même, c'est l'unité pure, non Tunité d'une diversité donnée ; le moi se saisit comme un et identique dans le sentiment d'effort musculaire ; en lui s'identifient intelligence, volonté, sentiment ; dans la vie réflexive les trois facultés de l'àme se réduisent à une seule. L'intelligence, ou plus exactement l'entendement s'identifie, pour M. de Biran, à la volonté. Tandis que chez Kant, par exemple, lentendement a une nature, constituée par le système des catégories, c'est-à-dire comprenant les fonctions par lesquelles l'unité de l'esprit se projette et en (juclque sorte s'objective dans la diversité des représentations, chez M. de Biran, le moi, ou le je pense, est essentiellement liberté. Si on voulait comparer la théorie biranienne de l'entendement à la théorie kantienne, il faudrait dire que ce n'est pas l'idée de l'entendement pur, tel que Kant la décrit dans V Analytique transcendanlale, qu'évoque l'idée du fait primitif, c'est-à-dire de l'activité du moi conçu comme principe de connaissance, ce serait bien plutôt l'idée de la volonté raisonnable et libre de la Critique de la raison pratique.

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