Cousin,!, m. Aperceplion immédiate
LA VIE HUMAINE
dans les deux cas ; or il n'y a que les produits de 1 activité du moi qui se redoublent ainsi. Il faut donc substituer aux sensations du loucher passif, que considère Condillac, les données du toucher actifs » «Lorsque notre main s'applique aux différentes parties de la surface du corps qu'elle parcourt par une succession de mouvements que la volonté détermine, il v a (même dans le cas où le corps et la mam seraient insen'sibles) une véritable réplique du sentiment de pression et de résistance vive ; toutes deux sont senties ou perdues en effet simultanément dans l'organe qui touche et dans celui qui est touché. Cette double réplique ne pouvant avoir lieu qu'entre deux parties consentantes du même corps dont l'une au moins doit être mobile à volonté, est la condition propre et unique qui sert à distinguer originairement le corps qui nous appartient de ceux qui lui sont étrangers et à les séparer par une ligne de démarcation qui ne peut plus
être effacée*. »
Condillac a donc méconnu comme Reid le rôle primordial du toucher actif dans la perception extérieure. Il n'a pas vu que la distinction et l'opposition du corps propre et des corps étrano-ers supposaient la distinction première du moi et de la résistance organique; en d'autres termes que la perception extérieure, supposait laperception immé^diate du
corps.
De Tracy a eu le sentiment de la vérité, en substituant, dans la formation de notre première connaissance de l'extériorité, les sensations de mouvement aux sensations tactiles ' mais il a dépassé le but. La sensation de mouvement suppose elle-même comme donnée cette connaissance, qu'elle est censée engendrer. En effet, pour apercevoir ou juger qu'on se meut, il faudrait déjà avoir l'idée du mouve^ ment, c'est-à-dire un point fixe donné au dehors, et par
1 Cousin, t. III. Aperceplion immédiate, 100.
2 Naville t. II, Essai sur le fondement de la psychologie, 121 ; l. I, p. 244. Cousin, t. III, Aperception immédiate, p. 107.