‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 7 sur 178 · Cousin, p. 18«J · texte numérisé non relu

Cousin, p. 18«J

L'ANTlIROPOLucilE DE MAINE DE HIRAN

inùnie résultat. Substance et mode ont des caractères opposés aux données immédiates du sens inlimc. C'est l'inertie substituée à la foreo. la nécessité à la liberté, l'abstrait au réel.

Peu importe la forme sous K'Hjuelle se jirésenlent les doctrines issues de l'idée de substance passive : panlliéisme, matérialisme, idéalisme ; le fond en est le même ; elles sont tout( s au même titre la né^-ation du spiritualisme. De l'hypothèse (jui hnn- sert de principe conscient ou inconscient, toutes les consé(|ucfK-es (ju'on j)cut tirer t-Mident nécessairement à nier la seule réalité positive cpie nous connaissions : hi consci( fi.'c. La conscience n'est rien i\v plus, pour tous ces philusu])lies, (pi'une sorte de lieu intérieur où coexistent et se succèdent les idées. Alors (pielle est dans son fond activité et liberté, on bji conf. rc linmiobililé et la passivité de res])ace ; on substitue à la réalité le phénomène; mais tandis (jiie le monde des phénomènes conçu à son vrai titre, a sa raison d'être et son mode d existence légitime, ce fantome ,1(. conscience n'existe que dans limaoiuation des philosophes, qui foid de la \\c hmnaine le rêve dune ombre.

Aux idées, modes éternels de la substance divine régis par les lois de la nécessité logirpns Hume substitue une multitude de sensations et d'images soumises aux lois de Ihabilude; dans les d(Mix ca.s, l'esprit s(d)stitue à la réalité, un monde liclif el abstrait, il construit la réalité au lieu do chercher simplement à l'apercevoir. Nous savons cei)endant que tout ce qu(^ notre espril fait ne peut avoir de réalité; mais |)récisémen( , telle est la force de eerlaines habitudes mentales, que nous les j)renons pour des instincts et ne HM-onnaissons plus notre (cuvre.

Certes nul mieux que Descartes n'avait compris la nécessité (le s'affranchir des prgugé.^ qui d(> tout temps ont obscurci la vue des philosophes. La révolution qu'il accomplit ou qu il voulut acconq)lir était inspirée précisément par l'horreur des opinions toutes faites, des conventions admises

IXTUODUCTION

par respect de l'autorité. Sa philosophie veut être réaliste; elle est un effort ])our saisir la réalité cachée sous les apparences ; et nous savons qu'il eut la gloire de découvrir cette réalité là seuhment où nous pouvons l'apercevoir : dans 1 existence du moi. Mais au lieu de rélléchir sur ce fait primitif, pour en déterminer exactement la nature,-et s'imprégner en quelque sorte de sa réalité singidière, il se laisse entramer tout aussitôt par les habitudes de langage dont il j)ensait s'être affranchi, et confond le sujet avec l'objet, le moi avec la substance pensante. A la vérité psychologique, seule conforme à la réalité, seule certaine, if substitue la vérité logiipie. c'est-à-dire purement conventionnelle. 11 abandonne la proie pour lombre. 11 retombe sous le joug de la scolastique dont il avait voulu se libérer.

Le cogito ouvrait à la philosophie une voie nouvelle : ridée de substance la ramène en arrrère. 11 faut, (ht M. de niran. revenir au cogito. Entendu en son vrai sens, il est identique au je veux, ou au sentiment d'effort volontaire. Le princi])e de la philosophie, au lieu d'être l'idée de substance est lidée de force.

c. Philo^oplties de la force.

L'idée de force est aussi ancienne que 1 humanité ; bien avant que les j)hilosophes ne l'aient retrouvée ])ar la réOexion et en aient saisi l'importance, elle se trouvait au fond de toutes les pensées de l'homme primitif: « Dans les premières langues poétiques, tout vit, tout est animé ; les formes du langage sont toutes vivantes comme la pensée qui ne tend qu'à se manifester comme à se retrouver partout au dehors, avant d avoir fait surelle-même un retourqui doit lui révéler plus tard un monde moins poétique ' ». « C'est sous la même inlluence que naquit la philosophie platonicienne comme

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une lueur éclatante cl pure (jui luil encore à travers les siècles ' ». ■ >

M. (le niran veut parler ici <le la philosophie pénpatéticicnne, qui, pour expliquer la vie chez les plantes, la sensation et le mouvement chez les animaux, comme la pensée chez Ihonim.', fait aj.pel à autant .I." forces ou ,1 âmes dis tmctos. Faute de rédexion et d'avoir ramené cette idée à sa véritable origine, Icspril humain peupla le m..n<le de forces Nous saisissons bien en nous, dans le sentiment de TelToH

musruhiire,quiscretrouvei.lenti(pieàlui-méme,,lanstousl..s instants de sa <lurée, lexistence du moi comme cause, ou lorcc productrice. .Nous serons donc fondés, en vertu d'une in.luction ,)r<>mière, à altiihuer à une (one une et permanente les effets i.lenliques. Mais rien ne nous autorise à expli,|u(T de la sorte les phénomènes sensibles, essenliellement variables et différents les uns des autres, mal-ré les analogi.'s qu'ils ont entre eux. C'est pourlanl ce que (ircnt les philosophes scolasliques. L'abus que la philosophie scolaslique lit de ce mode d explication, en provoqua juslemeiit le discrédit-.

-Mais d'un autre côté la j>hysi.,ue de Oescartes, et la physique moderne .loiit Hacon lixa la méthode et l'objet. „\ renoncèrent pas dune favon délinilive sans tomber ;. leur tour, dans de j,'raves erreurs.

Consi,lércr les forces comme des |.ropriétés. la cause comme homogène à l'effet, c est confoinlre « ce qui est proprement dynamique ou potentiel avec c.- <p.i est purement mécanique, et que riinaginalion peut concevoir comme résultat de rarrangemcnt des pièces de la machine^ » Or l'expérience a montré que les lois cartésiennes .lu mouvement, établies surdcs considérations purement o-éométriques étaient fausses. Les corps ne se laissent pas'ramener aux

). Cousin, p. 155. lil.

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