‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 75 sur 178 · Na ville, u\ . iM)tV · texte numérisé non relu

Na ville, u\ . iM)tV

LA VIE H CM AINE

Taine y ajoutent d'essentiel. On peut sans doute y faire des réserves, sur des points de détail. Il n'a pas compris le véritable nMc (lu sens musculaire dans l'attention. Il semble bien, d'autn^ |)art, que la ressemblance, ou plut(jt, que le sentiment de la ressemblance ne dérive pas des sensations elles mêmes, mais des réactions spontanées qui les accomj)agnent. C'est le sentiment de ce qu il y a de commun entre ces réactions qui constitue le germe de nos idées générales, lin les désignant par des mots, nous ne faisons que superposer à ces mouvements spontanés des mouvements volontaires, qui nous doniKMit })rise sur eux et sur les images qui leur sont associées. Cependant M. de Diran dit expressément que ce qui nous permet de distinguer les qualités sensibles les unes des autres, les sons par exemple, des couleurs, des odeurs, c'est que nous éprouvons que ces qualités dépendent d'organes différents; s'il n'a pas vu que ce qui nous permet d'établir des classes dans les couleurs elles-mêmes, ou les odeurs, etc., c'est le sentiment des réactions inconscientes qu'elles provoquent; il faut avouer que l'existence de ces réactions est supposée, non constatée expressément. Il a eu le sentiment très net du r(>le que joue le sens musculaire dans les opérations intellectuelles, notamment, comme nous le verrons, sous la forme du langage articulé. Il a indi(iué avec précision les étapes successives de l'esprit dans la formation de nos idées de genre et d'espèce. D'autre part, nous ne connaissons pas de critique plus vigoureuse et plus serrée du syllogisme que celle qui est contenue dans les pages si concises et si substantielles de l'Essai sicr les fondemenls de la psychologie. Lnfin le chapitre ({ue nous avons analysé sur la faculté de combinaison est la preuve qu'il ne méconnut pas, comme Condillac et les idéologues, l'existence et le. rôle de l'activité synthétique de l'esprit dans la perception, la généralisation, la formation des idées de bien et de beau.

Toutes ces analyses psychologiques sont remarquables de précision et de finesse ; elles sont, avec ses vues sur la

L ANTHROPOLOGII*: UE MAINE DE IJIUAN

vie affective, et son rôle dans la vie liuniaine, la partie la plus solide de son œuvre.

e. Sentiments et colonie.

\jGS jugements estliétiijues et moraux, comme ceux que nous portons sur la constitution des choses et les rapports qu'elles ont entre elles, délernniient en nous l'apparition de certains sentiments ({u'il ne faut pas confondre avec les émotions. Au lieu de précéder et de déterminer la croyance, ils la suivent. C'est des sentiments, et non des émotions, qu'il serait juste de dire avec Descartes et Leibnilz, (piils se rapportent à la conscience actuelle de (juehpie perfection ou imperfection'. On n'éprouv(î le sentiment du beau (ju'après avoir jugé qu'un objet est beau. Dans le même sens, on dira que la surprise est une émotion, tandis que l'étonnement est un sentiment. Un bruit soudain me frappe et me tire de la rêverie, il miî surprend, et si mes facultés actives n'iidervicnnent pas, il pourra faire naître en moi, la crainte, la terreur, entraîner mon imagination, me suggérer des croyances illusoires, (^uand la surprise est modérée, et que l'intelligence est assez développée, celle-ci s'éveille, et cherche à s'expliquer le phénomène. Si elle trouve l'explication, elle ressentira la joie de la découverte ; si, au contraire, elle ne peut le faire rentrer dans aucune des classes commes, elle s'étoimera. Ce sont là des sentiments.

Mais les sentiments sont, pour la plupart, accompagnés d'émotions; tous ceux dont nous parlons, dans le système perceptif, en sont précédés, comme nos idées générales sont i)récédées du sentiment spontané des analogies qui existent entre certaines images. Les jugements en efïet, d'où ils dépendeut, sont déterminés en partie par les habitudes de l imagination, soumise à elle-même à notre émotion dominante. Aussi, cpioiqu'ils soient })lus constants que

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LA ME HUMAINE

les émotions, ils n'en sont pas moins sujets à des variations ; et l'homme (pii y serait borné, n'aurait pas encore cette égalité de caractère, qui est le signe de la sagesse, pas plus que les sciences, fondées sur nos classifications, n'ont la fixité et luniversalité de la vraie science. Malgré leurs imperfections, ils n'en constituent pas moins une forme l)lus élevée de sensibilité ; ils ont leurs conditions immédiates, non dans les modilications du c.eur ou des autres organes d<* la vie vétifétative ', mais dans le cerveau ; de là résultent des conséquences importantes.

Tandis que sous l'empire des émotions et des passions, l'être sensible ne s'attache ([u'au plaisir actuel et est, en quelque sorte, fasciné par lui, entraîné à sa poursuite; sous linfluence des sentiments, il peut rester maître de lui. « Il voit dans un bien présent, des maux éloignés, représentés par des idées ou des souvenirs qui deviennent des prévovances, et dans un mal actuel des biens h venir, dont limagination lui procure une sorte de jouissance anticipée-. » Par suite de l'intervention de l'activité de l'esprit, il se produit un temps d'arrêt dans le cours de la vie sensitive ; il y a souvem'r et prévision, puis comparaison. « De cette comparaison résulte la préférence accordée au mal apparent actuel sur le plaisir prochain ' ». C'est ainsi que l'homme j)arvient à s'affranchir, dans une certaine mesure, de liens de la nécessité qui régit la vie animale.

La prélérence en elle-même n'est pas lil)re : l'homme préfère nécessairement le meilleur. Mais le meilleur n'est reconnu tel que par comparaison ; la comparaison suppose lattention ; or, dans l'attention se manifeste la liberté. II dépend de nous en effet d'élever telle idée qui, par l'effet de dispositions naturelles, fut nécessairement restée pâle et vague, à un degré de vivacité et de netteté propre à

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