‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 77 sur 178 · Naville, t. II, 216-217. en note · texte numérisé non relu

Naville, t. II, 216-217. en note

LA VIE IIUM.UXE

d'être libre. Tout acte de pensée est, par essence, un acte de liberté. L'influence des motifs sur la détermination ou résolution volontaire, prouve donc 1 existence de la liberté qu'on prétend nier en l'invoquant; et ce n'est pas, comme le prétendent les néo-crilicistes, parce qu'il entre dans ces motifs, un élément contingent de croyance et d'amour; M. de Biran ne relègue pas dans la région des noumènes, la Hberté, cjui ferait brus(juement irruption sans qu'on })uisse en connaître la raison, dans la conscience. Cette prétendue liberté ne serait à ses yeux qu un déterminisme supérieur. Pour lui, la liberté existe dans l'acte même de la connaissance, elle est à l'origine de la conscience dont toute connaissance véritable n'est que le prolongement. C'est un véritable fait de conscience.

Ce qui est vrai, et ce que l'expérience de la vie va bientôt révéler à M. de lîiran, avec une force irrésistible, c'est qu'il y a des circonstances qui rendent impossible l'exercice de la liberté, ou du moins, qui le rendent inefiicace et stérile en œuvres.

Nous ne pouvons pas agir directement sur nos émotions et nos passions ; nous n'avons de prise que sur les images auxquelles elles sont sympathiquement unies. Or, les liens des affections et des images dépendent de notre organisalion ; ils sont placés en dehors de las])hère du vouloir. Bien plus les images elles-mêmes, quand elles sont soutenues j>ar une alfection ou une passion violente, résistent à son appel. L'organisme, dont elles dépendent, nous oppose dans certains cas une résistance invincible. La vie humaine est donc un perpétuel combat, entre la chair et 1 esprit, dont l'es- [)rit ne sort pas toujours vainqueur. Toutefois, il est juste de reconnaître qu'il peut du moins, dans une certaine mesure, par linlluence de la volonté sur les idées, agir sur les émotions qui s'y trouvent associées. Nous pouvons, par ce moyen, agir non seulement sur nous même, mais sur autrui. « C'est ainsi qu'on voit certains hommes se passionner eux-mêmes, pour ainsi dire, d'abord volontairement et

L ANTimorOLOGIE DE MAINK DE BIHAN

à fr(M(l, et finir par se passionner tout de bon, et d'une manière contagieuse, qui s'étend comme par une communication électrique à tous les êtres sensibles qui sont à portée de leur inlliience. C'est là qu'est tout le secret de l'art de l'orateur comme de l'acteur dramaticjue dont les gestes, les accents, inspirés par une véritable passion conmiencée en eux, remuent profondément les Ames, les maîtrisent et font vibrer toutes les cordes sensibles ^ »

Le système perceptif se distingue donc du système sensitif, par des caractères notables. L'esprit n'y dépasse pas, il est vrai, le cercle de ses représentations sensibles ; son activité s'exerce sur ces composés au lieu i\c s'allacber aux éléments intellectuels qu ils envelop])ent ; mais du moins, dans ces limites, il se meut avec une certaine liberté. Il organise ses sensations en perce[)tions, il compare ses percef)tions et ses images, en abstrait les ressemblances pour former des idées générales, conqiare à leur tour ses idées entre elles pour en tirer par analyse des jugements et des raisoimements, et se faire une vue d'ensemble de la nature; ou encore, il les cond)iiie de façons nouvelles, et se forge un monde imaginaire plus conforme à sa conscience ou à ses goûts. Sans doute, ses connaissances sont incertaines, ses notions morales et ses conceptions artistiques subordormées elles-mêmes, soit au ton variable de sa s(Misibililé morale, soit au ca])rice de sa fantaisie et de son temi)érament individuel. Ce n'est pas encore pour notre esprit, lair libre et la lumière, mais il sent moins peser sur lui b s murs de la j)rison ; et s'ils vivent encore dans un monde d'apparences, combien ne s'en doutent pas et le confondent avec le monde réel î

La vie percej)tive est la vie du plus grand nombre; c'est la vie telle que la comj)ose l'expérience vulgaire, et même cette expérience savante qui est, dans les sciences expérimentales, toute la connaissance scientifique. C'est la vie

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