IV. - SYSTKMl": RIÔFLEXIF
a. La réflexion : son orif,ine et ses conditions d'exercice : le langage articulé— h. Les opérations intellectuelles, intuition, juçiernent intuitif, raisonnement. ~c. Les sciences certaines : la psychologie et les mathématiques. - d. Le bien et le beau absolu. - e. Les sentiments intellectuels et la liberté morale.
a. La réflexion : son origine et ses conditions d'exercice :
le langage articulé.
Toute connaissance est liée, pour M. de Biran, à l'exercice de notre activité. Entendre et vouloir ne font qu'un. Le degrés de perfection que Ion peut établir dans la con-
TISSERA.Nb. — 1, iQ
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LANTIIUOPOLOGIE DE MAINE DE lUn.W
naissance corrospondont aux divers dei^rés de tension de la volonté, l.a connaissance la plus parfaite accompagne Tacte le plus libre, c'est-à-dire le plus simple, le plus pur de tout élément étran<2:er. Mais cet acte est toujours mélangé de quelcpie passivité, |)uis<pie l'origine et le pnncipe de toute connaissance se trouvent dans le sentiment de Teftort volontaire, inséparable du sentiment de résistance organique. L'acte purennMit spiritu<'l dune pensée qui se pense dépasse la vie humaine : il est en dehors de notn^ conscience et ne saurait constituer |)ar suite un conuîussance. Le plus haut degré de connaissance pour Ihonnne, est celui (huis hM[uel l'élément ])assif. qui se joint à rexercice <l(* notre activité, au lieu dr 1 absorber, lui serait au contrain' soumis (*t resterait entièrement sous sa
dépendance.
Ce n'est pas ce (pii a lieu dans le système perceptif. L'exercice du toucher actif est à la base de notre perception du monde extérieur et de la réminiscence ou reconnaissance des souvenirs, mais les sensations du toucher passif et celles de la vue ne tardent pas à prédominer dans notre représentation du mond(% et à prendre la place du sentiment de notre action (jui s'absorbe en elles. Les idées générales sont bien l'oHivre de l'attention, c'est-à-dire de l'activité du moi, mais rattenlion elle-même part du sentiment spontané des analoo-ios (lui existent entre nos sensations, sentiment ipii, selon
M.. d(^ lîiran, est (lorigine sensitive, non motrice. Sans doute, c'est en les rapportant à leur siège respectif, c'est-àdire grâce à un sentiment de notre action motrice que nous distinguons les divers ordres de sensations (couleurs, sons, odeurs, etc.). Mais comment di>'tinguons-nous h^s diverses espèces ou nuances de couleurs, (h^ sons, etc. .» Comment les classons-nous.^ Ce n'est pas, selon M. de Hiran, par notre propre action, mais en vertu d'aHinités inconscientes de ces sensations les unes pour les autres. Les idées générais sont donc le résultat d'une sorte de surbordination de res()rit à la nature; elles sont par suite relatives à la sensibilité de
cliacuii. Si toute connaissance s'y réduisait, ce serait le triomphe du scepticisme.
Mais au fond des idées générales et des jugements qu'elles enveloppent, une analyse plus complète découvre des germes, des semences de vérités certaines, qu'il dépend de nous de faire fructifier. Toutes nos idées se réfèrent en effet à une unité réelle qui persiste identicpie sous le cliangement ^i'Hté du sujet de l'eiïort et du terme qui lui résiste. De même, au fond de tous nos jugements se trouvent implicitement contenus cerUiins jugements universels et nécessaires (jugement d'attribution des modes à leur substance ou à leur cause qui dérivent eux-mêmes du jugement primitif.
La vérité a ainsi en nous un domaine assuré, distinct de nos représentations. Ce domaine, on le découvre en abstrayant des composés sensibles où ils entrent nécessairement^ les éléments formels de la connaissance. Toute la difficulté est alors de savoir si ce monde « de réalités nouméniqnes ^ », ne se compose pas en somme comme nos idées générales de termes abstraits n'ayant d'autre valeur que celle des signes artificiels des formes et catégories qui sont notre œuvre. C'est pour résoudre c< ce terrible doute » que Kant avait d'abord distingné deux sortes d'abstractions : l'abstraction passive et l'abstraction active. Les idées générales dans cette théorie .sont des abstractions passives; leurs éléments lont partie intégrante des composés sensibles, on n'a qu'à les en séparer. Les notions réffexives au contraire n'en font pas pm'tie; elles s'y ajoutent; il faut de même qu'elles s'en abstraient- ou s'en séparent elles-mêmes : tel est le cas des
notionsdecause,d'unité,d identité. Ilestvraiqu ils'agitmaintenanl de savoir si de ce que ces notions ne servent pas à con-
L Co.'siM, t. JH, \22. Maine de Biran entend ici par noumènes cette realde. di.Uncte des affections et des intuitions, en\in mot des uhTno^ menés, qui e.sf I objet de l'apeireption immédiate inlerne. De cette réalité connue, il distinguera plus tard celle qui ne peut être qu'objet de croyance c est-à-dire la réalité absolue. Le mot nouniène. dans la vie de I esprit, aura donc un autre sens.