Cousin, t. ni. I22-I2G. Aperceplion immédiate
LA VIE HUMAINE
de la nature du fait primitif qu'il n'y a pas de connaissance sans organe, et que lorgane de toute connaissance proprement dite est le sens musculaire. C'est donc ce sens qui sera lui-même l'organe de la réflexion comme de l'attention, non sous sa forme ou dans sa constitution générale (nous en avons vu le défaut), mais dans une de ses formes dérivées : en tant qu il est l'organe du langage, c'est-à-dire qu'il imprime aux cordes vocales des contractions déterminées, nécessaires pour artictder les mots. Kn môme temps qli'on articule les mots et qu'on a le sentiment de l'effort accompli, on les entend ; il y a dans ce cas une double réflexion, celle «lui est comprise dans tout sentiment de l'activité et d'autre part l'écho de celle-ci, dans un organe de la vie sensitive. ici le sens de l'ouïe. Ainsi se trouvent réunis, selon le rapport convenable, dans la relation de l'ouïe et de la voix, l'élément actif et l'élément passif de la connaissance humaine, inséparables l'un de l'autre. La constitution et l'étroite correspondance de ces deux organes sont la merveille de l'organisme humain.
M. de Biran ne se contente pas de dire, comme le faisaient les cartésiens, que le.vercice de la pensée suppose, chez l'homme, une étroite correspondance, une harmonie préétablie d(^ l'àme et du corps. Il indique avec précision les conditions de son exercice. C'est d'une façon générale la subordination des organes de la vie sensitive aux organes du système musculaire, c'est-à-dire qui sont placés sous la dépendance immédiate de la volonté. Mais tandis que dans les autres sens, et même dans le plus parliu-f d'entre eux, le toucher, la fonction active et la fonction passive sont unis dans le même organe, ce qui en favorise la confusion et la prédominance de celle-ci mr celle-là, le sens de l'ouïe considéré dans son union intime avec la voix, réunit mais séparées les deux fonctions sensitives et motrices '. Le premier est passif, le second est actif. A mesure que nous émettons ou
L Na ville, t. II, 2§8-219.
L ANTHROPOLOGIE DE MAINE DE HIIIAX
arlic liions un son, nous lentcndons. Il défteud do nous d'impressionner un sens passif on lui-nième, otd«'jns la mesure ail nous le voulons, car nous produisons ol liniit(»ns roft'ort à volontô. L'activitô, cpii pro<luit immédiatoniont les mouvomenls vocaux, se rolléchit dans les perceptions de 1 ouïe. <( Le moi aperçoit la cause dans son eiïet et l'effet dans la cause' », et point n'est besoin pour cola du concours d'aucune cause élrant^^rre à lui-nicmo.
Ainsi l'ouïe, aclivoe i)ar la voix, est le sens immédiat de la réiloxion ; on peut dire (prelle est le sons de Veniendement, « puis(pio c'est par lui seul ([U(^ l'être qui pense, en tant qu'il aigrit el meut, entend dans touto la propriété du mot toutes les idées qu'il conçoit, tous les actes qu'il détermine - ». Sans le lanp^ay-e, la |>ensée n'existerait pas, du moins sous sa forme dislincto ; le langage tactile peut suppléer, dans une certaine mesure, le langage articulé ; mais si les sourds ne bénéHciaient pas des acquisitions et des progrès inloUectuels accomplis |)ar ceux (pii ont«Midont et qui parlent ; si leur langage par signes au li(Hi d exprimer des mots exprimait les objets tels qu'ils les perçoivent, leurs connaissances seraient nécessairement très inférieures aux nôtres.
On pourrait donc supposer que si l'animal ne pense pas, c'est-à-diro s'il est incapable déformer dos idées générales, des jugements et des raisonnements, c'est parce qu il ne parle pas, car il est certain que les idées, (pii ne correspondent pas à une réalité séparée, reçoivent en grande partie du mot la réalité qu'elle ont dans notre esprit. Otoz le mot, et vous enlevez tout j)oint d'appui aux idées générales qui se dissolvent aussitôt en images indéterminées. Mais d autre part le langage su{)pose la pensée; et on peut dire avec autant de vraisemblance que, si lanimal ne |)arle pas, c'est parce qu il ne pense pas. Gomment sortir de ce cercle ?