Naville. ù
LA VIE HUMAINE
W faut admettre, dit M. de Biran, que le premier emploi du signe institué présuppose ossontiolioment le tait i>rimitif de conscience : « Là où il n'y a point d intention ni de volonté il 11 y a i)oint de sigmo proprement dit^ ». L'enfant crie d'abord instinctivement, mais ses vagissements sont un langage naturel, analogue à celui qu'emploient les animaux; ils ne deviendront dos signes, pour lui, qu'à partir du moment où, sapercovant (pi'ils sont en son pouvoir, il les répétera volontairement, on y attachant poin- la preiiMère fois une intention et un sens-. C'est la transformation des premiers cris ou interjections en signes do réclame, c'est-àdire leur appropriation à l'activité du moi ou à la volonté, qui est la véritable origine du langage. Si les animaux ne parlent pas, c'est donc parce qu'ils no pensent pas, et ils ne pensent pas parce qu'ils n'agissent pas par eux-mêmes. Ils se bornent à réagir, comme nous faisons nous-mêmes quand nous sommes entraînés |)ar nos babil udos ou nos passions. Dans l'état d'animalité, comme dans tous ces états où l'homme est aliéné de soi, il n'y a pas d'abstraction intolloctuello possible, vu que dans le i)romior état, il n'y a pas de sujet distinct d'un attribut, et cpio dans le deuxième, le sujet a en quelque sorte disparu. Si les animaux sont incapables d'abstraire, cola tient à co qu'ils sont incaj)ables de cette abstraction primitive par laquolk l'homme se connaît luimême ; aussi leurs impressions sont confuses plutôt que composées; elles ne sont point rapportées à un sujet dont ils n'ont pas l'idée, ou attribuées à un objet, car l'objet ne s'entend que parle sujet.
Mais si l'origine du langage est dans l'aperception immédiate, celle-ci, n'aurait pas à son tour revêtu la forme distincte qu'elle a sans le langage. Ces notions dont le fond-ement est en nous-mêmes ou dans notre esprit, indépendamment des signes, ne se distinguent ou ne deviennent pcr-