L.\ VIE HUMAINE
abstractions successives exigent nécessairement l'emploi des signes, et elles peuvent avoir dès lors une double signification. Ou bien, en elTet, ces éléments du fait primitif en seront tout à fait séparés par abstraction, et ne seront plus par suite objet d'intuition : « Quoique nous ayons les signes de la ligure, par exemple, séparée de l'étendue, du mouvement séparé de l'espace et du temps, nous n'avons pas pour cela 1 intuition de ce simple abstrait, séparé du groupe^ », et d'une laçon générale de la substance séparée de tout attribut, ou iUi mode séparé de la substance. L'erreur perpétuelle des métapiiysiciens allemands, dit M. de Biran, est de confondre l'abstraction avec l'intuition. Ou bien, évitant ces abstractions qui ne peuvent donner naissance qu'à des sujets logiques ou artificiels de jugement sans contenu réel, l'entendement, en même temps (piil décompose par l'usage des signes l'objet d'intuition en ses éléments, continuera à voir ces éléments dans le tout comme indivisiblement et nécessairement liés à son existence. Nous pouvons distinguer par conséquent trois moments dans l'intuition : I" l'intuition de l'objet simple en tant que l'entendement embrasse son essence inunédialement ; "l"" l'abstraction ou décomposition de ce sujet exprimé par un signe, en notions élémentaires, plus simples logiquement, mais non intuitives-; 3"ru!îion de ces notions ou relations abstraites au premier objet d'intuition, et dans ce cas elle devient le jugement intuitif.
On saisit bien ici la tendance réaliste qui caractérise l'esprit pbilosopbique de M. de Biran : c'est par là qu'il se distinguait, à ses propres yeux, de Kant et de ses disciples. La psycbologie n'est pas, pour lui, une science abstraite, comme le sont pour certains, les matliématicpies, qui, une fois les définitions posées, raisonnent sur ces définitions, en tirent les conséquences, sans jamais plus se reporter à