Naville t. Il
LA VIE H CM AINE
priori, en tant qu'ils sont indépendants de toute expérience sensible ; ils sont homogènes, puisqu'ils sont tous au même titre dérivés du jugement primitif, sans qu'aucun élément hétérogène vienne s'y ajouter du dehors. Ils sont nécessaires, puisque ce qu'ils attribuent au sujet est immédiatement dérivé de son essence. Ils sont donc absolument vrais, et ce sont les seules vérités certaines : <( Toute conception d'une liaison nécessaire se fonde sur un jugement intuitif et réciproquement tout ce qui n'est pas conçu sous ce rapport de liaison nécessaire, mais comme contingent, c'est-à-dire pouvant être ou ne pas être, n'est pas objet d'intuition, ou ne peut donner lieu à un jugement intuitifs » Tous les jugements fondés sur l'expérience sensible, comme par exemple : que le soleil se lèvera demain, sont des jugements de probabilité.
La même liaison nécessaire qui existe entre les éléments d'un sujet d'intuition, tel que le moi ou l'unité résistante, doit exister entre les jugements intuitifs qui aiïirment des relations entre ces éléments. Cette synthèse de jugements constitue, conime nous l'avons vu, le raisonnement ou déduction. Il n'y a en eiïet, pour M. de Biran, qu'un seul mode légitime de raisonnement.
Le j)oint de départ de tout raisonnement est un jugement intuitif comme le point de départ d'un tel jugement est une intuition. La nature du raisonnement dépend de la nature du lien qui existe entre les jugements qui le composent. Nos idées de genre et d'espèce, comme nos perceptions d'objets particuliers sont une synthèse empirique de jugements en puissance; ces jugements n'ont d'autre lien entre eux que la conjonction « et », de telle sorte que l'analyse des idées peut ici donner lieu à une description, non à un raisonnement. La mise en forme du raisonnement ne doit pas nous cacher la vraie nature de l'opération. Pour qu'il y ait raisonnement, il faut que toutes ces propriétés puissent découler
i. Naville, t. II, 278.
TISSERA NO. — I
(l'uno premirro, ou no soient qu'autant crcxpressions différentes de la môme essence.
Or les jugements inUiilifs formulent des vérités premières, évidentes par elles-mêmes, quoique synthétiques et non analyticfues. Lo raisonnement a pour fonction essentielle d établir comment de ces vérités [)remières dérivent des vérités secondaires par une chaîne continue de jugements. De la première proposition évidente, nous déduisons la deuxième qui n'est plus évidente, mais qui est certaine comme dérivant de la première, et de la deuxième, la troisième et ainsi de suite. La déduction n'est pas une suite continue d intuitions, mais elh» part toujours d'une intuition : c'est là que se rattach<» nécessainMiient toute la chain(^ des raisonnements. Il peut y avoir perte ou altération d évidence intuitive, sans <pi il y ait perle ou altération de certitude, comme « lorsque je vois limage^ dun (d)jet réfléchie par une suite de miroirs, il peut y avoir perte ou altération de lumière dans le trajet (ju'ont fait les rayons émanés de lobjetpour arriver à mon <eil ' » ; je n'en suis pas moins sur que l'objet existe. Mais comnKMit la certitude peut-elle contiiuier dexister où cesse l'évidence .* Quel est le procédé intellectuel qui p(Mil remplacer ou supi)léer l'intuition de la vérité et fonder la certitude^ des déductions aussi com[)lète que celle des princi[)es évidents par eux-mêmes? Nous lavons vu, c'est la mémoire intellectuelle. Le souvenir d'un jugement intuitif n'est que la réj)étition de cette intuition. L'intuition est attachée aux premières vérités immédiates. La mémoire nous atteste en ce qui concerne la série des autres relations, qu'elles sont nécessairement déduites, et par ordre, des vérités premières, et que nous pourrions apercevoir cette dépendance nécessaire en répétant les mêmes opérations-. Il y a donc deux sortes de certitude, Tune qui est immédiate et absolue et a pour objet les vérités premières.