‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 91 sur 178 · Naville. t. Il, :2S · texte numérisé non relu

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LA VIE HUMAINE

considérées en elles-mêmes et évidentes; l'autre qui est relative ou de déduction, c'est celle qui s'attache aux vérités secondaires.

L'intuition actuelle joue pour M. de Biran, dans le système réilexif, le même rôle que joue l'impression vitale, la sensation, la perception dans les systèmes précédents. Elle dépend dune espèce de sens interne, qui existe virtuellement chez tous les hommes, mais qui faute d être exercé, maïKpie de pénétration et de finesse, chez le plus grand nombre. La plupart des hommes n'éprouvent pas le besoin de s'appuyer sur des principes évidents. Ils sont plus curieux d'opinions nouvelles dont ils peuvent tirer quelque amusement ou des applications utiles que de vérités solides et inébranlables. C'est pourquoi il arrive souvent qu'ils découvrent certaines relations entre les choses, sans les comprendre ou être en état de les expliquer. L'art et la pratique précèdent la science. D'autre part l'instinct naturel de l'homme le détourne de tout ce qui est pénible, et lui coûte de l'effort. La science exige en quelque sorte que l'esprit résiste au courant (pii l'entraîne hors de lui, au torrent des émotions et des images. Ce n'est dans l'histoire de Ihumanité qu'à une époque tardive, et actuellement que chez un très petit nombre d'esprits, que le besoin de comprendre et par conséquent de remonter aux principes ou vérités premières, arrive à dominer nos habitudes de penser et notre instinct naturel ^

Toute la science procède du développement de l'intuition intellectuelle, comme toute la connaissance empirique procède de la perception. Il y a une analogie frappante entre l'ordre de la déduction de nos idées dans le temps, et le mode de coordination de nos perceptions dans l'espace. Le procédé intellectuel que le savant emploie dans le premier cas (( ne diffère pas au fond de celui par lequel l'aveugle groupe sous lidée d'un seul corps ou figure tangible, toutes

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l'anthropologie i)E MAINE DE «IRAN

les lignes, les faces et les angles solides que le sens du toucher actif découvre, par une succession de mouvements continus S » et de même que la rapidité de ses mouvements lui cache le rôle de sa mémoire et lui donne lillusion qu'il perçoit par le toucher l'ohjet tout entier, de même l'esprit, qui parcourt toute une chaîne de déductions par un seul mouvement rapide et continu, croit emhrasser toute la série de ces vérités successives dans un seul acte d'intuition Le langage, ici, donne des ailes à la pensée, qui ne sent plus sa dépendance du corps et croit [)ouvoir vivre sans lui.

Il y a entre ces divers systèmes de la vie humaine, qui sont comme des plans superposés coupant une pyramide dont la base serait la vie sensitive, et le sommet ou Ki pointe la vie réflexive, une analogie frappante ([u\ ne doit point nous étonner, puisqu'ils répondent aux divers degrés de tension d'une même force : le moi.

c. Les sciences cerlaines : la psychologie et les mathématiques.

Le fait primitif étant constitué par le rapport du sujet de Teffort au « terme résistant », il en résulte qu'il y a deux sciences certaines, l'une qui part (ki sujet, abstrait par la réflexion, l'autre du terme résistant, séparé de tout ce qui n'est pas lui. La première est la pyschologie; la seconde les mathématiques. Ces deux sciences sont de même nature; leur objet échappe à l'imagination et aux sens, quoique \i\ seconde conserve encore quelques emblèmes sensibles dans les signes et les figures -.

. La psychologie part du principe : « je pense donc j'existe, » ou mieux ' « je pense, j'existe » qui est le premier axiome psychologique ou le premierjugement intuitif, l'.lle en déduit

{. Naville, t. 11,285.

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