‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 93 sur 178 · Navillc, id · texte numérisé non relu

Navillc, id

LA VIE H CM AINE

manière effective, c'est-à-dire exister réellement, et quelles ne puissent être abstraites ou éliminées de la conscience par l'analyse psychologique, sans que la psychologie ne coure le risque mortel de s'immobiliser dans la répétition stérile de l'identité : moi = moi.

llien n'est plus intéressant, dans la philosophie de M. de Biran, (jue l'élude des opérations par lesquelles le moi s'efforce d'unifier ses représentations en les soumettant à son j)ouvoir par le sens nmsculaire et le langage. Mais rien de plus monotone et de plus vide que la série des jugements intuitifs qu il déduit de son existence. Il avait un .sentiment très juste de la vérité psychologique quand il disait quelle ne consiste pas en identités logicjues, ou en vérités conditionnelles. Mais les svnthèses rationnelles qui la constituent ne peuvent être le résultat d'intuitions successives d'une forme pure, isolée de son contenu. 11 manque à la théorie biranicnne de la connaissance une déduction des catégories. Il est vrai qu'en concevant la pensée en dehors de la représentation et qu'en identifiant la conscience avec la liberté, M. de Biran s'interdisait une telle déduction Qui dit catégorie, dit système de déterminations, déterminisme intérieur. Ce déterminisme peut être lui même conyu comme une création de la liberté, mais dune liberté nouménale qui est d'un autre ordre, plus profond que la conscience ou connaissance. Voilà précisément ce que M. de Biran ne pouvait admettre. La liberté pour lui est un fait p.sychologique ; c'est le fait primitif. On ne peut que constater les caractères par lesquels il se manifeste. Ces caractères étant absolument indépendants de la matière de nos pensées ne réussiront jamais à s'imprimer en elle, et l'esprit ne pourra trouver la certitude qu'en se repliant sur soi et en s'enfermant dans la stérile contemplation de luimême.

En dehors de la psychologie pure, M. de Biran admettait l'existence d'une psychologie mixte. Cette science « admet le mélange et la complication d'éléments hétérogènes, ne

LA VIE H CM AINE

considère les faits de rintelligence que dans leur point de contact avec ceux de la sensibilité, ceux de la sensation dans leur rapport aux objets et aux organes, les actes de la volonté dans les affections sensibles qui les déterminent, les passions dans leur influence sur les phénomènes physiologiques et réciproquement' ». Cette science que nous nommons aujourd'hui « psychologie expérimentale » la plus attrayante pour la curiosité et l'imagination, dit M. de Biran, n'en est pas moins la plus incertaine, précisément par suite de la nature de son objet et de Ihétérogénéité des éléments qui la composent. Klle participe nécessairement aux défauts de la physiologie et d'une façon générale de toutes les sciences fondées sur l'observation et 1 expérience sensible. i;aiilhro])ologie qui étudie l'homme concret ou complet comprendra donc la psychologie pure et la psychologie mixte. Mais la psychologie pure, c'est-à-dire l'étude du fait primitif, du moi, nen est pas moins le centre d'une étude complète de l'homme. C'est de là qu'il faut partir, car là est la source de toute évidence, la base de toute certitude, et on ne peut juger de la valeur des autres modes de coiuiaissance (ju'à la condition d'avoir préalablement déterminé un type ou un étalon de connaissance.

Contrairement à ce que pensent un grand nombre de psychologues contemporains, la vraie psychologie, pour M. de l^iran. est une science philosophi([ue, non expérimentale : c'est la science des principes. Klle ne présuppose aucune science, toutes les sciences au contraire la présupposent, en ce sens ([u'elle seule peut fixer le sens et la valeur des notions qui entrent dans tout jugement. M. de Biran reste, à cet égard, dans la grande tradition philosophique : il considère les conditions de la conscience comme les conditions mêmes de la science.

Mais on peut retourner contre lui l'objection qu'il adresse à Doscartes et aux empiristes, de n'avoir pas bien entendu

Page 1