‹ Essai sur l'anthropologie de Maine de Biran [microform]Chapitre 94 sur 178 · I. Naville, t. I · texte numérisé non relu

I. Naville, t. I

la nature de la conscience. Kst-ce que le moi tel qu'il le conçoit est bien le fait primitif? I^st-ce qu "il peut être saisi «lans un acte particulier, ou plutôt singulier, de telle sorte (ju'on aurait qu'à en constater l'existence et les caractères par un sens approprié ? Kst-ce que la conscience, en d'autres termes, est le sens intime ? Cette conception, c'est encore de l'empirisme. L'em})irisme de'M. de Biran diffère assurément de celui de Hume : c'est un empirisme radical, tout entier contenu dans cette affirmation que toute vérité primitive est un fait, qui ne peut être que constaté, non compris ou expliqué.

II semble que le moi soit plus intérieur que ne le pensait M. de Biran, et qu'il ne puisse être saisi par un sens original. Il est tout entier dans chaque fait de conscience, mais n'est pas un fait. C'est l'acte par lequel il s'attribue ces faits, ou se reconnaît en eux. Le véritable objet de la psychologie serait dès lors de développer en idées claires et distinctes le sentiment par lequel le moi reconnaît en ses divers états ou actes une manifestation de lui-même. La réflexion dan^ ce cas ne serait pas un sens, mais un acte de raison, l'effort pour se com])reiidre soi-même, pour déterminer les éléments priuiitifs de la nature humaine et les rapports intellii»ibles qu'ils ont entre eux. Rénéchir ce n'est pas constater, c'est reconstruire la pensée. Kn d'autres termes au lieu de porter sur un fait, la j)sychologie rationnelle porterait sur ridée d un fait ; si l'àme, comme le disait Spinoza, est l'idée d'un corps existant en acte, la psychologie ainsi entendue serait l'idée d'une idée.

Kst-ce que du reste toute la psychologie de ]\L de Biran n'est pas un essai de reconstruction de l'âme humaine avec <leux éléments : la volonté et la sensibilité, en désignant par ce mot les affections, les intuitions et les tendances spontanées ? Kt ne peut-on pas lui reprocher d'avoir omis un élément essentiel, l'entendement tel que Kant le conçoit, c'està-dire comme une nature déterminée ? Et s'il n'a pas réussi à souder les deux éléments, la matière et la forme de nos

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L ANTMaorOLOlilE DE MAIXK DR |{II{AX

pensées, n'esl-ce pas faute de ce lien essentiel .• On peut et, selon nous, on doit aller plus loin dans la voie qu il a tracée. Gomme il admet une psycliolonie pure et une psyclioloî^ie mixte, il distins^ue une mallK'malitpie pure (pii a pour objet l'étude des éléments simples, réels, universels (jui composent les nombres et les lij^ures, dépouill(\s de touti^s les modifications accid(Mitelles (pii leur servent « comme d'envel(*pj)e et les mas(pieid, aux yeux de Tesprit ' », et une matliématicpii' mixte ouapplicpiée cpii étudie lespliénomènes sensibles auxquels ils s'aj)pli(pieiit- l.a première est une science de même nature ipic la psychologie pure. Comme elle, elle s'élève à la certitude : c'est une science véritable l'ondée sur l'intuition et le raisonnement.

Knvisageons successivement les idées de nombre et de ti^'"ure.

Sur ridée de nombre, la pensée de M. de liiran a varié. Dans le Commentaire sur les « Méditations » de Descartes, il |)ensait « que la géométrie ou la science de l'étendue est iivanl celle de la nmnération ou Tarit bméti(jue ' ». « De cette propriété cpi'a 1 espace ou léteiulue (ic se représenter comme un tout permaiient, susceptible d être divisé en parties, aussi ])ermanentes, dont chacune existe avec le tout dans la division même, dr là, dis-je, résulte la possibilité de )W)nbrer ou de rémiir suus une même idée, un même si^nie, plusieurs unités qu'on fait coexister par la numération même \ » u II est de la nature de res])ace que toutes ses parties coexistent distinctement et séparément les unes des autres dans le même instant et restent immuables'' »; il est donc la forme de la pluralité.

Dans les Xotes sur l'Idéologie de M. de Traey, <pn sont postérieures de deux ans, d après M. Bertrand, au Commen-

\. Na ville, (. I, lOi.

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