‹ Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, relativement aux variations des valeurs monétaires et du pouvoir commercial de l'argent: suivi d'un examen critique des tables de prix du mare d'argent, depuis l'époque de saint LouisChapitre 56 sur 68 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

DES TABLKS DE PRIX DU MARC d'aRGEîST , ET DES ÉVALUATIONS MONÉTAIRES DEPUIS l'ÉPOQUE DE SAINT LOUIS.

On lit dans la préface du tome XX des Ordonnances des rois de France, par feu M. de Pastoret :

« Les Tables du marc d'argent (de cette collection '), plus exactes, comme le dit M. Secousse, que celles de Le Blanc, sont suffisantes lorsqu'on ne veut calculer que la différence des valeurs intrinsèques. Mais si l'on voulait apprécier la différence réelle des monnaies et leurs rapports avec les habitudes privées et la fortune publique, il faudrait y joindre un aperçu du prix des objets de consommation, de celui de la main-d'œuvre, de celui des salaires, de celui des fermages. Cet aperçu serait fort difficile à établir, je le sais, mais il est indispensable pour une appréciation exacte, et fournirait seul des données nécessaires à ceux qui s'occupent de notre histoire. »

1 Tables des volumes donnés parSecousse, et d'abord du tome M.

C'est ainsi que s'exprime, dans un livre récemment publié sous l'autorité de l'Académie, un écrivain dont les paroles se recommandent par une longue et profonde expérience des hommes et des choses. C'est à ce point que j'ai trouvé la science, lorsque j'ai essayé d'établir une base et de produire un exemple d'évaluations monétaires appliquées aux temps les plus difficiles de l'administration fiscale, sous les premiers Valois. Je crois avoir prouvé, dans la première partie de cet ouvrage, que les prix des objets de consommation dont M. de Pastoret juge la recherche indispensable ne doivent pas s'entendre seulement des choses d'une tiécessité absolue, comme on l'avait pensé jusqu'alors, mais qu'on n'en saurait séparer les produits, même les plus précieux, de l'industrie et de l'art, autres sources de valeurs, de jouissances et de charges, dont on n'avait pas encore tenu compte dans les conditions d'existence de la société ancienne \ J examinerai

' J'ai traité, dans celte première partie, de l'appréciation de la (ortune privée au moyen-âge... et je m'occupe ici du mode et de la Lase des évaluations de cette nature. Ce sont donc des règles de travail déjà appliquées dont je vais exposer les motifs avec quelque développement. Ne prouveraionl-elles rien en faveur de cette application, si elles sont jugées bonnes et utiles en elles-mêmes, elles ne seront point perdues pour la science ; d'autres pourront s'en aider avec

ici le mérite de l'ordonnance et de lusage commun des tables de prix du marc d'argent, les inconvénients qu'elles peuvent avoir dans leur application aux nouveaux besoins de la science histoi'ique, et, par cela même, les distinctions dont elles sont susceptibles en ce qui touche l'évaluation monétaire.

Les principes de cette opération seront facilement compris. La valeur relative des choses anciennes, exprimée en monnaies de leur temps, ne peut se déduire que du rapport de ces monnaies avec les nôtres. Tout se borne au fond à comparer la puissance fictive ou réelle de deux signes de commune valeur, pris à deux époques différentes. Le signe ou type de la valeur commune, c'est l'argent, dont la puissance se mesure à son titre, à son poids et à sa proportion * avec les autres valeurs commerciales qu'il représente.

plus de bonheur, ou les étendre à des travaux plus sérieux que l'essai auquel elles se rattachent, et c'est dans cette pensée que j'en ai fait l'objet d'un mémoire particulier.

On a vu que l'argent, beaucoup plus rare anciennement qu'il ne l'est de nos jours, avait aussi beaucoup plus de valeur comme marchandise; que l'argent de Charlemagne valait onze fois et celui de saint Louis six fois le nôtre ; que c'est ce qu'on appelle proprement le pouioir de Z'orafent, et qu'une appréciation de valeur ancienne ne peut être exacte qu'autant que ce pouvoir y est compris. Je ne reviendrai donc pas sur cette matière. Il suflira de faire observer, une fois pour toutes, que les résultats en francs des opérations que j'aurai à produire pour exemples devront toujours s'entendre

212 APPRF.r.lATIONjnE LA FORTUNE PHIVÉE

Or, en France, l'argent s'est toujours pesé et débité au marc, depuis la fin du xi^ siècle jusqu'à l'adoption exclusive de l'unité de gramme.

Il y avait des marcs de différents poids* ; mais celui de Paris, auquel on rapporte les prix anciens, était de 8 onces ou 4,608 grains ^.

La comparaison à faire pour parvenir à l'appréciation d'une valeur ancienne, relativement à la valeur actuelle du même objet, aura donc pour termes deux marcs d'argent du même poids, mais de prix et de pouvoirs différents, savoir : le marc du temps de la monnaie à évaluer, et le marc présent, auquel se comparent tous les autres.

Ainsi la première base de celte évaluation est dans le prix du marc d'argent, et il existe des tables de prix qui doivent rendre l'opération très facile : tel est du moins le préjugé de la plupart des personnes qui sont dans le cas d'y recourir.

Mais la détermination exacte du prix de l'ar-

ahstraction faite du pouvoir de l'argent; et, conséquerament, que 58 sous de saint Louis, somme égale en poids d'argent à 55 francs, environ, de nos jours, représenteront en pouvoir six fois autant, ou 330 de ces francs.

' Notamment le marc de La Rochelle, de Limoges, de Tours, de Troyes.

- Marcha est quoddam pondus, scil. média libra , ul dicitur marcha argenli. (Balbus in Catho.). — Nota, quod auri lihra habet duas marchas mtri [Chronicoii Moçiunt.). Ap.Cangium, v. Marca, Marcus.

i^ent, à une époque donnée du moyen-âge, n est pas une chose aussi simple qu'on le suppose; car elle dérive bien moins d'un fait unique, que des rapports entre différents faits qui ne sont pas toujours indiqués ou aperçus.

Les tables de prix du marc ne sont, en effet, que des résultats à étudier. Il ne vous suffit pas d'interroger la plus exacte, sur un prix cherché; il faut, pour vous être utile, qu'elle réponde nettement à votre question, et souvent elle est muette. Plus souvent, au lieu d'un chiffre, elle vous en donne deux, quelquefois trois; la première difficulté est de choisir, et vous n'avez pas toujours la chance de l'inspiration ; car il se peut que, dans deux chiffres donnés, ne soit pas le seul qui vous convienne. Vous demandez, par exemple, aux tables du tome III de la collection des Ordonnances des rois de France, quelle était la valeur du marc d'argent fin au mois d'août 1358; elles vous présentent deux chiffres qui vous apprennent, l'un que le marc monnayé valait 3 livres, Tautre qu'aux hôtels des monnaies, le marc d'argent était payé 7 livres 10 sous. Eh bien ! aucun de ces prix ne répond à votre demande. 3 livres sont le prix d'un marc de monnaie qui ne contenait qu'un quart d aigent, ce

-214 AIM'KKCIATIO.N l)K LA FOinU.NE l'RlVÉE

qui portait à 12 livres le prix du marc de fin, et les 7 livres 10 sous que payait le prince sont loin de ce chiffre; on saura bientôt pourquoi, mais les tables ne le disent pas'. La même difficulté se reproduit dans beaucoup d'autres cas, surtout aux époques orageuses de l'administration des monnaies. Vous ne voulez qu'une solution, et vous avez à opter entre plusieurs : pour éclairer votre choix, vous consultez d'autres 'taWes, et ce sont d'autres chiffres. Ici l'embarras se complique ; il ne vous arrêtera point si vous vous occupez de toute autre chose que de monnaies, si vous n'avez besoin que d'un prix : ce chiffre, étranger à votre étude, vous le prendrez comme il se présentera sur la foi du savant que vous citerez, et dont l'affaire ne sera pas la vôtre. Mais dans Ihypothèse contraire, si vos recherches s'étendent à tout un système d'évaluation, si vous voulez vous rendre compte de la préférence que vous donne-

» Les tables ne le disent pas, parce qu'elles sont la conséquence et les compagnes d'un livre qui explique ces prix. Mais l'inconvénient n'en existe pas moins pour le travailleur qui, n'ayant besoin que d'un chiffre, est obligé de parcourir un in-folio pour comprendre celui qu'il a sous les yeux. Cette nécessité est d'autant plus fâcheuse que les tables n'accompagnent pas toujours le volume propre à les expliquer : par exemple, une partie des actes auxquels se rapporte la table du lome VI des Ordonnances ne se trouvent que dans le tome 11

AU MOYKN AGE. — SECONDE PAllTIE. 215

riez ta un chiffre sur son concurrent, à un ordre de prix sur un ordre opposé, à des tables d un usage plus commun sur des documents moins consultés, alors vous êtes obligé de pénétrer au cœur de la difficulté, d'en étudier la matière, et d'accomplir, tout justement pour l'intelligence de ces formules, la tâche qu'elles semblaient destinées à vous épargner. Voilà ce que vous feriez, vous écrivain consciencieux, à qui cette monographie ne serait pas familière : voilà donc ce qui resterait à faire dans l'intérêt commun des travailleurs, et avant tout de la science, qui a plus à perdre qu'à gagner aux enseignements incomplets ou mal compris. S'il m'est permis d'ajouter que les tables du marc sont du nombre des livres dont la langue même n'est pas comprise de la plupart de ceux qui les consultent, j'aurai suffisamment indiqué l'utilité que peuvent avoir les considérations dans lesquelles je vais entrer. On n'y trouvera, au surplus, que le produit de l'attention que j'ai dû donner à l'examen, au choix, et, pour plus d'exactitude, à la combinaison des chiffres dont j'ai fait usage dans mon premier travail sur l'appréciation des valeurs du moyen-âge.

Les documents que fournissent les chartes et, en première ligne, les actes de l'autorité publique,

216 APPUÉCIATION Uli LA FOUTUM: l'IUVÉE

sur les variations du prix de Targeul el des valeurs monétaires, ont été laborieusement recueillis dans plus d'un ouvrage connu.

Du Cange, au mot Marca stendata, donne une suite de prix du marc d'or et d'argent; d'or, de 130G à 1507 ; d'argent, de 1288 à 1424 *.

L'appendice au Traité des monnaies de Le Blanc, plus généralement consulté, contient les prix des deux marcs, de 1113 à 1689; mais il reste bien des vides à remplir dans cette longue période ^.

Des prix plus détaillés, et souvent plus exacts, iorment l'objet d'une suite de tables distribuées dans la collection des Ordonnances des rois de France. Ces précieux documents font autorité sur tous les autres, que seuls ils remplaceront un jour. Mais ils ne remontent pas au delà de 1258; ils s'arrêtent au milieu du xv^ siècle, et l'appendice de Le Blanc, réimprimé dans le tome XV, ne les complète qu'imparfaitement, puisqu'il est lui-même incomplet. Espérons que l'exploration actuelle de tant de chartes demeurées inconnues aux premiers coopérateurs de ce beau travail,

' Gloss. edit. Benediit.

- Tables des prix du marc d'or et d'argciU, à la Suite dc Son Traité Iitsl07iriuc des nwnnoiies de France, in-4.

mettra à même d'en combler les lacunes, et d'en étendre rutilité à un plus grand nombre de besoins. Ce serait, d'ailleurs, une occasion de signaler les erreurs qui en altèrent le mérite dans quelques parties, notamment dans les tomes lll et VI de la collection *.

Dupré de Saint-Maur a donné aussi des tables faites sur un excellent plan, et qui, malgré leur simplicité, ou peut-être à cause de leur simplicité, conviendraient singulièrement aux travailleurs, si elles étaient moins abrégées. Elles sûfliraient pour le moyen-âge; mais elles ne renferment qu'une partie des prix connus des trois derniers siècles, excepté, pourtant, l'époque de Law, dont l'échelle est curieuse et vraisemblablement complète ^.

La compilation plus pleine, plus étendue d'Abot de Bazinghem, n'est d'ailleurs qu'une copie mal exécutée des tables des Ordonnances, continuées avec Le Blanc, et portées jusqu'en 1726 ^.

* Ordonnances det rois de France de la troisième rare... Imprimerie royale, 20 vol. in-fol.

' Essai sur les monnaies, ou réfle.vions sur le rapport entre l'argent et les denrées. Paris, 1746, in-4.

' Traité des monnaies et de la juridiction de la Cour des monnaies, en forme de dictionnaire. Paris, 1764, 2 voI. in-4. Lcs tables de prix sonl à la fin de l'ouvrage.

218 APPRÉCIATION OK LA FOKTIjNE PRIVÉE

Aussi n'y trouve-t-on rien de ce que laissent à désirer les plans qu'elles reproduisent.

Quant à Herbert, dont le comte Gariiier cite le travail avec éloge * d'après le sentiment des économistes anglais, l'ouvrage dont ses tables font partie ^ n'est sans doute pas au-dessous de cette distinction ; mais un Anglais peut ne pas savoir, et l'historien français des monnaies anciennes paraîtrait avoir oublié que Herbert n'a fait que copier Dupré de Saint-Maur dans tous ses prix, et qu'à cet égard son unique mérite est d'avoir bien choisi et bien compris son modèle. Son cadre, beaucoup plus resserré que tous les autres, ne^ s'étend que pour les grains, qu'il a principalement en vue; ses prix de marc ne sont, en grande partie, que des moyennes tirées d'un certain nombre d'années ; mais ce résumé ayant été fait avec intelligence et sur de bons matériaux, il est utile ou du moins fort commode pour ceux qui n'ont besoin que d'aperçus.

Tels sont les ouvrages imprimés les plus connus sur cette matière ^ : je néglige les compila-

• Mém. sur la valeur des monnaies de compte chez les peuples de l'ant. Paris, 1817, in-4.

2 Essai sur la police générale des grains. Berlin (Paris), 1755, in-12. La table de prix commence p. 243.

' Les tables monétaires de Pauclon [Métrologie) ne sont pas, à proprement parler, des tables de prix du marc.

Al" MOYEN AGE. SECONDE PARTIE. 219

lions modernes. On remarquera dans ceux là des différences et des contradictions, dont quelquesunes sont réelles, mais dont les principales ne sont qu'apparentes : d'où vient cette illusion ?

Personne n'ignore ce que c'est que le titre des métaux précieux. On entend par ce mot le degré de pureté de l'or et de l'argent en lingot ou en œuvre. Le titre de l'or s'estime au carat et celui de l'argent au denier : on procède actuellement par millièmes, mais il ne s'agit pas ici du fait actuel. L'argent fin pur est à 12 deniers, dont chacun se divise en 24 grains. Les meilleures monnaies françaises du moyen-âge étaient à 11 deniers 12 grains ou ^ de fin avec un 24* d'alliage*; et l'argent, à ce titre, est ce qu'on appelait argent le roi. Un des hommes les plus versés dans la connaissance des monnaies fait observer que a la différence entre l'argent le roi et l'argent pur fin n'influait en aucune façon sur la valeur, sur le prix, non plus que sur la traite du marc d'espèces courantes^ : )> elle serait donc sans importance dans les calculs d'évaluation. Cependant la

' On a quelques exemples de monnaies au titre de 12 deniers de fin, telles que les gros tournois de Philippe VI ; niais ce sont des exceptions.

' Dupré, util sup., p. 140.

proportion du | n'était pas une loi de fabrication absolue. Ce fut toujours le droit du souverain, non seulement de régler le poids de la monnaie, mais d'en tirer un bénéfice plus ou moins élevé par la valeur fictive qu'il lui attribuait»; et comme l'argent a toujours été la première de toutes les ressources d'emprunt, on concevra que l'argent monnaie a pu subir dans son mode d'appropriation aux nécessités du moment, les diverses influences de la bonne et de la mauvaise fortune, de la paix et de la guerre, de l'ordre et du trouble, des améliorations financières et des calamités qui les repoussaient. En altérant les monnaies, le prince augmentait pour l'instant la ressource publique, par l'accroissement de la masse ou de la valeur numéraire des espèces, sans addition de valeur intrinsèque; c'était un mal de plus, mais c'était un besoin, et l'excès du pouvoir suppléait au crédit qui lui manquait pour mieux faire.

L'altération provenait, soit du surhaussement de mêmes espèces, plus faibles de poids, ou plus fortes de valeur numéraire, soit de l'affaiblissement du titre des espèces qui conservaient le même poids et la même valeur nominale. Par

1 Voir le Traité de Le Blanc, et la Préface de Secousse, lome VI de la Collccl. des Ordonnances.

exemple, si au denier d'argent le roi, de 60 an marc, valant un sou chacun, succédait immédiatement une pièce de même poids, même empreinte et même nom, avec un cours semblable, mais dont le titre n'était qu'à 6 deniers le roi, c'est-àdire qui ne contenait que la moitié de l'argent de l'autre sou, il est évident que cette nouvelle valeur n'était que fictive relativement à la valeur intrinsèque de l'argent, et qu'en réalité deux marcs de ces espèces ne valaient pas plus qu'un marc d'argent fin.

De là les différentes faces sous lesquelles peut se présenter un prix de marc, et cette apparente contradiction des tables, qui trompe au premier regard.

Entre divers chiffres rapportés à une même date, on distinguera :

1" Le prix du marc d'argent fin proprement dit, ou d'argent le roi, monnaie ou lingot;

2° Le prix du marc d'argent converti en monnaie, ou du marc de monnaie à un titre quelconque;

3° Le prix du marc de fin payé aux hôtels des monnaies, dans la proportion fixée par les mandements;

4" Enfin le prix réel de l'argent, relativement

à sa valeur commerciale, au cours moyen de l'époque, et à la bonne monnaie.

Le prix de l'argent s'entend toujours de l'argent fin à 1 2 deniers ' : ce prix ne peut donc être exactement représenté que par la valeur numéraire d'espèces, à un titre quelconque, dans la composition desquelles il entre un marc de fin, déduction faite des frais de fabrication : le prix de l'argent converti en monnaie est donc au prix du fin comme son titre est au titre de 12 deniers.

En exécution d'un mandement du 25 avril 1360, on tailla dans un marc de matière 64 gros deniers blancs à 3 deniers de loi, ayant cours chacun pour un sou parisis ou 15 deniers tournois : c'étaient 80 sous tournois ou 4 livres au marc. Le marc d'argent monnayé valait donc 4 livres ; mais ce marc n'étant qu'au titre de 3 deniers, quart de 12, il en fallait 4 pour payer intrinsèquement un marc de fin. Le prix du marc d'argent fin était donc de 1 6 livres, ou de 4 marcs de monnaie, en ce sens que ces 4 marcs n'en représentaient qu'un de fin. 16 est le chiffre que donne Dupré sous le titre Prix de raryent fin mon-

1 Pour le moyen âge, à 12 deniers pur fin, ou 12 deniers le roi, qui ne faisaient que 11 deniers 12 grains pur fin; car l'argent le roi, qui était à f^ de fin, se divisait également en 12 deniers.

nayé : ouvrez la table du tome III des Ordonnances», vous trouverez dans la colonne intitulée Prix de l'argent monnayé^ 4 livres au lieu de 16. On voit bien, par ce qui précède, que ces deux chiffres sont également exacts; mais on conçoit en même temps la nécessité d'une explication pour faire comprendre comment le prix d'un même poids d'argent peut être exactement porté, ici à 4, là à 16 livres, sous la même dénomination Aargenl monnayé : c'est que l'un entend le prix du marc de fin contenu dans le poids, quel qu'il soit, de la monnaie qui le paye, et que l'autre a simplement en vue la valeur du marc de cette monnaie. Ainsi les mêmes tables des Ordonnances ^ portent : année 1355, 30 décembre. — Deniers blancs à 8 deniers de loi, 96 au marc, valant chacun 10 deniers, et les 96 pièces, 80 sous ou 4 liv. Prix du marc monnayé, 4 livres. — Or, à la même date, mêmes espèces, Dupré porte 6 livres ; ce qui donne en effet le prix du marc de fin, puisque, cette monnaie n'étant qu'au titre

' Page cxxxij.

' Tome III, page cxxiv, second système de distribution des matières ; car un inconvénient de ces tables, qui tient peut-être à la différence des temps, c'est d'avoir été dressées sur diirérents plans. Celles-ci ne sont pas conformes aux tables du tome II. Depuis le tome VI, l'ordre se trouve encore changé. La dernière coioimc oc-

de 8 deniers, il en faut un marc et demi ou G de ses livres de compte, pour faire et payer un marc de fin.

L'expression marc de momim'e, ou marc monnatjé, emporte une idée de distinction qui semblerait avoir échappé à la haute intelligence de Secousse; et pourtant cette expression, toute simple qu'elle est, suppléerait seule à la longue explication qu'il donne des prix différents de ce qu'il appelle un même marc.

Il nous prévient d'abord dans sa préface, d'ailleurs si instructive, du tome III des Ordonnances, « Qu'il y a deux manières de connaître le prix du marc monnoyé quand il n'est pas indiqué dans le mandement : la première, en multipliant le nombre des pièces qui composoient le marc monnoyé, par la valeur de chacune de ces pièces

ce qui, dans l'exemple tiré du mandement du 23 décembre 1356, donne 4 livres à raison de 80 pièces de 1 sou au marc. L'autre moyen est de réduire le pied de la monnoie ', d'oii résulte

cupée jusque-là par les prix de marc monnayé, et qui est celle où le travailleur prend son chiffre, contient les prix payés à l'hôtel des monnaies, en vertu des mandements ; et ceux du marc d'argent monnayé sont rejetés dans la colonne qui précède le marc d'or.

' Nous verrons plus tard ce qu'on entend par celte locution pied de la monnaie.

AU M(tYF.N Af.F.. — SECONJtK l'AUTIP.. -H:*

pour les 80 sous au marc (à 4 deniers de loi), uu prix de 12 livres. » L'auteur ajoute « Qu'il doit paraître bien surprenant que ces deux manières de connaître le prix d'un môme marc produisent deux sommes si différentes que 4 et 12; « et c'est alors qu'il s'attache à rendre raison de cette singularité*.

Le concours de ces deux chiffres n'aurait rien là de surprenant, leur différence s'expliquerait d'elle-même, si le docte commentateur, en se servant exclusivement de l'expression marc d'argent monnayé, n'avait donné lieu de supposer qu'en effet les prix de 4 et 12 s'appliquaient à un même objet, ce qui serait contraire à la vérité. Les 4 livres expriment la valeur du marc de monnaie, c'est-à-dire d'un marc d'alliage au titre de 4 deniers, dans lequel on taillait 80 sous ; tandis que les 12 livres sont le prix d'un marc d'argent, au titre de \2 deniers, représenté par 3 marcs de cette monnaie à 4. La différence de ces prix exposés en ces termes ne surprendra personne, parce qu'on y verra, tout d'abord, la conséquence naturelle de la différence des choses qu'ils représentent.

Ainsi le prix du marc d'argent fin monnayé a

' Tome m, page ex.

sa représentation dans le poids de monnaie, quel qu'il soit, contenant un marc de fin, tandis que le prix du marc de monnaie ne représente que la portion d'argent fin contenu dans ce marc; d'où il suivrait que, les espèces étant d'argent fin, ces deux prix devraient se confondre l'un dans l'autre. Cela est vrai quant à la valeur commerciale, et sauf les frais de monnayage; mais le système monétaire de nos rois impliquait une différence plus ou moins large entre la valeur numéraire et celle de l'argent matière ou lingot; circonstance qui nous conduit à l'explication d'un troisième ordre de prix, celui que payait l'État.

En principe, le prix de l'argent reçu aux hôtels des monnaies, comme matière, a toujours ou presque toujours été au-dessous de la valeur commerciale de l'argent déduite de sa valeur numéraire. C est ici que le prix se distingue essentiellement de la valeur. La différence entre les deux chiffres représentait non seulement les frais réels de fabrication, mais aussi le droit de seigneuriage qu'il était au pouvoir du prince de prélever sur cette fabrication, et d'étendre comme il le jugeait à propos'. Si le prix et la valeur du

1 « Pluris enim semper valuit marca signala quara infecta : id- « que prnpter tmrtum, ut monelarioium voce utar, quo nomine in-

Ali MOYEN AGE. — SECONDE PARTIE. 227

marc n'eussent été qu'une même chose pour l'administration des monnaies, le roi y aurait perdu ; au lieu d'un véritable impôt qu'il levait au besoin sur les nouvelles espèces, c'est lui qui aurait payé tribut au peuple; et saint Louis même, ce modèle d'ordre et de justice, ne l'entendait pas ainsi * . Le marc d'argent valant 54 sousj" deniers produisait 58 sous de sa monnaie; c'étaient 3 sous 5 deniers tournois pour ses frais et son droit de seigneuriage. L'hôtel des monnaies ne payait donc que 54 sous 7 deniers un marc de lin, dont il tirait 58 sous valeur numéraire. Ce prix du marc alloué aux changeurs était ordinairement fixé par le mandement qui ordonnait la fabrication des espèces. Quand elles étaient bien réglées au titre de 12 deniers le roi, la différence, peu sensible, ne changeait rien aux autres prix de commerce; mais dans les temps de troubles et de désastre, aux époques de la plus grande perturbation de l'économie monétaire, le prix fixé par les ordonnances était rarement en rapport avec la valeur du métal qu'il payait, même sous la déduction des bénéfices de droit. On le trouve

« telligitur vectigal quod princeps ex una quaque raonetœ signalai « aut cusa; marca percipit. » [Cawi. Gloss. v. Mauca stendata.) 1 Le Blanc, Traité des monnaies, page 191 du texte.

"liH APPRÉCIATION DK LA FORTUNE PRIVÉE

souvent rédiiil, au point qu'aucun changeur n'aurait pu l'accepter librement, et que les capitalistes ne le recevaient en échange des espèces décriées que lorsqu'ils ne pouvaient faire autrement. Alors ce prix n'était plus qu'une fiction à la charge du commerce, et un impôt renforcé sur la monnaie, au profit du monarque. Exemples : après avoir ordonné la fabrication de nouveaux deniers blancs, le mandement du 30 décembre 1355 porte : « En faisant iceulx deniers blancs... monnoyer surtelz coingz et formes comme vous

verrez que il appartiendra et en donnant à

tous iceulx changeurs et marchands, de chascun marc d'argent que ils apporteront en icelles (hôtels des monnaies), allayé à 8 deniers de loy du dict argent le roy , cent cinq solz tournois '. » Il suit de là que, pour un marc d'argent le roi qui valait réellement 6 livres en cette monnaie au titre de 8 deniers, les changeurs recevaient 5 livres 5 sous, et que la retenue au profit de l'État était d'un huitième. Malgré l'élévation de ce chiffre, qui excédait le bénéfice ordinaire, ce n'était pourtant pas encore la part du lion, et le marc de fin pouvait être réputé ne valoir que 5 livres 5 sous. Mais il arrivait quelquefois, dans

* Tome III de la Collect. des Ordonnances, page 38.

AU MOYKN AGE. — SECONDE l'AHTlE. 2^20

l excès d'un abus poussé par le besoin à ses plus funestes conséquences, que 1 exagération de ce bénéfice n'était plus même une déception, tant le mensonge du chiffre fixé était évident; et, en pareil cas, on ne peut plus voir dans le règlement du prix donné aux hôtels des monnaies, un acte sérieux à consulter sur la valeur réelle du marc d'argent. Tel est le prix imposé par le mandement du 23 novembre 1356. Le marc de fin, en bonne monnaie argent le roi, aurait valu à cette époque un peu moins de 5 livres; on en tirait 4 d'un marc de matière au titre de 4 deniers, dont il fallait 3 marcs ou douze livres pour payer 1 marc de fin; et le prix fixé n'était que de 7 livres 8 sous. Or une exaction aussi palpable ne pouvait détermineraucun changement réel de valeur : elle n'établissait rien, si ce n'est que le roi donnerait 7 livres 8 sous de sa nouvelle monnaie pour un marc d'argent fin qui en valait 1*2 en mêmes espèces : la différence était de g^ entre le prix vrai et la fiction bursale dont les détenteurs de monnaies décriées et les marchands faisaient les frais. On n'avait pas honte de les voler; mais, comme si on eût rougi d'en convenir, le mandement semblait promettre tout autre chose que ce qu il accordait. On lisait dans

^30 A1>I>UÉCIATU)N l)l-: LA FORTUNE PRIVÉE

celui du 23 novembre : « Sera donné à tous changeurs et marchands de chascun marc d'argent allayé à 4 deniers de loy 7 livres 8 sous tournois : » ce que l'hôtel des monnaies traduisait par 2 livres 9 sous 4 deniers, faisant le tiers du prix alloué, comme le marc de monnaie faisait le tiers du marc de fin.

Le résultat de ces exactions ruineuses, les moyens que les capitalistes et les changeurs mettaient en usage pour y échapper importent peu au but que je me propose dans ces observations ' ; j'en conclurai seulement qu'entre les prix de marc fixés par les ordonnances, il s'en trouve qui sont loin de représenter exactement la valeur de l'argent, et qu'alors ils ne pourraient que vicier les évaluations dont ils feraient la base.

. Quant au prix que j'ajoute aux trois premiers, sous la désignation de prix réel de l'argent, on ne le trouvera dans aucune table, du moins sous ce titre, parce qu'en effet il ne résulte d'aucun témoignage ainsi formulé dans les chartes contemporaines. On ne doit y voir qu'une sorte d'abstraction, une manière déconsidérer la valeur de l'argent relativement à la monnaie bien réglée,

^ A cet égard, je ne pourrais que copier Secousse. — Voir note M. — V. aussi Le Blanc, ubi sup., pp. 214 et suiv.

AU MOYEN AGE. — SECONDE PARTIE. iôl

quand les prix du jour n'en sont qu une réflexion trompeuse. C'est ce qui arrive dans les temps où l'altération désordonnée des espèces et lesurhaussement subit de la valeur numéraire ne permettentplus de distinguer le produit de ces violences, du mouvement régulier du commerce, qu'elles ne font que troubler et suspendre. On concevra donc des circonstances où les prix donnés par les tables ne suffisent plus, et peuvent, ou même doivent être écartés par un autre prix à reconnaître.

Quelques nouvelles remarques sur les abus du monnayage rendront plus sensible le mérite et la porlée de cette distinction.

L'altération des monnaies avait toujours pour fin l'accroissement actuel de leur puissance commerciale. On n'a pas oublié que le prince arrivait à ce but par deux voies déjà indiquées, soit en surhaussant la valeur numéraire des espèces, comme en attribuant à un sou d'argent le roi, la valeur de deux; soit en faisant d'un sou de cet argent, deux sous au même type et de même poids, mais dont chacun ne contenait qu'une moitié d'argent alliée à un poids semblable de cuivre ou d'étain. Le résultat était le mêmej c'était, dans l'un et l'autre cas, doubler la puissance

232 AI'PRÉClAilOiN IIK LA lOUTLiM-: l'UlVÉlO

de l'argent monnaie, sans addition de valeur réelle; et de là le doublement immédiat du prix de l'argent matière ' : je dis du prix et non de la valeur de l'argent; ne confondons pas les termes. Mais cette violation de la foi publique ne s'accomplissait pas sans quelques précautions, et le coupable tâchait d'en dissimuler, autant qu'il était possible, la laideur et le vice. C'est ainsi qu'en ordonnant la fabrication de nouvelles espèces en tout semblables àla monnaie courante, excepté dans le titre qu'on affaiblissait, comme pour les distinguer des bonnes qu'elles remplaçaient, on y mettait une marque désignée sous le nom de différencej le mandement recommandait « d'y mectre la différence la moins apercevant que l'en pourroit, » ou bien « de n'en mectre

' On doublait ainsi la puissance réelle de l'argent monnaie, mais non ia valeur de l'argent marchandise, qui ne se trouvait changée que dans son expression numérale. Quelquefois ces deux moyens concouraient dans une même action à l'atîaiblissement d'espèces dillerentes. Quoique l'argent ne valût que 3 livres en 1336, et l'année suivante 4 livres , moyenne de l'époque , en 1338 on tailla dans un marc d'argent le roi, 60 gros ou 120 sous, dont la valeur numéraire porta le marc de fm à 6 livres. On fabriqua en même temps, cl d'après la même ordonnance, d'autres gros au titre de 8 deniers, dont le marc donnait 4 livres; mais, comme il ne contenait que deux tiers d'argent, le marc de tin se trouvait porté à G livres dans cette monnaie comme dans l'autre : c'est ce qu'en termes monétaires, on appelle rsju'rrs n'piiiiollpcs, im dont la valeur intrinsèque est réglée à rcquipollenl l'iuie de l'autre.

AU MOYEN Atil-;. SECONDE PARTIE. '207)

« aucune et pour cause, » ou il s'expliquait en ajoutant : « pour tenir la chose plus secrète* ; » ce qui donnerait lieu de supposer que l'ordonnance même était un secret, si le fait n'était d'ailleurs avéré. Mais on ne se bornait pas à tromper le public ; on abusait encore de la bonne foi des changeurs, en les payant avec des espèces au-dessous du titre spécifié dans les ordonnances. Alors le mandement, tenu secret comme un crime, menaçait les maîtres et les employés des monnaies du châtiment le plus sévère , s'ils osaient révéler ce mystère d'iniquité aux marchands, qui en devenaient les premières victimes ^.

Dans ce cauteleux système de réticences, de fraudes timides et de hardis mensonges, on devait naturellement préférer, entre deux moyens de déceptions, celui qui était le moins sensible aux yeux du plus grand nombre. Il n'était pas facile de faire croire que 40 grains d'argent fin, qui ne valaient hier qu'un sou et ne valaient que

' Ordonn. du 27 juin 1360, et autres.

'^ « Sur le serment que vous avez au Roy, tenez celte chose sccrette. » (Mand. du 24 mars 1360.)— « (lardez si chers comme avez vos honneurs, qu'ilz (les cliangeurs) ne saichent la loi (le litre) par vous, à peine d'eslre déclarez pour Iraistres. (Mandcm. de septembre 1361.)

cela, on vaudraient deux aujourd'hui; il n'y avait intelligence si étroite qu'elle pût être pour laquelle une pareille déclaration ne fût une absurdité, et dès lors une insigne tromperie.

Le moyen du surhaussement était donc rarement employé, si ce n'est en forme de crue, parce que la crue ne s'opérait que par degré, comme nous le verrons plus bas.

On trouvait moins d'inconvénients à diminuer la valeur intrinsèque des espèces par l'altération de leur titre, en leur conservant la même valeur numéraire, et sans y apporter aucun changement apparent. Le vice, ainsi réfugié au cœur de la monnaie, ne se révélait pas aussi subitement à l'esprit du peuple, et le temps qu'il lui fallait pour le comprendre en amortissait le coup.

Supposons 80 sous argent le roi portant la valeur du marc à 4 livres, et Pe prix alloué aux changeurs à 3 livres 10 sous : différence, 10 sons pour les frais et le droit. S'il s'agissait de doubler la puissance numéraire de ces espèces pour la mettre de niveau avec le besoin du moment, au lieu de faire des 80 sous, 160 sous, en diminuant leur poids de moitié, ou d'en maintenir le poids sous une valeur double, on n'en changeait que le titre, qui de 12 deniers était réduit à 6;

Al! MOYEN Af.K. SECONDE PARTIE. -2Ô5

et comme les 80 sous ne valaient plus intrinsèquement que 40, ils ne représentaient plus que la valeur d'un demi-marc de fin au prix de la veille ; conséquemment il en fallait 160 ou 8 livres pour payer le marc entier. Mais qui ne voit que prix et valeur sont ici deux choses toutes différentes ? Il est physiquement vrai que le marc d'argent fin valait 8 livres en monnaie du jour, mais il est moralement faux que cette monnaie valût 8 livres réelles : ce prix n'était qu'un accident étranger au mouvement du commerce, une exception à la loi commune de l'époque, un fait isolé qui n'établit rien contre une succession de faits différents où est l'état réel des choses. En un mot, dans le cas proposé, le marc d'argent valait en réalité le lendemain ce qu'il valait la veille ; il valait 4 livres, seulement ce prix était représenté par 8 demi-livres que l'ordonnance du jour nommait livres; c'était la même valeur sous un chiffre différent.

On remarquera qu'il n'est ici question que des monnaies altérées sous la valeur nominale d'espèces de bon argent; car la monnaie d'alliage dont la valeur nominale se trouvait réduite dans la proportion de son titre, n'était pas moins bonne que les espèces au titre le plus élevé. Par la même

256 APPRÉCIATION mi LA 1 OKTIJNH PUlVtE

raison, les espèces au titre de 12 deniers dont le surhaussement exagéré supposait une valeur intrinsèque qu'elles n'avaient point, bien qu'elles fussent d'argent fin, n'en étaient pas moins de la mauvaise monnaie. Dans l'un et l'autre cas, le chiffre du marc de fin paraîtra d'autant plus excessif que l'altération du titre ou du poids des espèces sera plus forte; et c'est alors que le besoin de distinguer l'apparence de la réalité dans les chiiîres de valeur sera naturellement senti.

Le moyen en serait facile pour les monnaies d'alliage, si la surélévation de leur valeur nominale était toujours en raison inverse de l'affaiblissement de leur titre. Dans cette hypothèse, le prix du marc monnayé donnerait le chiffre de la valeur réelle, parce que celle-ci serait à la valeur nominale des espèces comme l'argent fin à leur litre.

Les gros blancs fabriqués d'après le mandement du 25 mai 1359 étaient dans ce cas'. Le marc monnayé valait 4 livres 10 sous, au titre de 3 deniers ; c'était quatre fois la valeur intrinsèque de ces livres, qui ne contenaient qu'un quart de marc de fin ; le marc entier n'aurait donc valu que 4 livres \{) sous en bonne monnaie, sauf la

' Table dut. VI dcsOidoMn.,p. 28 ;elp. 34i du tcxlc, l. 111.

retenue ordinaire ; et telle était", en elTet, la valeur réelle de l'argent fin, quoiqu'elle fût représentée par 18 livres de ces espèces. Mais l'abus des monnaies alliées n'était pas toujours porté à cet excès de corruption. Outre celles dont la valeur numéraire se trouvait en rapport avec leur titre, il y en avait d'autres où raffaiblissement du titre était compensé, en partie, par la modération de cette valeur ; comme si le marc monnayé des gros blancs de 1359 n'eût valu que 2' 10% au lieu de

viœ.

Un prix de marc en valeur de monnaie affaiblie ou altérée ne conduirait donc pas à l'appréciation de la valeur réelle de l'argent; maison peut arriver à ce but par la comparaison des prix d'un certain nombre d'années, en diverses espèces fabriquées sous un même règne, ou même dans une période plus restreinte.

Par exemple, à l'une des époques les plus agitées du xv^ siècle, de 1422 à 1436, vous trouverez que le marc de monnaie, soit d'argent le roi ou d'alliage, varie de 1 livre 17 sous à 7 livres; mais que la valeur numéraire des espèces est toujours réglée de telle sorte qu'on taillait de 7 livres à 7 livres 10 sous dans un marc de fin, dont l'administration des monnaies donnait de 0 livres

15 SOUS à 7 livres*. L'argent fin valait donc environ 7 livres, prix de commerce : vous prendriez donc 7 pour chiffre moyen de sa valeur réelle dans la période indiquée ; et si, toutes choses égales d'ailleurs, une autre monnaie du même temps vous donnait un prix fort au-dessus de 7, vous le rejetteriez comme le produit fictif d'une surélévation instantanée, qui ne prouverait rien contre les autres chiffres.

Au reste, ce fait d'une valeur réelle et plus ou moins durable, indépendante du règlement des prix monétaires, résulte incontestablement de l'économie et des termes de diverses ordonnances qui le consacrent comme une base à laquelle on doit revenir. Le mandement du 22 août 1343 paraîtra d'autant plus décisif sur ce point, qu'il n'est intelligible que dans le sens de la distinction dont il s'agit. Voici l'échelle de valeurs numéraires décroissantes qu'il établit pour les

1 V. la table du tome XllI des Ordonn,, pages de xciv àxcviii, sous les dates de

Novembre.

Juin. . . .

Mai. . . .

Janvier. .

Décembre.

Septembre, etc.

monnaies surhaussées qui étaient alors en circulation; j'y ajoute le prix du marc de fin monnayé' :

1°Gros tournois d'argent, au titre de 12 deniers le roi. 60 au marc, valant chacun 3 sous 9 deniers. — Prix du marc de fin monnayé. . 1 V 5'

2° Le même gros tournois, même titre. GO au marc, valant chacun 2 sous 6 deniers. — Prix du marc de fin monnayé 7' 10'

3" Même gros, même titre. 60 au marc, valant chacun 1 sou 3 deniers. — Prix du marc de fin monnayé 3' 15'

4° Deniers blancs à la fleur de lis, au titre de 6 deniers. 120 au marc, valant chacun 9 deniers, et les 1 20 pièces 4 livres 1 0 sous. — Prix du marc de fin monnayé 9'

5° Mêmes deniers blancs, même titre. 120 au marc, valant chacun 6 deniers, et les 120 pièces 3 livres. — Prix du marc de fin monnayé. . G'

6° Mêmes blancs. 120 au marc, valant chacun 3 deniers, et les 120 pièces 1 livre 10 sous. — Prix du marc de fin monnayé 3'

Comment concilier ces prix si différents d'une même monnaie? La sécheresse des tables en fait

' V. pour le texte de cet acte, tome II, page 182 des Ordonn., et pour le titre et la valeur des espèces, tome VI, page 12 des tables.

'210 Ar'PHKClATION 1»K l.A FORTINF. PRIVKE

une énigme; mais toiil s'explique par le préambule de l'ordonnance, qui annonce l'intention de ramener les monnoies à bon estât' ^ et qui, à cette lin, règle les époques auxquelles elles perdront successivement de leur valeur fictive, jusqu'à ce qu'elles soient descendues à un taux déterminé. Or ce degré de baisse où le prince veut revenir, comment l'entendre, si ce n'est du point d'oii il était parti, c'est-à-dire d'une valeur réelle ou normale que n'avait pu annuler le fait d'une valeur fictive, et que le commerce n'avait pas cessé de reconnaître \ Ainsi, le gros tournois d'argent fin dont la valeur numéraire élevait le marc de même

' Le prince était intéressé à ramener la mauvaise monnaie à sa valeur réelle, parce que le trésor, ne la recevant plus que pour celle valeur, y gagnait tout ce que le public devait perdre à la dépréciation. L'annonce d'une réduction fw/we de valeur numéraire avait, d'ailleurs, le grave inconvénient de faire resserrer les denrées de première nécessité, et principalement les grains, que les marchands gardaient pour ne les vendre qu'en bonne monnaie. Tel est l'effet que produisit le mandement du 22 août 1343, et qui motiva l'ordonnance d'exécution immédiate du 2G octobre suivant, dont le préambule porte : « Depuis ce, par la grand clameur de nostre puepie, soit venu à nostre cognoissance que pluseurs groz marcheanz et autres qui sont garniz de blez et de vivres et d'autres marchandises, recellent leurs diz blez et vivres, et ne les veulent exposer à vendre au fuer de la monoye courante à présent, en attendant que nosdites monoyes fussent venues à leur droit cours et abaissiées...» (Ordonn.,t. II, p. 191 et 192.)

- C'est ainsi que, de son propre aveu, Le Blanc a établi la valeur du marc d'argent au commencement du règne de Philippe le Bel, valeur que n'indique aucun mandement connu, « Je crois, » dit cet

AU MOYl'N Af.E. — SKC-ONOr. PARTIE. 241

argent à 1 1 livres 5 sous, ne devait conserver celte valeur que jusqu'à Pâques fleuries ; de là jusqu'à la fin de septembre suivant, il ne devait plus valoir que 7 livres 10 sous; et après cette époque, 3 livres 15 sous, dernier prix fixé, et qu'on doit supposer en rapport avec la valeur réelle de l'argent au cours du mois d'août 1343 '. Or il y a loin de ce prix aux 1 1 livres 5 sous que donnait alors le marc des mêmes espèces d'argent fin.

On voit par ce chiffre de 1 1 que les observations qui précèdent sur les monnaies d'alliage ne sont pas moins applicables aux espèces d'argent fin surhaussées dans leur valeur numéraire. Et, en effet, que l'affaiblissement de la monnaie consiste dans le titre ou dans le poids , il résulte toujours de la même valeur nominale conservée à une moindre valeur intrinsèque , une fiction

auleur, « que le marc... valoit (alors) 56 sous 6 deniers tournois... (;e qui me donne cette pensée, c'est que quand Philippe le Bel revint à la forte monnoye, l'an l 305 (20 ans après), et qu'il voulut... ramener et faire retourner nos monnayes à leur cours et ancien estât, il mit le marc d'argent à 55 sous G deniers tournois. » [Ubi sup., p. 206.)

1 La décroissance du denier blanc à 6 deniers de loi arrivant à •3 livres, la moyenne des deux valeurs serait de 3' 7' G'' ; mais l'argent fin de la monnaie d'alliage se payait un peu moins que la matière au titre d'argent le roi ; il vaut donc mieux s'en tenir ici an chillre (le 3' 15'.

IG

monétaire qu'on ne doit pas confondre avec la réalité commerciale.

Au mois de novembre 1338 ', on mit en circulation des gros tournois d'argent à 12 deniers le roi. 60 au marc, valant chacun 2 sous , prix du marc monnayé 6 livres. Ce chiffre ne pouvait dériver que d'un surhaussement de valeur numéraire. Les 6 livres de cette monnaie valaient sans contredit un marc de fin , mais il ne s'ensuit pas que ce marc valût réellement 6 livres de l'époque. Sa valeur réelle, à celte époque, ne pouvait excéder 3 livres 1 5 sous. Tel était le prix ordinaire de 1333 à 1336, et nous le retrouvons encore dans les règlements d'août et d'octobre 1343.

Ce n'est pas que l'augmentation du prix de l'argent fût de soi un vice ou un acte arbitraire; le vice ne consistait que dans l'excès; la hausse de ce prix pouvait n'être que la conséquence naturelle de besoins extraordinaires et pressants qui rendaient la ressource, c'est-à-dire l'argent, plus rare et plus précieuse relativement à sa plus grande nécessité. En pareille conjoncture le métal renchérissait comme objet de commerce, indépendamment de la valeur que le prince pou-

' En vertu du mandement du 31 octobre de celte année 1338, V. t. VI des Ordonn., p. lO des tables.

vait lui attribuer en le faisant monnaie ; et de là l'accroissement progressif du prix payé par l'Etat aux changeurs et aux marchands , en monnaie bien réglée. Mais l'influence commerciale n'allait pas au point de quintupler, en quelques années, la valeur de l'argent; et celle du marc de fin monnayé, porté par Philippe de Valois de 3 à 15 livres , ne pouvait s'entendre que de l'acte d'une puissance absolue. C'est alors que la fiction est patente, et qu'elle doit éveiller notre attention.

On comprendra donc que, dans le cas de surhaussement manifeste, comme en ce qui concerne la monnaie d'alliage, on ne doit pas adopter légèrement les chiffres des tables, et qu'il importe, avant tout, de les comparer avec les valeurs réelles, qui peuvent, qui doivent même les exclure en certaine circonstance. Je reviendrai sur cette dernière condition d'exactitude.

Nous avons à examiner ici le mérite de l'option que les tables laissent à faire entre différents prix déduits d'une même monnaie, et les raisons qu'on peut avoir de rejeter l'un ou l'autre , selon ce qui porte à les consulter.

Sur les quatre prix dont la différence vient d'être expliqués, il n'en est, à proprement parler, que deux qui soient d'un usage général en

'li'i APPKÉr.lATlON I)F LA FORTI'NE PRIVÉE

matière d'évaluations, et qui figurent dans les tailles autres que celles des ordonnances, sons des titres spéciaux. C'est le prix du marc d'argent fin monnayé, et le prix payé aux hôtels des monnaies pour un marc d'argent fin matière.

Le prix du marc de monnaie, quel qu'en soit le titre , est toujours contenu dans le chiffre du marc de fin monnayé ; il ne s'en distingue point, sauf la retenue, si les espèces sont de fin ; il en fait une fraction déterminée qui conduit au chiffre de l'entier, s'il s'agit d'une monnaie d'alliage. Un marc de monnaie au litre de 6 deniers étant porté à 6 livres, il sera clair que le marc de fin monnayé valait 12 de ces livres. Quanta la valeur réelle de l'argent, on a vu qu'elle est demeurée étrangère à Tordre commun des tables, et nous n'aurons plus à nous en occuper que comme d'une exception. La question à examiner peut donc se renfermer dans l'alternative entre deux chiffres, dont l'un donnerait la valeur du marc d'argent fin converti en monnaie, et l'autre, le prix du même argent payé comme matière en cette monnaie.

Il convient d'abord de se représenter le but qu'on se propose en cherchant le prix du marc sous une date donnée.

AU MOYEN XGE. — SECONDE l'AHllE. :> io

On peut n'avoir en vue qu'un fait particuliej*, ou tendre à connaître un état de choses commun à toute une époque : ce sont deux cas difYérents qu'on ne saurait confondre; commençons par le premier.

Il rentre dans l'intention commune au plus grand nombre , qui est d'arriver à la solution d'un problème tel que celui-ci : un objet acheté en l'année 1310 a coulé 3 livres de compte en monnaie d'argent de l'époque : quelle était la valeur de cet objet, et d'abord de cette monnaie , relativement à la valeur numéraire actuelle.

La proportion à reconnaître ne sera juste qu'autant qu'elle s'établira entre des choses déterminées, comme le sont deux masses d'argent de même poids et au même titre. On prendra donc pour termes de rapports la valeur de l'argent lin. Reste à savoir quelle est l'expression la plus exacte de cette valeur.

Le marc d'argent fin de saint Louis, quoiqu'il ne coûtât que 54 sous en lingot, n'en représentait pas moins 58, puisqu'on y taillait 58 sous, comme le même poids d'argent vaut aujourd'hui 54 francs 38 centimes, quoique l'administration de la monnaie ne le paye que 53 francs 84 centimes. Sans doute la différence du temps

de saint Louis est plus grande que celle de nos jours; il y a plus loin de 54 à 58, que de 53 ^ à 54,^-; mais la première étant, ainsi que la nôtre, une condition de la monnaie bien réglée de l'époque, elle ne se faisait pas sentir dans les prix de commerce; on échangeait alors au pair un marc de matière argent le roi, pour 54 sous monnaie qui ne contenaient que || de cet argent, comme on échange aujourd'hui un marc de fin contre 53 francs 84 centimes qui ne contiennent que 5^ de ce marc.

Dans tous les temps, le commerce français a supporté sans difficulté les frais de fabrication et même le droit de seigneuriage prélevés sur la monnaie royale , tant que cette charge n'a pas excédé les bornes d'usage. Au commencement de notre siècle, on échangeait encore au pair les guinées, exemptes de tout impôt de monnayage, contre nos louis des derniers règnes, quoiqu'on ne pût ignorer qu'ils étaient chargés d'une doublç retenue pour le remboursement et le droit du prince*.

D'un autre côté , c'est un rapport de valeurs

' Voir Smith, Stewart, et Mongez dans ses Considérations générales sur les monnaies. Paris, an iv ; OU l'Introduction au Traité des ihonnaies àc P, Fréd. Bonneville. Paris, 1806, in-fol.

qui nous occupe : dous cherchons ce qu'est un prix ancien au prix d'un objet analogue de nos jours; il s'agit, en un mot, de comparer deux prix ; et , pour que la comparaison soil exacte entre ces termes , il faut qu'on puisse logiquement conclure de l'un à l'autre, il faut que ces termes soient de même nature. Or le prix de nos jours auquel nous comparerons tous les autres s'entendra nécessairement de la représentation d'une valeur marchandise en monnaie courante : le prix ancien ne pourra donc signifier autre chose; ce sera donc une somme d'argent fin monnayé à comparer avec le prix actuel du même poids d'argent fin converti en monnaie; c'est donc le prix du marc de fin monnayé qui devra servir de base à cette opération.

Ainsi, le marc de fin monnayé est exactement compris dans 54 francs 38 centimes : si nous supposons 5 livrés de compte de Philippe "Vï contenant aussi le même poids de même argent, nous dirons que la valeur actuelle d'un objet qui aurait coûté 15 livres de cette monnaie doit être à son ancien prix comme 54 i^ est à 5; ou , en d'autres termes , que cette valeur doit égaler le produit du prix ancien multiplié par autant d'unités que 5 est contenu de fois dans 54 ^. Or ce

248 APPRÉCIATION DE LA FOUTl NK PIllM'E

produit sera de >I63 francs 14 centimes, et il sera exact, parce que le rapport qu'il établit aura pour termes des prix de même nature.

Sachons maintenant si l'on pourrait supposer le même mérite dans le résultat d'un calcul auquel on donnerait pour base , au lieu du prix du marc de fin monnayé, le prix payé par l'hôtel des monnaies d'après les ordonnances.

Sans doute, ce ne sera plus le prix réel, ou sans retenue, de 54 francs 38 centimes, mais celui de 53 francs 84 centimes que donne actuellement l'administration des monnaies, qu'on mettra en rapport avec le prix ancien de la même administration. On comparera donc des choses de même origine; mais sera-ce des choses de même nature? Non.

Le tarif moderne de la monnaie pose sur des bases stables; son prix est toujours le même, en ce sens qu'il a pour régulateur une proportion constante entre la valeur réelle du marc et le prix que l'Etat en donne, tandis que l'ancien prix n'avait et ne pouvait avoir pour règle une proportion rigoureusement déterminée. Le prix moderne représente la valeur réelle de l'argent , moins une fraction invariable de cette valeur : l'ancien ne représentait qu'une partie variable

AU MOYEN At;E. — SECONDE PARTIE. iVd

de la même valeur, plus ou moins respectée ou méconnue par Texercice d'un pouvoir discrétionnaire et d'un droit indéfini. Nous avons vu que la fixation de ce prix, devenu un masque d'impôt, a été quelquefois surbaissée au point que la somme de monnaie échangée contre un marc de fin contenait à peine les deux tiers de ce poids d'argent. Qu'un abus aussi monstrueux doive être considéré comme une exception, soit; mais, en thèse générale, les prix des hôtels des monnaies étaient beaucoup plus bas dans le moyen-âge qu'ils ne l'ont été depuis trois siècles, et alors même qu'ils étaient réglés au pied de bonne monnaie , le prélèvement des frais de fabrication, grossi d'un bénéfice réel, pouvait encore les faire descendre au-dessous de la proportion des derniers temps. On en jugera par le gros tournois de saint Louis , type révéré de la monnaie de son âge. Ce prince ne payait pourtant que 54 sous un poids d'argent contenant 58 de ces sous. La retenue était de près d'un quinzième, c'est-à-dire plus de six fois le montant de la retenue actuelle , qui n'est que d'un centième. Si cette différence, alors peu sensible, s'efface encore pour nous sous la loi de l'époque, il n'en peut être ainsi de celle qui s'établissail

entre le prix payé à la monnaie et la valeur intrinsèque du marc de fin en espèces alliées , puisque, dans les temps de gêne, elle ne se mesurait plus qu'aux besoins de l'État. Parmi beaucoup d'exemples de ces prix surbaissés, quelques-uns suffiront pour faire comprendre l'erreur à laquelle ils pourraient conduire comme base d'évaluation monétaire : c'est Le Blanc qui nous les fournira ; car il donne les prix des hôtels des monnaies , et , ce qui est à regretter , il n'en donne pas d'autres.

13 novembre 1338. — Gros au titre de 8^ 96 au marc, valant chacun lO'', et les 96 pièces, 80' ou 4'. Il fallait 6 de ces livres au tiers d'alliasje pour représenter un marc de fin ; le prix de l'argent fin monnayé était donc de 6', et l'Etat n'en donnait que 4' 12' de cette monnaie.

43 février 1340. — Gros au titre de G". 96 au marc, valant chacun 15**, et les 96 pièces, 120' ou 6' à la moitié d'alliage. Le prix de l'argent fin monnayé était de 12', et l'État ne le payait que 9' 12*.

En mai 1420, on fabriqua des espèces dont 40',

valeur numéraire, ne contenaient qu'un marc de

fin , et ne valaient en réalité que 8' 5'. Le prix

de l'argent fin monnayé était de 40", mais l'État n'en donnait que 26 de ces livres.

L'unique colonne des prix de Le Blanc nous apprend donc que le marc d'argent fin valait :

En novembre ^1338. —4' 12% (au lieu de 6', prix du fin monnayé).

En février 1340 — 9' 12' (au lieu de 12').

Et en mai 1420 — 26' 00' (au lieu de 40').

La différence est de près d'un quart pour les deux premiers prix , et d'environ un tiers pour le dernier.

Or il est évident qu'un objet de commerce qu'on aura payé 6 livres en monnaie de novembre 1338 a été réellement échangé contre un marc d'argent fin représenté par ces 6 livres, et conséquemment que sa valeur actuelle doit être à son ancien prix comme le prix sans retenue de notre marc de fin monnayé est à 6 livres, c'est-à-dire qu'elle égalera 54 f 38*^ *.

Au lieu de 6' prenez 4' 12% chiffre de Le Blanc, et faites-en la base d'évaluation du même objet payé 6. Sa valeur actuelle devra être à son ancien prix comme le prix actuellement payé par la monnaie est aux 4' 12' qu'elle payait en 1338,

* Toujours abstraction faite du pouvoir de Targent.

iJ52l API'IIKCIATION lu: LA I-OUTIINK IMUVKl'

et vous aurez pour résultat 70 fr. 22 cent. : différence, 15 fr. 14 cent.

Cependant , s'il est vrai qu'un marc d'argent lin monnayé de l'an 1338 égalait, en valeur numéraire , 54f 38*^ , prix actuel du même poids d'argent, il est certainement faux que la valeur d'un objet échangé contre les 6 livres que produisait ce marc égale 70' 22" de nos jours.

D'une autre part, le surbaissement excessif du prix du marc n'était au fond qu'une mesure vaine, un acte hasardé qui demeurait sans efl'et, ou dont l'effet n'était que négatif, parce qu'il n'avait pas de sanction possible dans l'obéissance .de ceux qu'il obligeait. Il était aisé de déclarer qu'on recevrait pour 5 une valeur de 8; mais qu'en arrivait-il ? C'est que les changeurs et les capitalistes , qui ne pouvaient se résoudre à donner huit onces d'argent pour cinq, gardaient leurs espèces ou leurs lingots, et que le chômage inévitable de l'hôtel des monnaies forçait bientôt le prince à se montrer plus juste. On a des exemples de prix appliqués à une même monnaie, et portés en quelques mois par crues de 10, 20 et 30 sous, au double de leur premier état. Ces oscillations éphémères , non du commerce, mais d'une mauvaise administration; ces prix si di-

Al! MOYF.N ACE. SF.CONDi: PARTIR . 'li)7,

vers d'une même chose marcliandée sans conscience provenaient bien moins d'une plus grande rareté de l'argent que de sa moindre affluence aux hôtels des monnaies; et cependant nous les voyons figurer dans les colonnes du marc comme autant de variations réelles d'une valeur commerciale. Qu'on ait dû les constater comme faits, cela se comprend ; mais le fait d'une succession de crues aussi rapide est de soi la preuve de la nullité de ces prix dans leur surbaissement. Ce mot crue, souvent employé et non expliqué dans les tables des ordonnances^ signifiait deux sortes d'augmentations : l'une qui s'entendait d'un plus grand nombre de pièces de même type tirées d'un même marc d'argent; c'était un surhaussement de la valeur numéraire * ; l'autre qui se disait de l'élévation du prix de marc alloué aux changeurs, et c'est le cas présenta Du mois de

1 « Voulons que toutefois et quantes que vous verrez que bon et proulitable sera de croistre le prix en or et argent et affoibUer les pois des monnoies... vous faciez faire, toutefois sans muer ne chantier loi... n (Mandement du 6 février 1340.) Et en vertu de cet acte, les gens des comptes ordonnent que les deniers d'argent dont on faisait 84 au marc, soient portés à 96. (T. VI des Ordonn., p. x du suppl.)

* Voici un exemple curieux de cette sorte de crue. C'est l'évéque de Beauvais qui l'ordonne au nom du roi, et la naïveté du dispositif équivaut à ceci : Vous agirez, messieurs des moimales, comme bon vous semblera pour noire plus grand profit, car vous vous y entendez mieux que nous; et d'ailleurs nous avons assez d'autres allai res

mai à la fin de septembre 1355, le prix payé par le roi varia de 6' 10' à 16^ — Le 22 mai, le marc de fin monnayé étant à 12' 10% l'hôtel des monnaies donnait 6' 10"; au mois de juillet, son prix était de 10', quoique le même marc ne fût qu'à 12' 16"; et en septembre , il ne payait que 12' 10" de ce marc, dans lequel on taillait alors 20 livres. Les 6' 10', au titre de deux deniers 12 grains, contenaient un peu plus d'un demimarc de fin; les 10', au titre de trois deniers 9 grains, en contenaient plus des six huitièmes; et les 12' 10", à trois deniers, en contenaient plus des trois cinquièmes *.

Voilà donc trois fractions inégales d'un marc d'argent fin, offertes successivement en échange ide ce poids d'argent, et dont l'une n'en représentait que la moitié^! Ce ne sont pas là des prix :

à débrouHler sans nous charger des vôtres. « Nous avons bien veu ce que escript nos avez sur ce que eu avis avecques les mestres de nos monnoies, bon vous semble que l'en donnas! en chascun marc d'argent cinq solz tournoiz... plus que l'en faict à présent, ou aultreraent nos monnoies se cesseroient d'ouvrer. Si vous mandons que... vous en ordenez du tout si comme bon vous semblera pour nostre prouint ; car nous vous en chargeons du tout, mesmement pour ce que en telle besoignes nous ne nous cognoissons pas si bien comme vous... et si nous sommes assez chargiés d'autres besoignes. » CMand. du 16 janvier 1339, t. VI des Ordonn., p. vij du suppl.)

* Tome III des Ordonn., page cxxiv des tables, et pages 2, G et 16 du texte.

du moins n'est-il pas possible d'y reconnaître une variation réelle de la valeur commerciale ; et cette circonstance ne pourrait que fortifier nos observations sur l'inconvénient des prix d'ordonnances, des seuls prix que donne Le Blanc. Ses chiffres sont exacts, sans doute; mais les prix qu'ils établissent cesseraient de l'être au point de vue où nous les considérons ici.

On doit donc, en général, et particulièrement dans la période de 1 300 à 1 423, préférer au prix de l'hôtel des monnaies, dont la fixation était purement arbitraire, le chiffre du marc d'argent fin monnayé, qui n'est et qui ne saurait être le produit d'aucune convention indépendante des espèces bonnes ou mauvaises d'où il dérive. Non seulement ce chiffre donne le rapport exact de la valeur numéraire avec l'argent fin, mais on est toujours à même de le vérifier, puisqu'il n'est que la conséquence mathématique d'une monnaie définie.

Cependant, on n'aura point oublié qu'en exposant les motifs de celte préférence, nous avons toujours supposé le cas où l'évaluation aurait pour objet un fait particulier, ou une suite de prix évidemment en rapport avec une monnaie donnée. Tel serait le prix d'un selier de blé, d'une jour-

■^5)} APPHKCIATKtN IIK LA FOHTUNI', PltlVKK

née de travail, d'une pièce d'étoffe achetés ou payés à une époque certaine ; c'est alors qu'on ne peut balancer à prendre pour terme de comparaison le prix du marc d'argent fin monnayé. S'il se trouve que la rapidité d'un mouvement de prix vous donne lieu d'hésiter entre plusieurs chiffres aussi opposés de puissance que rapprochés par le temps', tout se borne à prendre la moyenne de ces prix, distraction faite du plus faible et du plus fort : rien n'est moins difficile, et c'est le parti le plus sage en pareille circonstance.

Mais l'appréciation peut aussi embrasser une généralité de valeurs que ne détermine aucun prix particulier de commerce, qui ne résultent d'aucun rapport établi avec une monnaie spécifiée entre plusieurs autres du même temps, et qui, par cela même qu'ellesseprésententsous un point de vue général, ne peuvent être exactement rapportées à un état d'exception, et doivent se mesurer au mètre commun de la valeur monétaire. C'est ainsi que je considère la somme d'un revenu privé, le chiffre d'une rente constituée, la

> Cette observation s'applique aux cas où les changements étaient si fréquents et parfois si subits, « que pour la foiblece et soudaine mulacion des dites monnoies .. à poine estoit homme qui en juste

AU MOYKN AC.K. — SECONDE PARTIR. û:û

masse des dépenses et des recettes annuelles d'une ville, d'une corporation ou de tout autre établissement possesseur de fonds ou de droits utiles.

En principe,- les chiffres de cette nature doivent toujours être réputés l'expression de valeurs positives, communes et réelles, sauf indication contraire.

Si une charte ou une chronique contemporaine vous apprend que telle communauté jouissait de 3,000 livres de revenu, quelle qu'en fût la source non spécifiée, il est clair que ce revenu est ici représenté en valeur commune de livres de l'époque où l'auteur écrivait; car il a dû sentir que, hors de cette supposition, son chiffre n'apprendrait rien. L'unité de ces valeurs doit donc s'entendre de la livre bonne monnaie. On conçoit dès lors qu'il ne faudrait pas la confondre avec une unité de livre purement nominale, comme serait la livre d'une monnaie alliée ou surhaussée outre mesure ; et c'est à quoi on s'exposerait en appréciant des valeurs de ce caractère d'après un prix

paiement desdites monnoies de jour à aultre se peust cognoistre. » (Ordonn. du 1 7 septembre 1 3G 1 , page 520 du tome III de la Collect.) « Il y eut pendant ce règne (de Jean II; d'étranges désordres dans les monnoyes. Le prix des monnoyes, aussi bien que celui du marc d'argent, changeoit presque toutes les semaines, et même quelquefois plus souvent. » (Le Blanc, khi sup., page 258.)

de marc monnayé adopté sans examen : voici comment :

Un bœuf s'était vendu h livres taillées dans un marc à 12 deniers le roi. Quinze jours après, un bœuf semblable a été payé 8' en espèces au titre de 6 deniers». Son prix n'a pas changé ; il valait un marc, et c'est ce qu'il a été vendli dans les deux cas, avec cette différence que le premier marc était divisé en 4 livres et le second en 8. Il n'y a que la livre qui soit changée. Que vous preniez pour base d'évaluation de ce bœuf le prix du marc à 4 ou à 8, peu importe, parce qu'un quotient une fois plus fort devant multiplier un chiffre une fois plus faible, et réciproquement, le produit sera toujours le même. Soit donné 55, prix actuel du marc, sans fraction. 4 : 55 : : 1 : 13 I, et 8 : 55 : : 1 : G }. Or 4 X 13 \ ou 8 XG^=55.

Mais si, au lieu du prix d'un bœuf, il s'agit d'une rente de 4 livres, ce sera tout autre chose; car ces 4 livres, réputées bonne monnaie, repré-

1 Les prix de commerce augmentaient immédiatement dans la proportion de l'afTaiblissement des nouvelles espèces : cela devait être, et le gouvernement, auteur de ces misères, ne répugnait pas à les reconnaître. «Sommes plainement enformez que toutes manières de vivres (denrées), vestures, ouvraiges et toutes aultres choses nécessaires pour la substantacion du peuple, ont esté et sont si

AU MO\KN Af.E. — SECONDE PARTIR. 259

senteront les 4 livres numéraires de l'époque pesant un marc de fin ; vous ne pourrez les évaluer d'après les 8 livres du marc monnayé qui sont plus faibles de moitié; et , comme le chiffre n'en aura pas été doublé ainsi que le prix du bœuf élevé au pair de la monnaie du jour, la seule proportion à établir sera nécessairement : : 4 , pris: réel, : 55, prix actuel du marc. Une opération faite, pour exemple, sur la monnaie déjà citée du mois de mai 1420 achèvera d'éclaircir cette distinction. Le prix du marc de fin monnayé était de 40 livres , qui ne valaient dans le commerce que 8' 5% et dont l'État donnait 26' pour un marc de fin. Nous avons à évaluer le revenu de communauté qui vient d'être supposé de 3,000', et nous supposerons de plus que ce chiffre est donné par un acte de l'an 1420. Quel prix de marc prendrons-nous pour base de cette évalualion? Les tables des ordonnances n'en portent

clieres que bonnement ne peult souflire chose (sic) que les gens ayent à faire leur labourage et querre (poun'oir à) leur nécessitez... » (Ordonn. du 26 novembre 1356, t. m, p. 9, de la Collect.)

Cette augmentation était si naturelle, et tellement dans la force des chose.';, que le consommateur ne pouvait en imputer le tort au commerce. « On se moquerait, dit Le Blanc, d'un marchand qui, ayant accoutumé de vendre une aulne de drap de G pieds, un loi^is d'or, la voudroit vendre autant si l'aulne avoit été réduite à 4 pieds et demi. » {Traité des monnoyea, Discours prélim., p, xxxix.)

i(;0 APPRÉCIATION DR LA KOUTUNE PRIVÉE

iincnn. Si nous interrogeons Le Blanc, nous n'aurons pas de choix; il ne donne que 26'; et le résultat de l'opération par ce prix sera G, 346' 3' 1''. Si nous prenons 40', prix du marc de fin monnayé marqué dans Dupré, le produit ne sera que de 4,125'. Or le simple bon sens vous dit que l'un de ces produits est faux ; et la moindre connaissance de la matière dont nous nous occupons ne nous permettra pas de douter qu'ils ne le soient l'un et l'autre. Où donc est le chiffre qui vous mènerait au vrai? Malheureusement, vous ne le trouverez formulé dans aucune des deux tables où figurent ceux qui peuvent vous égarer; mais vous le déduirez facilement de l'état de la monnaie qu'elles spécifient. Cette monnaie , au titre de 2 deniers 12 grains, ne contenait que ii d'argent fin allié à ^4 d'autre métal, et 40 livres ne représentaient qu'un marc de fin. La valeur de ce marc , en bonne monnaie argent le roi , aurait donc été à 40 comme 5 est à 24; par conséquent de 8' 6^ 8**. Quoique ce chiffre soit encore très élevé pour lépoque, on peut, à raison de la rareté accidentelle de l'argent, le supposer en rapport avec la valeur du marc de fin : cette valeur aurait donc été d'environ 8 livres. Et, en effet, on voit que les prix payés aux hôtels des

AU MOYEN AGE. SECONDE PAIMIE. i{]\

ïuonnaies en différentes espèces des derniers mois de la même année, ne varient que de 6' 15* à 7' 10* le marc d'argent fin; ce qui répond assez exactement à une valeur intrinsèque de 8', sous la déduction du droit ordinaire *.

Or notre revenu de 3,000' évalué d'après le prix de 8, égalerait 20,625'. Ce résultat, s'il n'a pas toute l'exactitude d "un fait positif, est du moins voisin du vrai ; et les prix de Le Blanc et de Dupré nous ont donné, l'un 6,346' 3' l**, l'autre 4,125'! On s'effrayera de penser qu'un chiffre emprunté sans discernement aux tables les plus estimées puisse faire tomber dans de pareilles erreurs.

C'est maintenant le cas de rappeler une circonstance commune à toutes les valeurs monétaires de l'âge où se porte notre attention. La différence de la livre ])arïs/s à la livre tournois est un autre sujet d'hésitation et de doute qui se présente fréquemment dans un travail d'évaluation.

Cette distinction paraît s'être établie sous le règne de Philippe V% mort en 1 1 08. Alors on fabriquait à Tours une monnaie plus faible que

' Voir lorac Ul des Ordonn., page \civ des tables, d'oclubie à mars 1422 (vieux style), et jusqu'à juin 1423.

:262 API'UÉCIATION DE LA FOUTUNE PRIVÉE

celle de Paris, et qu'on distingua de cette dernière par la dénomination de tournois , tirée du lieu de son origine *. La livre parisis, ou de Paris, était en force à la livre tournois comme 5 est à 4, c'est-à-dire d'un quart en sus. 5 livres tournois ne valaient donc que 4 livres parisis; et comme la même différence s'est maintenue jusqu'à Louis XIV, elle ne doit point être perdue de vue dans l'évaluation des prix antérieurs au xvif siècle.

Ainsi une marchandise ayant été vendue 100' parisis et payée en monnaie tournois dont 5 livres représentaient un marc d'argent fm , pour que le rapport s'établisse en monnaies de même force, il faudra ajouter au prix de 100 le quart de cette somme, d'où il viendra 125 livres tournois, et ensuite opérer sur le prix du marc de 5' comme on l'a dit ailleurs. Rien ne serait plus simple si la qualité des monnaies et des prix marchands était toujours connue; mais c'est un avantage sur lequel on ne saurait compter. La plupart des documents d'où sont tirés les prix de commerce et les chiffres de valeurs laissent ignorer en quelle

' On sent bien que cette dénomination ne s'est plus rapportée qu'à la valeur des espèces, quel que fût le lien de leur fabrication. On faisait à Paris des sous tournois comme des parisis.

AU MOYEN A(;E. SECONDE l'AUllE. 205

monnaie ils ont été réglés; et, quant aux prix du marc, il en est aussi beaucoup, moins toutefois, dont on ne peut dire à quelle espèce ils appartiennent, du parisis ou du tournois. De là la difficulté que peut faire naître la différence des deux valeurs : elle est réelle, et même insurmontable à quelques égards, mais non pas aussi absolue qu'on pourrait le penser ; et nous la verrons bientôt réduite à sa juste mesure.

D'abord les prix des tables du marc le plus consultées doivent être supposés tous en livres tournois, sauf indication contraire ', parce que les valeurs y sont traduites de parisis en tournois, quand elles dérivent de monnaie de la première dénomination. C'est ce que Le Blanc a, dû faire pour les années postérieures au règne de Philippe de Valois; c'est ce qu'annoncent positivement Dupré de Saint-Maur"-^ et l'auteur des tables de la partie des ordonnances données par Secousse \ Il en est de même de Du Cange et des

> Comme dans la première partie de la table de Le Blane. Depuis l'année 1226, page 4U3, jusqu'à l'année 1366, page 407, la plupart de ses prix sont distingués en parisis et en tournois ; mais cette distinction ne descend pas plus bas.

- Essai sur les monnaies, in-4 déjà cité ; Avis sur les tables de prix, page 196.

•' Avis à la suite de la préface du t. VI des Ordonn., p. Xxxv.

^64 APPRÉCIATIO.N DE LA FOUiLMi l'IUVLE

bénédictins, dont la presque totalité des prix sont marqués d'un T (tournois) : on en compte à peine quelques-uns qui ne soient pas suivis de cette lettre, parce que apparemment les chartes qui les constatent sont muettes sur la distinction de valeur; et, en effet, on trouve des actes authentiques, même des mandements, qui ne s'en expliquent point. Ainsi, à quelques exceptions près résultant du silence des monuments, la difficulté se présente si rarement dans les tables qu'on doit peu s'en inquiéter.

A l'égard des prix de commerce et des autres chiffres de valeurs qui ne sont spécifiés ni parisis ni tournois, on peut y suppléer, jusqu'à un certain point, en recherchant dans quel pays le marché ou le compte a été réglé, et, s'il est possible, quel était l'usage de ce pays ou de l'établissement intéressé relativement à sa monnaie d'adoption; car il y avait des provinces, des villes, des communautés où toutes les transactions se faisaient, où les comptes étaient toujours réglés dans une même valeur. Telle commune, telle maison religieuse ou princière comptaient exclusivement en livres parisis, telles autres, en livres tournois : indépendamment des pièces d'archives, les coutumes publiées à la fin du xv*' et au corn-

mencement du xvi'^ siècle fourniraient beaucoup de données utiles sur ce sujet.

Sans doute un intérêt de quelques sous, en plus ou en moins, n'engagerait pas dans de pareilles recherches; mais un bon esprit ne craindrait pas de s'y livrer, si elles pouvaient le conduire à la connaissance d'un terme dont il aurait à faire une large et sérieuseapplication. Dans le cas contraire, ou si l'on n'obtenait aucun éclaircissement sur la nature d'une valeur à apprécier comme parisis ou tournois, il faudrait bien opter entre deux suppositions; mais alors le choix ne saurait être embarrassant. Dans l'impossibilité de frapper à coup sûr, on conservera du moins la chance de frapper juste en supposant une valeur tournois, parce qu'on a beaucoup moins fabriqué de parisis que de tournois, et aussi parce que l'usage des marchés et des comptes en livres tournois était plus répandu que l'autre dans les derniers temps du moyen âge.

On remarquera, au reste, dans les comptes et surtout dans les règlements coutumiers de certaines provinces, un grand nombre de chiffres de valeurs autres que des parisis et des tournois. On y trouvera des sous morlans, artésiens, bourdelois, limousins, poitevins, nantois, rochclois,

266 APPIŒCIATION UE LA FOIITUNE PRIVÉE

rouennois, angevins, mançois, viennois, bourguignons, deGien, de Provins, de Melgueil, et d'autres contrées, tous de valeurs différentes ; les uns plus faibles que le parisis et le tournois, comme le rouennois, le bourdelois, l'angevin et le nantois; les autres plus forts, tels que le sou morlan et le viennois. Mais ce n'est point ici le lieu d'examiner la discordance de ces espèces entre elles, et à l'égard des monnaies communes. Un livre y suffirait à peine; il faudrait dix ans pour le faire, et peut-être n'est-il pas faisable. Cette réflexion, peu flatteuse pour l'orgueil de la science, paraîtra du moins à sa place dans un travail de la nature de celui dont je m'occupe. L'exactitude en cette matière tient à la connaissance de tant de rapports différents, et dont quelques-uns sont si difficiles à saisir, qu'on ne saurait voir que des probabilités, même dans les résultats le plus clairement établis et que là conscience tiendrait pour vrais'.

Il me reste à traduire quelques mots surannés (lu vocabulaire des monnaies, reproduits dans les tables du marc, et qui peuvent embarrasser un travailleur.

Une des colonnes doubles de la table des Or-

' V. la noieN.

donnances porte en tête : poids et taille des espèces cVor et d'argent. On cottiprend très bien que le mot taille a pour objet le nombre des pièces tirées d'un marc de matière, et que les chiffres de la section taille expriment ce nombre. Mais on se demande comment le poids peut se reconnaître aux sous et deniers inscrits dans la section poids. C'est que ce mot n'y est pas employé dans le sens de pondus. Le poids est ici 1 expression textuelle dont le chiffre de la taille n'est que la traduction : il a sa représentation dans les fractions du sou et dans les sous qui s'en composent. Une obole blanche de Charles le Bel, au poids de 9 sous 10 deniers', signifie qu'on taillait autant de ces pièces au marc qu'il y a de deniers dans 9 sous î^ . Il y en a 1 1 8 ; c'est donc 1 1 8 oboles au marc ; et, en effet, ce chiffre accompagne celui du poids dans la section taille. Il n'est pas nécessaire de tirer du poids le nombre des pièces pour arriver à la valeur du marc monnayé : en multipliant le chiffre du poids par la valeur de la pièce, on obtient celle de ce marc aussi exactement que par le nombre de la taille. C'est ainsi que les 9' 10" de poids de notre obole blanche, multipliés par 7'' 4, chiffre de sa valeur, donnent pour le

' Mandement du 2 mars 1322, tome Vi des Ordonn.

marc de cette monnaie, 3' 13' 9**; et comme elle n'était qu'à 6 deniers de loi, il en fallait deux marcs, ou 7' 7* C, pour représenter un marc de fm.

Dupré de Saint-Maur n'explique point et Secousse avoue qu'il ignore l'origine de cette manière de compter', qui est cependant fort ancienne, puisqu'une charted' Alphonse, comte de Toulouse, frère de saint Louis, prouve qu'elle était déjà, en usage dans le xiii'" siècle. Ne viendrait-elle pas du temps où le denier était pris en France pour unité monétaire ? Tel fut, à ce qu'il paraît, le denier d'argent des rois de la première race et du commencement de la seconde ^ : ce denier était alors une monnaie réelle, tandis que le sou et la livre n'étaient que des monnaies de compte. Dans notre hypothèse, le poids rapporté à la taille aurait été exprimé en deniers considérés, non comme fractions du sou, mais comme unité monétaire.

On aurait dit monnaie à 240 deniers de poids, pour signifier qu'on taillait dans un marc d'argent, ou dans la livre plus ancienne, soit 2-^i0 pièces dont chacune était réellement un denier.

' Préf. du t. III des Ordonn., page cix.

^ V. la Disscrl. de M. Guérard, de l'Inslitul, sur le syslcme monétaire des Francs ; n" 6 de la Revue numismatique fr., ann. 1837.

soit un moindre nombre de pièces multiples de celte unité. Plus tard, et par suite de l'affaiblissement des monnaies réelles, le nom de deniers étant devenu commun à des espèces de toute nature, d'abord d'argent, bientôt de billon et enfin de cuivre, ce mot ne conserva plus rien de sa signification absolue, si ce n'est qu'il représentait encore la douzième partie d'un sou : alors il n'aurait pu servir qu'en ce sens positif à l'expression du poids de la monnaie, et le denier, toujours pris pour unité de la taille du marc, n'aurait plus donné pour multiples que des sous et des fractions de sou, comme dans la formule parvenue jusqu'à nous. Quoi qu'il en soit, ce n'est ici qu'une conjecture dont il n'y a aucune conséquence à tirer pour l'évaluation monétaire. Je passe à mes dernières observations.

Le sujet m'en est fourni par une autre colonne de la même table des Ordonnances, qui a pour titre Pied de la monnaie, et qui ne contient que des nombres de l'espèce de ceux que les grammairiens qualifient ordinaux. Là 20, 32, 48, etc., signifient vingtième, trente - deuxième, quarantehuitième ; ce que rien n'indique dans la figure de ces nombres. Il faut pourtant savoir que cette vieille locution. Pied de la monnaie, se résume en

un chiffre convenu. C'est une sorte de quantum qui a été interprétée en divers sens, et qu'on est d'autant plus intéressé à bien comprendre, que son expression peut suppléer au défaut d'autres termes qui manquent souvent dans les tables et dans les mandements.

Le principal avantage de cette formule est de faire connaître le nombre, non exprimé, des sous taillés dans un marc d'argent fin, et, par voie de conséquence, la valeur du marc monnayé. Ce nombre ayant pour aliquote l'expression numérale du pied de la monnaie, qui en donne le cinquième, il suffit, pour le trouver, de multiplier le quantum par 5.

Une monnaie quinzième serait reconnue donner 75 sous au marc de matière, parce que 75 est le produit de 15x5. Si la monnaie est d'argent fin, on obtiendra tout ensemble dans ce produit de 75*, la valeur du marc monnayé, et, à peu de chose près, le prix du marc de fin. Mais si l'on opère, d'après les mêmes termes, sur des espèces de bas aloi, le calcul sera complexe, et l'on ne s'arrêtera point au premier résultat. Soit donné monnaie soixantième à trois deniers de loi, dont chaque pièce valait 8 deniers courants. De CO X 5 il viendra 300 sous, qui représenteront bien la

valeur du marc de fin, mais qui feront quatre fois celle du marc monnayé, puisqu'il s'agit d'une monnaie au litre de 3 deniers qui ne contient qu'un quart de fin. Un marc de cette monnaie ne comprendra donc que le quart de 300 sous, c'està-dire 75 ; et comme vous savez que les pièces taillées dans un marc valaient 8 deniers, vous en conclurez que le nombre de ces pièces était de 112, ce qui est vrai; 112 fois 8 deniers font 75 sous.

On voit aussi que, connaissant la valeur du marc de fin prise pour base de la fixation du pied de la monnaie, on doit trouver par le quantum, non seulement le nombre des sous taillés au marc, mais encore le titre des espèces d'alliage que les tables n'indiqueraient point.

Par exemple, au mois de juin 1346, on tailla 4 livres dans un marc de fin ; et c'était la valeur réelle de l'argent à cette époque. Supposons que, vers le même temps, on ait fabriqué des espèces alliées valant 15 deniers chacune, et dont nous ne saurions rien de plus, si ce n'est que l'alliage et la taille en avaient été réglés sur le pied de monnaie quatre-vingl-setzième ; nous apprendrons tout ce que les tables nous laisseraient ignorer au delà par l'opération suivante :

272 APPRÉCIATION m l.A F(tRTUNE PRIVÉE

96, chiffre du quantum, X 5 = 480 sous. Le marc au titre de 12 deniers donnant 4 livres ou 80 sous, le titre de nos espèces alliées sera à 12 deniers : : 80 : 480. Je multiplierai donc 80 par 12, et je diviserai le produit par 480. 80 X 12

= 960, et donnent pour quotient 2, nombre

des deniers exprimant le titre cherché. D'un autre côté, chaque pièce de 15 deniers : 1 sou : : 15 : 12; le nombre de ces pièces taillées dans un marc sera donc dans le même rapport avec 480 ; il sera de 360. Ainsi nous arriverons à ce résultat : monnaie quatre-vingt seizième, au titre de 2 deniers, 360 pièces au marc de lin, lequel valait 480 sous ou 24 livres de cette monnaie, dont le marc à un six^ième de fin n'était que de 4 livres ^

Enfin le pied de la monnaie n'étant pas exprimé, nous devons le trouver par les chiffres exprimés qu'il comprend et qu'il nous fait connaître.

Soit 23 novembre 1 356. — Gros blancs au titre de 4 deniers. 80 au marc, valant chacun 12 deniers, et le tout 80 sous. Ces sous ne contenant qu'un tiers d'argent, pour représenter un marc

1 On n'oubliera pas que ce n'est ici qu'une supposition, dont l'unique but est de faire voir jusqu'où peut aller la propriété numérique de la formule en question : car, si le fait supposé n'est pas sans exemple, il n'appartient point d'ailleurs à l'époque indiquée.

AU MOYEN Ar.E. SECONDE PARTIE. 'l'ô

de fin il en faudra 3 fois 80 ou 240, dont le 5" est 48. Cette monnaie sera donc quarante-huitième.

Mais quelle fut la base primordiale du règlement du pied de la monnaie? D'où vient cette formule? En un mot, quel rapport y a-t-il entre le nombre 5 et le chiffre dont la multiplication par ce nombre donne celui des sous taillés dans un marc de fin ?

Les explications dans lesquelles on est entré à ce sujet, même depuis Le Blanc, sont peu satisfaisantes, et sembleraient un problème substitué à un autre.

On lit dans Le Blanc : « L'auteur d'un avis donné à Louis le Hutin dit que le roy devoit ordonner aux barons de faire monnoye treizième; c'est-à-dire que treize deniers de leur monnoye, soit tournois ou parisis..., ne vaudroient que 12 deniers, soit parisis ou tournois, de celle du roy *. ))

Suivant le même auteur, la formule monnaie dix-huitième, vingt-quatrième, etc., commença sous Philippe le Bel , et cessa d'être en usage l'an 1467 \

Secousse, sans s'arrêter à ces assertions, qui

* Traité des monnoies, page 229.

* Ihid., page 312.

"274 APPRÉCIATION DE LA FOrtTUNE PRIVER

ne concluent rien , pose poui' fondement du quantum u que monnoye première est cinq sols, monnoye deuxième dix sols, et ainsi du plus au plus..., en sorte que, toutes les fois que l'on augmente le prix du marc d'argent, il faut augmenter cette dénomination du pied de la monnoye d'autant d'unitez qu'il y a de fois cinq sols dans l'augmentation '. »

Cela est vrai en résultat, mais comprend-on bien le principe de cette opération par 5 supposé monnaie de 5 sous?

D'un autre côté, Dupré de Saint-Maur nous dit « que le marc d'argent fin était toujours divisé fictivement par 60 pièces (aliàs 00 gros), et que chacune de ces pièces valoit autant de deniers que le nombre donné pour la monnoie exprimait d'unités ^. »

Ainsi, monnaie douzième aurait signifié que chacune des 60 parties du marc, gros ou pièces quelconques, valait 12 deniers ou 1 sou, et conséquemment que les 60 représentaient 60 sous, qui font 5 fois 12.

' Préface du t. III des Ordonn., page cix.

^ Essai sur les tnonnoies , in-i , pages l2l et 141. — Dupré s'est, beaucoup étendu sur ce sujet dans ses nouvelles Recherches sur la valeur des monnaies, et le prix des grains avant et après le concile de Francfort. Paris, 17G2, in-lî, chap. ix. Mais rien de plus téné-

Si l'usage du quantum date de Philippe le Bel, et si l'on trouve que, dans les premières années du règne de ce prince, le marc d'argent le. roi monnayé valait GO sous, on concevra que le marc ait été considéré comme divisé monétairement en GO pièces ou gros; que chaque gros étant de 12 deniers, il en soit résulté une monnaie douzième, et que ces 12 unités de deniers qui font un sou, étant contenues 5 fois dans GO, le produit de 12 multiplié par 5 ait donné le nombre de pièces tirées d'un marc représentant GO. Par la même raison monnaie vingt-quatrième devait signifier un marc d'argent le roi dont la GO'' partie contenait 24 unités, double de 12, et d'où l'on tirait 120 sous, conséquemment 24 deniers au lieu de 12 par G0%

Or le prix moyen du marc d'argent le roi était effectivement de 3 livres dans les premiers temps de Philippe le Bel *, et les GO sous qu'on y taillait donnaient une monnaie douzième.

breux que cette explication, que l'auteur même avoue être hasardée et fort hypothétique. Abot de Bazinghem, qui ne l'en a pas moins copiée sans y changer une virgule, convient aussi que cette matière est des plus obscures. {Uhi sup., 1. 11.)

1 D'après les tables des Ordonnances, de l'année 1278 à l'année 1295, le prix du marc s'éleva de 2' 18' à 3' 12*, la monnaie étant au titre de 12 deniers le roi. Philippe le Bel parvint au trône en

L'opération formulée dans ce qu'on appelait pied de la monnaie aurait donc eu pour base la 60^ partie du marc, qui était de 12 deniers ou 1 sou à l'époque où cette formule paraît avoir été inventée. On comprendrait alors cette propriété numérique , la propriété du nombre 5 comme multiplicateur du quantum. Il serait clair que si 12 était l'expression de 60, 13 devait être traduit par 65, et que ces 5 unités ajoutées à des unités de sou représentaient des sous.

Ainsi , la division sexagésimale du marc monétaire appartiendrait à la fin du xiii'' siècle; le loujours de Dupré de Saint-Maur serait de trop là où il dit que le marc de monnaie a toujours été fictivement divisé en 60 parties ; et cette division n'aurait pas été fictive, puisqu'elle serait dérivée d'un partage réel du marc d'argent fin en 60 sous.

Ainsi, l'explication adoptée par Secousse, et qui consiste dans la supposition que 5 était monnaie première, 10 monnaie seconde, etc., pourrait n'être, en effet, qu'une supposition purement gratuite. Dans le fait supposé, monnaie

1285 ; mais les prix portés dans les tables pour les dix premières années de son règn^ se bornent à trois, qui se rapportent au mois d'août 1289.

première ne saurait s'entendre que d'un marc d'argent divisé en 5 sous courants; et comme on n'a jamais rien vu de semblable en France, il s'ensuivrait que s'arrêter h cette idée, ce serait reconnaître la solution d'un problème dans une liction.

Il y a bien une fiction dans le quantum, mais ce n'est pas dans son unité qu'elle existe : loin de là, le quantum n'est devenu fiction qu'en s'élevant au-dessus de son premier degré, qui est 12.

Ainsi, la base du pied de la monnaie formulé par un chiffre serait le nombre 12, c'est-à-dire les 12 unités de deniers formant la 60*^ partie du marc d'argent fin dans lequel on taillait GO sous, et dont, par cette raison et pour la première fois, le produit numéraire aurait été appelé monnaie douzième. Lorsque la valeur réelle du marc d'argent se fut élevée sans retour au-dessus de 3 livres de compte, le chiffre du pied de la monnaie, de positif qu'il avait été, est devenu une simple convention, qui a subsisté encore pendant plus d'un siècle. Aussi ne voit-on plus de monnaie d'argent douzième depuis le commencement du règne de Philippe de Valois. La dernière que spécifient les tables du marc est du G septembre 1 329.

"278 , AI'PUÉCIATION i)E LA lOllTUNE PKIVÉÉ

On me saura gré, peul-Èlre, de ne point terminer ces observations, sans rappeler, en substance, ce qu'il serait utile d'en retenir, si elles étaient fondées.

Elles peuvent se résumer ainsi :

En matière de monnaie, un prix de marc peut être exprimé par quatre chiffres différents : les tables les plus connues en donnent un ou deux, rarement trois, jamais quatre.

On ne doit donc pas adopter ces prix sans examen.

Quelque exacts qu'on les suppose , comme expression de faits, ils peuvent être faux relativement à l'objet qu'aurait en vue celui qui les consulte.

De plusieurs prix marqués dans une table, il se peut qu'aucun ne soit celui qu'il conviendrait de prendre. On doit alors chercher le chiffre absent par un calcul dont les chiffres présents fournissent presque toujours les éléments.

Le prix du marc d'argent fin monnayé est préférable à tous les autres : c'est le guide le plus sûr pour arriver à une exacte appréciation des valeurs jde commerce en rapport avec la monnaie courante : le seul cas où il pût égarer, ce serait dans son application à des masses de valeurs

telles qu'un revenu fixe ou des dépenses annuelles dont la force ne serait déterminée par aucune monnaie particulière. En pareille circonstance, on doit chercher à reconnaître la valeur réelle de l'argent; et il y a des moyens de la distinguer des prix éphémères qui la couvrent sans la changer.

A l'égard du prix que l'État payait aux changeurs dans les temps de désordre et d'altération des espèces, on ne l'acceptera pas sans une " extrême défiance, parce qu'il peut être fort audessous de la valeur réelle de l'argent, même en monnaie du jour.

C'est, malheureusement, le prix porté en première ligne dans les meilleures tables. Le Blanc n'en donne pas d'autre; et les tables de la collection des Ordonnances, dont il fait l'objet principal, laissent à désirer le prix plus généralement ulile et plus sûr du marc d'argent fin monnayé.

Ces tables, savantes et précieuses pour l'histoire des monnaies, sont assurément la ro«s/a^alion la plus exacte des faits établis dans les actes de nos rois : mais des tables pratiques, raisonnées et complètes dans tous leurs résultats possibles; des tables mises en rapport avec les

nouvelles études historiques seraient encore à faire. Voilà du moins ce qui résulterait des considérations développées dans ce niéinoirc.

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