ANCIEN COMMERCE D ORIENT
« Pour donner une idée du commerce des Européens en Orient, il faut connaître d'abord celui que les Romains du Bas-Empire faisaient dans les Indes, parce que c'est ce même conimerce que les Arabes ont fait depuis, et pour lequel les Francs se transportaient à Alexandrie.
« Toutes les marchandises apportées dans cette ville, et dans d'autres endroits, étaient livrées aux Européens, qui venaient les chercher dans le Haut-Empire. Ce commerce
(d) Sans doute le prix de la grande gabelle. 11 y avait deux classes de gabelle : la grande el la petite. En 1680, le prix de la première s'était élevé à 45', et, d'après la même ordonn., celui de la petite gabelle n'était que de 25' le minot.
AU MOYEN AGE. NOTES, "iST
avait été très considérable. Mais arrêtons-nous à Cosnias- Indopleustes , qui vivait sous le règne de Justin, dans le sixième siècle.
« Le principal entrepôt du commerce était alors l'île de Tapvobane, la même que Serendib ou Ceylan, située, suivant cet auteur, au-delà du pays où croît le poivre.
« Tous les vaisseaux des Indes, de la Chine et ceux des Grecs se rendaient dans cette île. On y trouvait des soieries apportées de la Chine, du bois d'aloès , du gérofle , de la muscade, du bois de sandal, des pierreries; le castoreum, le spicanardi se tiraient de Calliane et de Sindou.
« On transportait toutes ces marchandises jusqu'en Perse, dans l'Oméritis et à Adouly. Dans ce port, l'on chargeait d'autres marchandises, que l'on portait dans les Indes, principalement des émeraudes, que les Ethiopiens allaient chercher dans les pays des Blemmyes. Le poivre venait de Malé. On tirait de Calliane du cuivre, du bois de sézem, qui est semblable à l'ébène , et différentes matières pour faire des étoffes.
« Les autres plus fameux ports étaient Sindou , où est rindus, Orrota, Calliane, Sibor et Malé. La traite du poivre se faisait à Parti, à Mangarouth, à Saloupatan, à Nalopatan et à Poudapatan , qui étaient cinq autres ports. L'ivoire se tirait de l'Ethiopie , d'où on le portait dans les Indes , eu Perse, en Arabie et en Europe. On recevait encore la soie par des caravanes qui, de la Chine, se rendaient dans la Bactriane, de là en Perse, à Nisibe, et enfin à Séleucie, sur la Méditerranée. On trafiquait aussi sur les côtes d'Afrique, dans un pays appelé Zingium, et dans les pays voisins. On } portait du fer et du sel , et l'on en rapportait l'encens, d'autres aromates et de l'or. On partait du pays des Axumites, et l'on employait six mois pour aller et revenir en caravane.
« Ou voit, par ce détail, tiré de la relation de Cosmas,
qui avait voyagé lui-même dans les Indes, que ce commerce est à peu près le même que celui qui se faisait plus anciennement, et qui se fit encore après sous les Arabes, pendant les croisades, et enfin jusqu'à la ruine de ce commerce par la découverte du Cap de Bonne-Espérance.
« Vers le même temps de Cosmas, c'est-à-dire sous le règne de .Tustinien, deux moines eurent ordre de ce prince d'aller aux Indes , pour apporter des vers à soie , ce qu'ils exécutèrent heureusement. Ils se rendirent à Sérendib, et revinrent à Constantinople avec des œufs que l'on fit éclore, et ils apprirent aux Grecs l'art d'élever et de nourrir ces insectes. On établit, en différents endroits de l'empire, dans la Syrie, dans la Grèce, etc., des lieux pour en élever et pour fabriquer la soie. Par là cette production de la Chine, dont le commerce avait toujours été gardé précieusement par les Perses, se multiplia en Europe.
« Le commerce d'Egypte (suivant Sanute) procurait des
richesses immenses à ses souverains
. . . . « Nous portions en Egypte de l'or, de l'argent, du cuivre, du plomb, du vif argent et d'autres métaux, du corail, de l'ambre, marchandises sur lesquelles le Sultan percevait de gros droits. Sanute remarque que de son temps (!"* moitié du XI V^ siècle), l'or étant devenu rare en Occident, on avait cessé d'en porter, mais que l'on y portait
encore de l'argent
« Les Français, pendant tout le temps des Croisades, firent ce commerce, mais ils ne le poussèrent jamais aussi loin
que les républiques d'Italie
. . . . « Les Vénitiens, les Génois et les Pisans nous laissèrent tout l'honneur de ces grandes expéditions, nous abandonnèrent les titres de rois, de princes et de défenseurs de la religion, et se réservèrent tout le profit qu'ils purent retirer du commerce. D'ailleurs nos Français, qui aimaient la
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dépense, in expenah magiaprofuni., dit Jacques de Vitry, y durent moins faire leurs affaires. Les Italiens étaient au contraire plus intéressés, et beaucoup plus prudents et plus fins que nous, comme l'observe le même historien . » {Mémoires de de Guignes, de l'Académie des Inscriptions, aur l'état du commerce des Français en Orient.)
Note D, p. 27.