SOIERIES AU XVI* SIECLE
« Règlement général j^onr dresser les manufactures en ce royaume, et couper le cours des draps de soye et autres marchandises qui perdent et ruinent l' Estât [a). »
« Avant que de parler du bien qui se trouvera audit reiglement, il est besoin de rappeler les monopoles et malheurs que nous ont apportés les draps de soye d'or et d'argent, et autres marchandises venant des pays estranges, qui est en
(/) Delamarve, vU sup,
(o) Projet soumis au roi par Laffémas de Humont, suivant l'édition origin. de Paris, 1697, in-8 de 28 feuillets. — C'est la pièce la plus rare et l'opuscule de l'auteur le plus utile à l'histoire du commerce. — Style pitoyable, mais des faits et des raisons.
partie la riiiue del'Estat, ainsi que l'on verra et se pourra cogDoistre par les plus ignorans du monde,
« Les dites soyes, toilles d'or et d'argent qu'apportent les estrangers ont enlevé les cens et cinq cens mil escus à la fois qui leur ont servy à faire le fond des affermes et grands partis, lesquels ont ruiné et ravagé toutes les provinces du royaume; et si les François estoient aussi braves à la mail ifacture comme ils sont à plaider, ils empescheroient les dits estrangers à faire les dites affermes et partis, changes et rechanges qui achèvent d'épuiser l'or et l'argent de la France.
« Il semble que lesdits fermiers ou ceux qui ont inventé les douanes à Lyon, ont prédit ou désiré le malheur de la France : ils donnoient à entendre au roy qu'il en viendroit deux ou trois cens mil escus à son domaine, mais ils ne disoient pas qu'ils les prenoient dans sa bourse ou en celle de ses pauvres subjets ; et par le moyen de ces ruses et inventions, de chasque cent mil écus qu'ils donnoient au roy, ils en tiroieut dix millions hors de la France.
« Jugez, s'il vous plaist, ce qu'est la douane qu'a establie le duc de Savoie à la Suze, aux frontières de son pays, qui luy vaut tous les ans grand nombre de deniers, à cause des draps de soye, toilles d'or et d'argent et autres telles marchandises qui viennent à Lyon ; je vous laisse à penser s'ils apportent les deniers d'Italie pour payer ladite douane, et si ne ce sont pas des deniers clairs de la France.
« Et par l'industrie de ceux qui ont envoyé si grand nombre de draps de soye manufacturez en France, ils ont fait un gi-and service aux ennemis du roy et de l'Estat ; car ils ont tiré les thrésors hors de France, que l'on dit estre le nerf de la guerre. Voilà pourquoy le roy et son peuple sont dénués de tous moyens.
" L'on a veu le temps que l'on eust plus trouvé d'or et d'argent par les simples villages ruinez, qu'aujourd'hui on
500 APPRÉCIATION DE LA FOUTL'NH PKIVÉE
ue seauroit trouver eu tout le royaume à cause des grands thrésors que lesdits draps de soye et autres ont tirés de France, et montent plus de sommes de deniers trois fois que n'ont cousté toutes les •armes.
« Exemple de ce que dessus, à scavoir que tous les marchands qui trafiquent eu draps de soye par toute la France, qui sont en grand noml)re, tesmoin en la ville de Paris, l'on a veu qu'il n'y avoit que cinq ou six marchans de soye traiiquans à Lyon ; et à présent ils sont un nombre iniini, et toutes les villes de France ainsi munies desdits marchans de soye j ils sont comme les facteurs ou commis de-ceux qui nous envoyent lesdits draps de soye d'Italie. Et d'ailleurs, pour raison que tous les jours et à toute heure ils sont après a trouver de l'or et de l'argent de tous costez, et cherchent toutes les bonnes bourses pour avoir argent, et y emploient tous leurs amis et crédit pour faire grands amas de deniers pour porter à Lyon ou en Italie et ailleurs, qui est un vray moyen d'achever de ruiner l'Estat, si Dieu, par sa miséricorde, ne coupe le cours de ceste meschante invention, qui ne porte que la ruine des François.
« Autre abus grandement préjudiciable touchant la permission qui se fait de laisser faire dans la ville de Paris et ailleurs, un si grand nombre de passemens d'or et d'argent, qu'autant vaudroit-il permettre de mener les finances de France à charretées dedans la mer, attendu que sont besougnes perdues au monde, dont il ne revient aucun profit, et pareillement que ce sont estoffes qui ne se doivent porter qu'aux roys et aux princes; le tout à faute d'une bonne reigle et police, qui se peut faire avec celle des draps de soye par le moyen dudit reiglement.
« Qu'on prenne exemple aux bas de soije qui viennent tous les ans en France, il se trouvera plus de cinquante mil personnes qui en portent, pUis tost moitié davantage que inoins. Quand ils ne cousteroient que quatre encus l'tm
AU MOYF.N Af.E. — NOTES, 301
jjorlanf Vautre^ et chascun en peut user quatre paires par an, cest article seul monteroit à huit cents mi! eseus ; et qui le pourroit sçavoir au vray, il s'y en trouveroit davantage.
« Or est-il que si les bas de soye reviennent à une si grande somme de deniers tirez hors de la France, les draps d'or et d'argent et de soye reviendront à vingt fois davantage, ayant esgard au grand nombre qui s'en porte par toute la France, tant grands que petits, jusques aux bourgeois, bourgeoises et autres qui en sont ordinairement vestus, au grand préjudice du public ; d'autant que l'on peut avoir moyen de faire marchandise en France pour en estre vestus, et par ce moyen l'on feroit travailler les pauvres ; car à faute de leur donner moyen ils demeurent à rien faire et se perdent du tout, soit de pauvreté ou autrement.
'< Que si les princes ou princesses ont affaire de toille, de drap d'or et d'argent et autres estoffes rares, elles se peuvent manufacturer en France, belles et bonnes sans nulle difficulté ; et peut-on aisément faire venir du pays de Perse et de Levant, les soyes toutes escrues et mesmes en change d'autres marchandises , sans tirer l'or et l'argent de la France.
'< Outre ce qu'avec le temps il se plantera parmy la France des meuriers pour nourrir des vers à faire la soye, à l'exemple du Languedoc, qu'ils en ont grand nombre , mesme le sieur de Saint-Privat , gentilhomme de ce pays , qui a fait tant de pépinières de ces meuriers , que depuis deux ou trois ans ils en ont planté dans le pays, mesme en Provence , Orange et comté d'Avignon , plus de dix millions, outre ceux qu'ils avoient auparavant. Ce sont arbres faciles à venir et qui apportent grand profit, soit du bois que l'on coupe de cinq à cinq ans , ou de la feuille pour nourrir lesdits vers, qui font grand nombre de soye : il y a tel meurier qui a porté du profit à son maistre plus d'un
escu, et s'aferment les communs à vingt ou trente sols tous les ans. Il y a pareillement des meuriers en ïouraine qui font des soyes belles et bonnes, voire des meilleures qui se puissent trouver. Ce mémoire servira d'instruction à plusieurs qui pourront planter desdits meuriers. La terre y est propre en plusieurs endroits de la France, desquels meuriers se nourriront les vers , qui embesongneront plusieurs mesnages, lesquels en tireront du profit, et est chose certaine et Yéritable.
« Autre instruction pour les cuirs en la ville de Nérac en Gascongne. Il y a un maistre courroyeur, nommé Bernardin , qui acoustre des cuirs qui sont si forts et si bons , qu'il n'y a ni espée ni hallebardes qui les puissent percer, tesmoin qu'il en a fait au roy qui est à présent, des casques et cuirasses qui ont esté esprouvez en la présence de sa Majesté, qui n'ont jamais sceu estre percés ; et pareillement audit Bernardin, il y a des Suisses aussi courroyeurs retirés depuis quinze ans au pays de Biart, lesquels acoustrent des peaux de bœuf en buffle, des chèvres en chamoys, qui sont aussi beaux et aussi bons que ceux qui viennent d'AIIemaigne, chose de vérité, et par conséquent s'en peut-ll travailler par toute la France.
« Autre exemple : en la ville de Dourdant il y en a qui, depuis quelques années , se sont accoustumez à faire bas de soye, bas d'estame, et les font aujourd'huy aussi bons et aussi beaux que ceux qui viennent d'Italie et d'Angleterre. Et en la ville de Senlis et plusieurs villages aux environs , deux pauvres hommes venant de Flandres , depuis quelque temps , leur ont appris à faire des dentelles que l'on appelle ouvrages de Flandres , que aujourd'huy il ne s'en peut voir au monde de plus belles et mieux faites et en grande quantité ; par conséquent toutes sortes d'ouvrages et manufactures se peuvent dresser partout. Il n'y a chose du monde que les François ne contrefacent , et encore le
feront mieux quaud ils y travailleront avec une belle reigle et discipline , ainsy qu'il se peut faire par le moyen dudit reiglement.
« Que si aisément l'on peut faire manufacturer les draps de soye et toille d'or et d'argent , plus aisément l'on fera travailler et manufacturer toutes sortes de draps et sarges et toutes autres marcliandises, et peuvent faire travailler et employer grand nombre de personnes au grand bien et augmentation du domaine du roy , et pareillement pour tout le bien public.
« Il est grandement nécessaire, pour le bien et utilité du public, de considérer qu'ordinairement on fait vente de la plus grande partie des laines qui se lèvent en Languedoc, Provence et Dauphiné, qui se transportent en Italie, là où ils emploient lesdites laines, et les font travailler en sarges de Florence, estamets , ras de Milan , et autres ; qu'après ^stant mises en manufactures , on les rapporte vendre et débiter eu France, qui est donner à cognoistre duperie des François 5 car si la reigle et police de la manufacture estoit bien establie en France , on feroit travailler des doubles sarges de Florence , tesmoin les draps du seau de Rouen , sarges de Limestres et autres draperies qui se font en France.
« Pour bien faire travailler et manufacturer les ouvrages, il est besoin de dresser des chambres pour chasque corps de mestier, ainsi qu'il est amplement déclaré par le reiglement, lesdites chambres estant le vray remède d'amener à bonne fin toutes entreprises qui se travailleront par tout le royaume
« Alors les marchandises et manufactures se feront en perfection ainsy qu'anciennement elles se souloient faire, et tout a esté aboly par le désordre et confusion qui a este par le pusse
504 Al'PUÉCIATlON l)F. LA FORTlîNF, PRIVRK
'< L'on peut prendre exemple snr toutes les antres marchandises et manufactures. Que l'on regarde les cuirs qui sont nécessaires aux riches et aux pauvres ; le temps passé pour tanner les cuirs ils demeuroient un an ou deux à les tanner et courroyer , et aujourd'huy ils n'y demeurent pas trois mois ; de sorte qu'à présent quatre ou six paires d'ouvrages n'en vallent pas une du temps passé, qui est un abus infaillible qui ne se peut remettre, si ce n'est par le moyen desdites chambres.
" Et par cy-devant le commerce des vins , sel , pastel et autres marchandises, amenoit en France beaucoup de thrésors, spécialement ducats à deux testes, millerets, angelots et autres espèces d'or , et au lieu , on nous amène grand nombre de marchandises manufacturées : et pour cest effect , lesdites chambres establies, c'est le vray moyen d'y remédier
"■ Tl y a de la noblesse et autres qui se plaignent et remonstrent que les draps de soye et toille d'or et d'argent les ruynent, et qu'ils ont fait plus de despense depuis trente ans que leurs prédécesseurs n'en avoient fait depuis trois cens ans; et plusieurs bourgeois et autres en disent de mesme , en partie à cause de leurs femmes à qui ils ne peuvent retrancher les habits; et si en veulent faire tous les jours davantage.
« Et pour le regard de la draperie, il est coigneu à tout le monde qu'elle se fait plus belle et meilleure en France qu'en tous les endroits de l'Europe ; il n'y manque que la police de les faire faire de leurs bontez et largeurs. Pour le regard des sarges, on en peut travailler en France facilement, à l'exemple de la ville de Sommieres en Languedoc, où, depuis cinq à six ans , ils font des sarges larges et fines, aussi belles et meilleures qu'il en vint jamais de Florence ; et mesme dans la ville de Nismes , audit pays de
Languedoc, il se fait des sarges façon de ras de Milan, et pareillement en la ville de Chartres on a commencé a en faire de belles et bonnes, et en d'autres endroits de France.
« Pour les draps de soye, il s'en peut faire en plusieurs villes de France , et ainsi qu'ils ont commencé en la ville de Lyon et Tours il y a long-temps ; mesme en la ville de Paris il y a un maistre, nommé Godefroy , qui fait toutes sortes de drap de soye , toilles d'or et d'argent, et sans nul doute en fera des plus belles qu'il en vint jamais des pays estrangers. En la ville de Montpellier, depuis trois ou quatre ans, ils ont commencé à faire des velours , satins, taffetas et autres marchandises de soye, qui donne à cognoistre la facilité à un chascuu ; et en outre audit Montpellier, ils font des futaines blanches façonnées de toutes sortes , plus beaux et exquis qu'il en vint jamais d'Allemaigne et Flandres.
« Pour le regard des toilles , en la ville de Saint-Quentin en Picardie, en la ville de Louviers eu Normandie , et autres lieiLX audit pays, il s'en fait aujourd'hui des plus fines , belles et bonnes que les toilles de Hollande ; voilà pourquoy ayant en France lins et chanvres en si grande abondance , l'on peut faire toutes sortes de toilles larges et estroites , façonnées et ouvrées aussi bien qu'au pays de Flandres, leur ostaut le cours des leurs ; sans difficulté leurs ouvriers viendront vivre et travailler eu France, comme ils feront de toutes sortes d'ouvrages à l'exemple d'aucuns Flaraens qui se sont rangés durant ces troubles en la ville de La Rochelle, qui accoustrent des raarroquins plus beaux et meilleurs que ceux mesmes qui viennent de Flandres.
« Et depuis quelque temps au pays de Biart , dont il a esté parlé cy-devant , font venir de Candy et de Barbarie , parle moyen des marchans de Bayonne, des buffles et
chamois on poil , qu'ils uccoustient les plus beaux qui n'est pas possible de plus; et à l'exemple d'iceux, par tous les ports de mer faisant leurs voyages, ils peuvent appoiter lesdites peaux, et faire travailler lesdits buffles et cliamois en tous endroits de la France , chose simple et sans difficulté.
" Autre exemple de la ville de Poictiers : depuis sept ou huit ans ils accoustrent des peaux de bœuf, vache, chèvre et autres, ou façon de buffles et chamois, très bons et beaux, chose de vérité.
' Il seroit de besoin pour le public que toutes les villes prinssent imitation à la ville d'Amiens, où l'on travaille grand nombre de marchandises, qui sont sarges, camelots, toilles, et infinies autres marchandises qui font vivre beaucoup de peuple , et attirent les deniers des estrangers ; telles gens sont à louer , et les contraires et fainéans à niespriser.
•< Mais l'on pourroit à bon droit comparer aucuns François aux sauvages plustost qu'à des hommes de police; car comme ils donnent leurs richesses pour des sifflets et sonnettes, aussi les François reçoivent des babioles et marchandises estranges en eschange de leurs trésors.
« Ils peuvent avoir grands moyens et richesses estant dans un royaume le plus fertile et abondant de l'Europe , mais ils ne sçavent user des biens que Dieu leur donne ; ils ne considèrent point qu'ils demeurent nécessiteux, vagabonds et à rien faire , et, par leur nonchalance et paresse, donnent à vivre à la moitié des royaumes et provinces voisines de la France, leur faisant faire les ouvrages et manufactures qui aisément se peuvent travailler en France. YoN ez par expérience l'Angleterre , qui tous les ans nous envo} e plus de mil navires ou vaisseaux en partie chargés de marchandises manufacturées , qui sont draps de laine , bas d'estames, futaines, bural et autres marchandises. Et
AU MOYEN A(;K. — NDTKS. ".07
pareillement les paj s de Flandres nous envoyent leurs tapisseries, paintures, toilles, ou^ rages (.s/c), passements de soye, camelots, sarges, marroquins et autres marchandises. Et rAUemaigne semblablement , les buffles , chamois , petites futaines, boucassins, bombasins, quincaillerie, et grand nombre d'autres marchandises. Pareillement , l'Italie , Genève et autres provinces nous apportent leurs draps de soye, toilles d'or et d'argent, sarges de Florence et autres marchandises en abondance ; et pour leur rendre la valeur d'icelles, il semble qu'il seroit de besoin, n'ayant marchandises manufacturées pour c'est effect , leur bailler en eschange les sacs et procez , cartes et dez , et toutes sortes d'autres jeux qui sont les ouvrages et trafic de la pluspart des François, jusques aux laboureurs des champs qui en font mestier et marchandise.
« Et pour y remédier, il est besoin faire travailler les manufactures et ouvrages pour remettre les pauvres villes et villages ruinés; ce sera avoir trouvé la vraie pierre philosofalle : au lieu de convertir le cuivre et autres mestaux en or et argent, ce seront des doubles thrésors des Indes pour faire voir et admirer les François à cinq cens lieues de leur province. «
Note K, p. 54.
ÉPICERIES AU Wf SIÈCLE.
Le haut prix des drogues et des épiceries se soutenait encore vers le milieu du xvi« siècle. C'est un fait dont témoigne V('<li( de François premier, du 20 avril 1542, sirr If
508 APPKKCIATION DE LA FOKTUNK PRIVÉE
paiifinent de l'imposiiiion foraine, droit de resvc (douane) ou doriiaincfurain et havlt passuiye... [a].
On a déjà eu occasion de faire observer que les prix déclarés dans cette sorte de tarif ont été portés plus ou moins au-dessous de la \ aleur réelle des marchandises , soit par ménagement pour le commerce, soit, ce qui est plus vraisemblable, pour ne pas exciter à la fraude en exigeant trop de la soumission à la loi. Quelques-unes de ces évaluations sont tellement en deçà du cours de l'époque, que des villes manufacturières, telles que Rouen, crurent devoir réclamer contre la faiblesse de l'impôt, circonstance singulière, dont notre siècle pourrait, toutefois, fournir quelques exemples... Quoi qu'il en soit , la moyenne de la différence entre les chiffres de ce tarif et les prix courants du commerce étant d'un tiers environ, on approche beaucoup du vrai en ajoutant au prix tarifé la moitié de ce prix. Or, d'après cette base, l'évakiation des principaux articles de drogues et d'épicerie taxées par l'édit d'avril 1.542, donne les résultats suivants :
An. 1542. — Marc d'argent à 15'. — Pouvoir de 4.
Marchandises, la liv. de 16 onces.
Girofle
Cannelle, ou cinnamome.
Noix muscades entières. .
Macis
Liv. numéraire Livres de l'époque. du xu« siicle.
Valeur en francs actuels.
Liv. B. a. Liv. s. a.
Fr. c.
(a) Edition de Paris, Haullin, 1550, in-8. (Livret rare). Cette édition contient, outre l'édit de Tonnerre, avril 1542, l'ordonn. de Fontainebleau, du 28 mars, même ann., sur la modération du haussement ou rabais des évaluations portées dans l'édit d'avril 1542 ; un autreéditde modération, du 21 juin 1543, et enfinl'édit d'avril 1540 et l'avis du conseil du 28 mars, sur la décluraiion de consistance des poids et mesures de tout ordrc en usage dans le commerce de Paris.
Marchandises, la liv. de 16 onces. ^''^- "'"""aire Livres VaUur en
de l'epoqne. da xix' siècle, francs actuels.
Lir. s. d. Liv. s. d. Kr. <?.
Poivre de toute sorte.. . . 0 15 0 = 2 15 0 -Il 0
Sucre de toute sorte.. . . 0 4 6= 0 17 0 3 40
Confitures de toute sorte. 0 7 6 m 17 6 5 50
Safran 4 10 0 =: 16 10 0 66 0
Gingembre 0 15 0 = 2 15 0 M 0
Manne de Calabre 4 10 0 =: 16 10 0 66 0
Manne de Dauphiné et de
Provence 0 15 0 = 2 15 0 110
Rhubarbe {b) 18 15 0 = 68 15 0 275 0
Aloès succotrin 0 15 0= 2 15 0 110
Séné du Levant 0 15 0 = 2 15 0 110
Musc 150 0 0 = 550 0 0 2,200 0
Civette 90 0 0 = 330 0 0 1,320 0
Ambre gris 195 0 0 ri= 715 0 0 2,860 0
Corne de licorne (c) . . . 30 0 0 = 110 0 0 4i0 0
Sang de dragon fin. ... 1176= 6 17 6 27 50
Azur On 3 0 0 = 11 0 0 4i 0
Camphre (î 0 0 = 22 0 0 88 0
Roche de borax 3 0 0 = 11 0 0 44 0
Mirrhe 12 6= 426 16 50
Benjoin fin 110 0= 5 10 0 22 0
Eté
(6) Prix exorbitant, eu égard au cours actuel.
(c) Comme il n'y avait pas plus de Urornes en 1512 qu'il n'en existe en 1847, il reste à savoir de quelle corne, dent ou aréle, vendue sous le pseudonyme licorne, ou tirait la valeur de 440 dp nos francs, par livre.
510 APPRÉCIATION DK LA roRTlNE PRIVÉE
Note L, p. 98.
OBSÈQUES DE CHARLES Vil.
Le manuscrit cité est intitulé :
Comptes de Tanneyuy du Chastel^ au vivayit de feu le roi Charles VU de ce nom,, dont Dieu ayt lame, son pretnier escmjer de corps... de la recepte et despense faictc par ledict premier escuyer à cause des obsèques... dudict seigneur... (An. 1461.)
Ce Tannegui, vicomte de la Bellière, était neveu du Tannegui du Chastel, grand maître de la maison de Charles VII, qui eut une part si directe au meurtre du duc de Bourgogne. Il avait été sincèrement attaché à la personne du roi, et, parce qu'il s'était chargé du payement de la dépense de ses funérailles, on a prétendu qu'il en fit les frais de ses propres deniers. Mais les biographes lui font honneur d'un dévouement qui, d'après ses comptes authentiques, n'aurait pas été aussi loin qu'on le suppose, et notre manuscrit en est une preuve. On y reconnaît, en effet, que la dépense de Tannegui était couverte par les fonds qu'il avait reçus des notaires secrétaires du roi, ^^our estre convertis et emploies par ledict escuyer au J'aict desdictes obsèques. Aussi lisons-nous dans les remarques de Denis Godefroy sur les Chroniques de Charles Ml, que « ce fut le comte de « Dunois qui prit le soin principalement de la pompe fu- « nèbre et des derniers devoirs rendus au Roy Charles VII, « son bon maistre ; qu'il alloit de pair en ce convoi avec « trois princes du sang..., qu'il appaisa par son autorité « tous les différends qui survinrent en cette cérémonie... « et qu'il y ordonna de tout... (a). »
[n) Hisl. de Charles VIL In-fol., p. 804.
Taimegui n'a donc agi , dans cette circonstance , qu'en sous-oi'dre et en qualité de comptable.
On ne confondra pas les 24 crieurs de Paris, dont le salaire est évalué dans nos tables , avec les 24 hanouars qui eurent part, comme eux, à la même cérémonie.
L'article du compte de dépense qui concerne ces derniers, et dont il n'a* pas encore été question, est ainsi conçu :
« Aux xxiiij hanouars porteurs de sel à Paris, oustre « leur desp, de bouche , par composition laicte avec eux « par les religieux de St. -Denis , et porté inhumer lediet « seigneur par les mettes diceulx religieux, comme aussi ■< pour avoir porté le corps par pluseurs autres lieux et « limites qu'ilz ny estoient tenuz de faire