‹ Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, relativement aux variations des valeurs monétaires et du pouvoir commercial de l'argent: suivi d'un examen critique des tables de prix du mare d'argent, depuis l'époque de saint LouisChapitre 65 sur 68 · CONSÉQUENCES FINANCIÈRES DE LA CONDAMNATION DE JACQUES CCF.UR · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES FINANCIÈRES DE LA CONDAMNATION DE JACQUES CCF.UR

Que des valeurs sorties de France, dans l'intérêt du commerce national, n'y soient jamais revenues par suite delà condamnation de Jacques Cœur, c'est ce que rendent plus que présumable la nature du négoce et l'étendue des opérations de l'illustre marchand. On connaît l'importance des relations qu'il entretenait depuis vingt ans avec l'étranger, et plus particulièrement avec l'Egypte et les échelles du Levant. Son trafic ne se bornait pas à importer en France des produits d'outre-mer achetés de la première main \ il embrassait aussi l'exportation, en Asie et en Afrique, de produits français et d'autres contrées européennes, d'où résultait une balance en argent plus favorable ou bien moins onéreuse à l'Etat, qu'on ne serait porté à le supposer, dans

le sens de la condamnation, d'après l'excessive cherté des epicerieset des tissus précieux qui faisaient l'objet principal des importations. Les armures fabriquées en France et à Milan, d'un prix non moins élevé, étaient du nombre des marchandises que les flottes de Jacques Cœur transportaient au Levant, et dont les retours doublaient la mise du commerce français. Les pièces de son procès fournissent les preuves de ce fait et de plusieurs autres, qui autorisent à penser qu'une forte partie de ses biens confisqués au profit de l'Etat, qu'au moins les valeurs qui se trouvaient hors de France à l'époque de sa condamnation, n'y sont pas rentrées depuis. Elles nous apprennent que « l'accusé fut tenu de justifier des permissions qu'il assurait avoir eues des papes Eugène IV et Nicolas V, pour des transports d'armures chez les Sarrasins; lesquelles permissions, disait-il, il faudra peut-être chercher dans les registres de Rome, si elles ne se trouvaient pas à Montpellier ou à Aigues-Mortes. Elles ne s'y trouvèrent point, en effet, et l'on en prit droit de condamner l'accusé sur cet article, qu'on regardait alors comme une chose importante. •>

Nous ajouterons, si importante, que le même article d'accusation est reproduit dans les mêmes pièces sous une forme plus imposante encore. On fait un crime à Jacques Cœur d'avoir, toujours sans la permission du roi et du pape, « transporté chez les Sarrasins une grande quantité d'armes, qui n'avaient pas peu contribué (suivant l'accusation) au gain d'une victoire remportée par les inlidelles sur les chrétiens (a). »

Telles étaient la puissance commerciale de Jacques Cœur et l'immensité des richesses qu'il lui devait, qu'on croyait l'expliquer en supposant que Jacques avait appris de Raymond Lulle, son contemporain, le secret de faire de l'or.

(<i) Uechenhea nur ]a< quei Cœur, par Bonaini, dcl'Acad. (Jos Inscript.

On oubliait, apparemment, qu'il possédait en propre douze vaisseaux qui voyageaient sans interruption , pour son compte personnel, dans les eaux de l'Afrique et du Levant, et que, depuis nombre d'années avant sa condamnation, il faisait lui seul plus de commerce que tous les autres marcbands réunis. Aussi voit - on , par les mêmes pièces de procédure, qu'il encourut la haine des négociants italiens , notamment Vénitiens et Génois, les plus renommés, dont il avait ruiné le trafic. Ce qu'on va lire, enfin, ne peut que fortifier la probabilité delà perte que la France aurait faite de valeurs plus ou moins élevées, dépendant de la fortune de Jacques Cœur, et qui, ayant été soustraites à la confiscation effectuée en 1453, seraient sorties du pays, ou n'y seraient jamais entrées.

« Si quelques-uns des facteurs de Jacques Cœur furent ses accusateurs et ses plus cruels ennemis, il y en eut d'autres, en plus grand nombre, qui partagèrent la disgrâce d'un si bon maître et ne l'abandonnèrent pas dans ses malhem's. .Obligés de s'enfuir à la nouvelle de son emprisonnement, ils mirent à couvert tout ce qu'ils purent emporter de leurs biens et de ceux de Jacques Cœur, avec qui ils étaient associés dans son commerce . Les principaux étaient Guillaume de Yaric et Jean de Village ; le premier avait fait une fortune considérable et avait été anobli par Charles Vil; le second, natif de Bourges, avait été élevé jeune par Jacques Cœur qui , reconnaissant en lui des sentimens de probité et des talens pour le trafic, lui avait fait épouser sa nièce et lui avait confié le commandement de ses galères.

« Jean de Village était dans un port de Languedoc, lorsque les officiers du roi se transportèrent dans cette province pour se saisir des navires de Jacques Cœur et de toutes les marchandises qui y étaient.

« Jean de Village s'opposa à cette saisie : non seulement il demanda une décharge de la part du roi, mais il \(mhit

AU MOYEN Af.E. — NOTES. 521

encore en avoir de Jacques Cœur, après qu'il lui aurait rendu ses comptes. La vigueur qu'il témoigna en cette occasion fut cause que les commissaires du roi ne portèrent pas alors plus loin cette affaire, et laissèrent en repos Jean de Village. Une opposition si marquée aux ordres de son souverain devait lui faire appréhender des suites fâcheuses , et ce fut pour se mettre à l'abri de toute poursuite qu'il se retira à Marseille, qui n'était pas encore de la dépendance du royaume...

« Plus tard, Jacques Cœur, rendu en franchise dans le couvent des Cordeliers de Beaucaire, écrivit au même facteur que, pour Dieu, il le jestat hors de la. Sur quoi Jean de Village lui fit dire, pour le reconforter, «que, puis- « qu'il avoit volonté de sortir des Cordeliers de Beaucaire, « il avoit courage, moyennant l'aide de Dieu, de l'en mettre « dehors, et qu'enattendant l'exécution de son projet, il eust « à faire bonne chère. »

« Il retourna en diligence à Marseille, où il fit part de ses desseins à deux autres facteurs de Jacques Cœur, nommés Çtnillaume Gymart et Guillardet, natifs de Bourges , que l'emprisonnement de leur maître avait aussi obligés de prendre la fuite : ceux-ci l'encouragèrent et s'offrirent à le suivre. Comme Jean de Village avait des navires armés à sa disposition, il n'eut pas de peine à trouver dix-huit ou vingt compagnons de guerre, dont lui et ses deux associés jugèrent à propos de se faire escorter. Cette petite troupe étant arrivée à Tarascon, on fit avertir Jacques Cœur de se tenir prêt le lendemain à sortir des Cordeliers, après qu'il aurait entendu leurs matines, qui se disaient à minuit.

><■ Il était question d'entrer dans la ville de Beaucaire, entourée de murailles ; mais un des soldats de Jean de Village connaissait une ouverture dans un des endroits du mur, que l'on pouvait aisément agrandir, et par où il serait facile de passer sans être aperçu. Ils traversèrent donc le Rhône dans

une barque qu'ils avaient louée, avec les instruments dont ils avaient besoin , et étant arrivés au pied des murs de Bcaucaire, ils y attendirent l'heure marquée pour se rendre au couvent des Cordeliers. Jacques Cœur étant venu à leur rencontre à la sortie des matines, ils lui firent repasser le Rhône dans leur barque jusqu'à Tarascon, d'où ils le conduisirent par terre à la Tour-de-Boue, petit port de Provence, où Jean de Village avait ordonné qu'on lui tînt toute prête une barque dans laquelle il fit monter Jacques Cœur; et l'ayant fait débarquer auprès de Marseille, il le conduisit par terre jusqu'à Nice. Jacques Cœur s'y embarqua sur un navire armé, et se rendit à Pise, d'où enfin il arriva heureusement à Rome...

« Le pape Nicolas V ne voulut point alors qu'il eût d'autre demeure que son palais , et, dans une maladie qu'il y eut, il lui rendit des visites fréquentes, et ordonna à ses médecins d'en avoir autant de soin que de sa propre personne. Mais il ne dut pas jouir longtemps du plaisir de revoir un pontife qui avait pris tant de part à ses malheurs : la mort enleva Nicolas V les derniers jours de mars 1455, après huit années de pontificat.

« Jacques Cœur, n'ayant plus rien à craindre de ses ennemis au milieu de la ville de Rome, s'y occupa à régler ses affaires et à se faire rendre compte des biens dont ses facteurs avaient eu l'administrât ion, car toutes les richesses de Jacques Cœur n'étaient pas en France. Il était en correspondance avec les négociants de l'Italie et du Levant ; ses vaisseaux faisaient encore des voyages sur la Méditerranée pendant sa prison; et ceux de ses facteurs qui lui demeurèrent fidèles mirent en sûreté les biens de leur maître. Ainsi, malgré la confiscation de ceux qui se trouvèrent en France lorsqu'il fut emprisonné , il trouva encore des ressources. Jean de Village dit que pendant le séjour que Jacques Cœur fit à Rome, il alla l'y trouver, et « besogna

AU MOYF.N \C.\-. — NOTKS. .Vi")

« avecques lui de tontes les ohariïes et administrations de « ses galères et falots qu'ils avoient eus ensemble ; » et qu'après avoir partagé ce qui leur devait revenir, ils se séparèrent contents l'un de l'autre...

« On croit, enfin, qu'en 1 455, Jacques Cœur, contri^buant à une expédition dirigée contre les Turcs, s'embarqua sur la flotte commandée par le patriarche d'Aquilée, destinée à secourir les îles chrétiennes les plus voisines de la domination musulmane. Ce qu'où tient pour certain, c'est que cet homme, si justement célèbre, mourut au mois de novembre 1456, loin du pays ingrat qui l'avait méconnu. » [liecherches de Bonami.)

Note P, p. 176.

(Pour la page 147, voir note 0.) SPECTACLES A l'eKTRÉE DE LA REINE A PARIS,

EN 1514. (a).

« Depuis la porte Sainct Denis jusques à Nostre Dame de Paris, toutes les rues estoyent tendues de riches broderies et tapisseries, et pluseurs eschauffaulx et mystères esdictes rues comme plus à plain sera déclairé.

« Ilem^ à l'entrée de ladicte ville avoitung grant eschauffault sur lequel avoit une grande navire d'argent sur la mer, dedans laquelle estoyt le roy Bacus tenant ung beau raysin

(,«) Marie d'Angleterre, troisième femme de Louis Xll. L'extrait suivant de la relation originale comprend Ion? les objets de dépenses appréciés dans I'Appendice, au lieu indiqué.

dénotant plante de vins, et une rovne tenant une gerbe dénotant plantede blés- et aux troysmats de ladictenavire au plus hault estoyeiit trois grosses bunes dorées dedans lesquelles estoyent troys personnages, les deux armes aux deux boutz tenant cbescun ung grant escusson, et celuy du millieu ung eseu de France. Aux quatie boutz de ladicte mer estoyent quatre grans monstres sou filant, dénotant les quatre vens nommez Subsolanus, Auster, Horeas et Zephirus. Et dedans ladicte navire estoyent matelotz et aultres personnages , lesquelz chantoyent mélodieusement. Aux deux boutz de ladicte navire estoyent les armes de Thostel de ladicte ville.

« Jtem^ à la fontaine du Ponceau a voit ung beau jardin dedans lequel avoit un be-iu lyz et un beau rosier de roses vermeilles , et dedans ledict jardin estoyent troys jeunes pucelles nomées, l'une Beaulté, Lyesse et Prospérité. Autour dudict jardin estoyt escript :

Gratia prœveniens et gratta jam data.

« Item, devant la Trinité avoit ung eschauffault, sur lequel estoyt le roy David et ses chevaliers, et la royne de Saba et cinq jeunes damoysclles, laquelle royne portoit la paix à baiser audictroy, lequel la remercioit humblement. Et au pied dudict eschauffault estoit escript :

Royne Saba, dame de renommée, P^st venue veoirSalomon le tressaige, Qui l'a receue dung amoureux couraige , Par sur toutes l'a prisée et aymée ; C'est la royne par vertu enflammée.

Belle et bonne vertueuse en langaige.

Noble Saba.

I,e très cresticn snehani quelle est famée, A priiis plaisir venir en ^(m hérllaige :

Le beau iiicseut de paix en inariaige Sest ensuivy, dont elle est a estimer. {Sic) Noble Saba.

" ffem^ à la porte aiixPaintres avoit un grant escliaulfault au plus liault duquel estoit Dieu le Père tenant le lyz et le eueur de France. Et au bas dudlet eschauffault estoyent ung roy et une royne , ledict roy tenant en ses mains ung eeptre et un baston royal, et la dicte royne tenant en une main un baston royal et en l'autre une rose vermeille , et au dessoubz estoyent cinq jeunes pucelles ; eest assavoir France, Paix, Amytié, Confédération et Ahgleterre; lesquelles chantoyent mélodieusement. Et audessus dudict roy et de ladicte royne estoit escript ce qui sensuyt :

Veni de Libano sponsa niea. — Veni et curonaberia.

" Item, devant sainct Innocent a\ oit ung grant eschauffault, et au plus hault estoyent les quatre vertus gardant le lyz de France. Et au-dessus estoit escript ce qui sensuyt :

Mii>ericordia el veritas custodiunt reyem.

« Et au bas dudict eschauffault estoit le grant pasteur, lequel faisoit monter au plus hault avec ledict lyz une belle rose vermeille espanie, dedans laquelle estoit une jeune royne nommée Franc Vergier, montant au trosne d'honneur ; et au pied dudict eschauffault estoit dame Paix, laquelle avoit mys et Ireaovvhr la Guerre soubz ses piedz.

« Jtem^ au Chastelet de Paris avoit un grant eschauffault [h] au milieu duquel estoit dame Justice et Vérité montant

(6) Objet de la dépense payée au poêle Oiingoire

et descendant du trosne sur la terre : et à dextre et à senestre estoyent les douze pers de France , chescun portant ses armes, gardant la couronne de France. Et au miliieu dudict eschauffault estoit escript ce qui sensuyt :

Veritas de terra orta est. — Et justicîa de cœlo prospexit.

<< Et au bas dudict eschauffault estoyent cinq personnages au miliieu desquelz estoyent bon Accord , Stella maris , Minerve, Dyana et Phebus.

« Item, à la porte royalle du Palais avoit ung grant eschauffault au plus hault auquel estoit l'auge Gabriel saluant la Vierge Marie en disant : Ave, gratia plena. Et entre eulx avoit ung beaulyz,et au dessoubz estoyent deux grans escuz couronnez, cest assavoir l'escu dTrance de l'ordre du roy, et l'autre myparty d'azur et de geulles semé de fleurs de lyz d'or, et troys iyepars d'or en champ de geulles (gueules) bordé de roses vermeilles : et a dextre estoyt un grant porc espic [c] soustenant lesdictz escuz, et à senestre estoyt ung grant lyon rampant soustenant lesdictz escus. Et au bas dudict eschauffault avait un beau jardin nommé le vergier de France semé de pluseurs beaulx lyz , et au dessus du dict jardin estoyent ung roy et une royne, et à dextre estoit dame Justice tenant une espée en sa main, et à senestre estoit dame Vérité tenant en sa main la paix, et dedans ledict jardin estoyent pluseurs bergiers et bergieres, lesquelz chantoyent mélodieusement. Et à dextre et à senestre.... estoyt escript ce qui sensuyt :

Comme la paix entre Dieu et les hommes,

Par le moyen de la vierge Marie,

Fut jadis faictc, ainsi à présent sommes

(c) Devise de Louis XII.

Bourgoys françoys desrangez de nos sommes, Car Marie avec nous se marie.

Etc

[Entrée de très excellente princesse dame Marie d'An- (jleterre, royne de France, petit in-8" goth., déjà cité.)

Note Q, p. 187.

{Pour la page 143, voir noie N.) ANCIENNE ADMINISTRATION FINANCIÈRE.

" Ce qu'il faut savoir, c'est que, si on a des recherches à faire pour s'assurer d'un fait relatif à l'ancienne administration intérieure de la France, ce n'est pas dans le dépôt d'un seul ministère qu'il faut espérer de trouver les documents dont on a besoin : il faut fouiller dans toutes les archives , et à peu près avec la certitude de ne pas trouver ce que l'on cherche.

« A défaut de ces documents, j'ai eu recours aux recueils imprimés. Je n'ai rien appris de certain, de suivi, de complet, des écrits du temps, des collections et des mémoires des règnes suivants ; mais j'ai trouvé une riche mine d'observations, d'informations, de faits, de tableaux et d'états de recettes et de dépenses, dans les ouvrages de Forbonliais. On sait que ce laborieux écrivain vécut dans l'mtimc confiance des plus célèbres ministres du siècle dernier, du maréchal de Bellisie, de M. de Machaut, du duc de Choiseul, de M. de Silhouette, etc. etc. 11 fut successivement administrateur des monnaies et premier commis des finances, lia puisé aux sources, et sa sévère exactitude ne peut pas plus être mise en doute que son savoir.

« Le noble rapporteur à qui j'ai demandé où il avait puisé ses informations m'a dit qu'il les avait trouvées dans les manuscrits de Colbert. M. de Forbonnais a eu pendant plusieurs années ces manuscrits à sa disposition, et il nous a donné dans ses recherches tout ce qu'il y avait trouvé, c'est-à-dire rien de positif ni de complet. D'ailleurs, Louis XIV a régné trente-deux ans encore après la mort de Colbert. Une durée de trente-deux années, et les dernières, sont quelque chose, je crois, dans l'histoire d'un règne, et elles sont tout dans cette discussion.

« Or je vois dans ces recherches sur les finances de France, un très grand nombre d'états qui tous sont positifs quant à la somme finale des dépenses acquittées ; mais on n'y voit jamais la dépense isolée d'aucun département, ni celle même d'aucune des administrations subordonnées qui dépendent des ministères.

" J'ai sous les yeux l'état des dépenses de 1682. C'est un budget divisé en quarante-cinq chapitres. Les titres des dépenses indiquent bien la caisse d'où les allocations ont été tirées, mais cette indication laisse ignorer à qui elles ont été adressées, et par qui elles ont été dépensées.

« Ainsi, dans cet état, je vois que la dépense de l'année a été de l; 5,91 5,038 liv., sauf des réductions indéterminées ; mais je ne vois aucune désignation qui éclaii'e le lecteur sur la répartition qui, dans le cours de l'exercice annuel, a été faite de cette dépense.

« La titulature de ces chapitres est généralement vague, complexe, ambiguë. On sent qu'une foule de dépenses diverses par leur nature, par leur objet, ont dû y être comprises. On ne peut douter que les sommes inscrites sous la plupart de ces titres n'aient été le sujet d'une répartition régulière, mais aujourd'hui ignorée; et il en est où l'on est assuré que telle ou telle administration a dû être portée pour une part alors définitivement déterminée, mais

AU MCIVE.N AGK. NOTES. 5:>9

dont on ne peut en ce njoment conjecturer la mesure. » [Fuils, calculs et observations sur la dépense du tninist. des affaires étrany..., depuis le reijne de Louis XIV, par le comte d'Hautenve. Paris, 1828, in-8".)

Note W, i). 230.

\Pour la page 176, voir note P.) ALTÉRAI ION DES MONNAIES AUX XIV*' ET XV*" SIÈCLES.

" Je ne m'arresteray point (dit Secousse) à détailler tous les inconveniens qui naissoient du désordre des monnoyes ; la cherté des denrées et des marchandises, la difticulté des

payemens, le dérangement du commerce, etc Je me

borneray aux plus considérables.

« I.e gain que le Roy faisoit sur les fabrications des nouvelles espèces, présentoit un appas trop considérable pour ne pas tenter ses sujets, mais principalement les estrangers, à le tourner à leur profit , en contrefaisant ces espèces. On transportoit hors du royaume une partie des monnoyes décriées, et on les y convertissoit en moimoyes qui avoient cours en France où on les rapportoit. Quelquefois même on y altéroit le titre qui estoit déjà très bas, ensorte que le royaume estoit rempli de monnoyes contrefaites ou fausses. Le Dauphin même, dans un besoin très pressant d'argent, dcffendit aux généraux maistres des monnoyes d'empêcher quon ne répandît dans le public des espèces fabriquées dans la monnoye de Paris, lesquelles par la fraude des gardes et maistres de cette monnoye, estoicnt plus foibles et moins pesantes qu'elles ne dévoient estre ; et il se contenta d'ordonner que ces officiers luy res-

titueroient le j'eblage; c'est-à-dire, ce qui manqiioit de matière sur chaque espèce.

« Quelquefois le public fatigué des fréquentes mutations des monnoyes, refusoit de recevoir les nouvelles. .T'en ay rapporté un exemple dans la note sur le mandement du 23 de novembre 1356. Il contiuuoit aussi quelquefois à se servir, au mépris des ordonnances, des monnoyes décriées; et il les conservoit dans le commerce pour un prix plus fort que celuy que l'on en donnoit à la monnoye ; et même il faisoit quelquefois monter le prix de celles qui avoient cours, audelà du prix porté par les ordonnances. On se conformoit quelquefois dans les recettes royales, à la volonté du public en cela ; et, sans avoir égard aux prix fixez par les mandemeus, on y recevoit les espèces pour celuy qu'elles avoient communément dans le commerce. Cela est prouvé par une ordonnance de la Chambre des Comptes, qui est imprimée dans ce volume. (Vol. III.)

« Les monnoyes estrangeres estoient aussi reçues dans le commerce, malgré les deffenses du Roj^ ; et le public seul en déterminoit le prix.

« Ainsi indépendamment des monnoyes fausses, la France estoit remplie d'une très grande quantité d'espèces de titre différent, et dont le prix dépeudoit uniquement de la volonté et du caprice du public ; et peut-estre encore plus des manœuvres secrètes de ceux qui estoient plus intelligens et plus fins que les autres, dans le commerce de l'argent.

« Ce fut inutilement que le Roy Jean et le Dauphin tâchèrent de réprimer ces abus par leurs ordonnances ; la preuve qu'elles furent mal observées , c'est qu'ils les renouvellerent très souvent.

« La variation des monnoyes causoit de grands dérangemens dans les payemens : à mesure qu'elles baissoient ou

qu'elles liaussoient , ceux qui avoient fait des marchez eutre eux, ceux qui avoient preste de l'argent, ceux qui en dévoient, etc., souffroient des pertes ou faisoient des gains , à proportion de ce que l'argent valoit lorsqu'ils avoient contracté, et du prix qu'il avoit à l'échéance du terme des payemens. Ainsi un homme qui pour prester six livres, avoit donné un marc d'argent qui valoit alors ce prix, perdoit la moitié de ce qu'il avoit donné, si on le payoit lorsque l'argent valoit douze livres ; car on ne luy rendoit qu'un demi-marc d'argent. Mais aussi il gagnoit le double, s'il avoit fait ce prest lorsque l'argent estoit à douze livres, et qu'on le payast lorsqu'il ne valoit plus que six livres : c'estoit la même chose pour les débiteurs.

« Pour remédier à ces inconvéniens, le public s'estoit accoustumé à ne plus contracter à livres et à sols, mais à marcs d'or ou d'argent, a florins ou autres espèces ; c'està-dire, on ne disolt pas, je vons preste cinquante livres en monnoyes courantes, et vous me rendrez dans un certain temps, cinquante livres en monnoyes qui auront cours alors ; mais je vous preste tant de marcs d'or et d'argent, et vous m'en rendrez autant; je vous preste une certaine quantité de florins ou de bons gros tournois, et vous m'en rendrez le même nombre en nature.

« Ces sortes de contracts estoient une des raisons pour lesquelles le public conservoit dans le commerce les monnoyes décriées ; car on en avoit besoin pour remplir les engagemens que l'on avoit pris lorsqu'en empruntant une certaine quantité d'espèces courantes, on s'estoit obligé de les rendre eu nature. »

— (Secousse. — Préface du t. III de la Coll. des Ordonn. des rois de France.)

« La cour des monnaies, dans des remontrances présentées à Henri 111 pendant la tenue des États-généraux de

50^2 AIMMŒCIXTION DE LA FOUTUNE l'RlVÉE

Blois, en 1577, nous apprend la raison de ces changemens fréquens de monnaies, sous les règnes de Philippe-Ie-Bel et de quelques-uns de ses successeurs ; c'est qu'alors nos rois ne levant ni tailles ni subsides sans le consentement des Etats, ils étaient obligés, dans leurs besoins, d'avoir recours à l'affaiblissement de leur monnaie d'argent, alin de doubler et de tripler par-là la valeur numéraire de leurs revenus. Mais, comme disent ces mômes remontrances au roi : « Nous ne sommes plus en ces termes ; car les rois, « depuis Louis XI, ne sont plus aidés de leurs monnaies en « leurs nécessités, ayant un pré, comme disoit ce même " roi, qu'ils tondent quand bon leur semble. »

« Le but principal de la cour des monnaies était d'engager le roi à interdire en tous contrats, promesses et obligations, le compte à sous et à livres fait sur une monnaie muable, et qui diminuait de bonté à mesure que les espèces d'or et d'argent surhaussaient, et à ordonner que dorénavant on ne pourrait plus contracter qu'à écus d'or, qui avaient presque toujours été dans le même degré de bonté depuis leur première fabrication. Henri HT, frappé des raisons de la cour des monnaies, donna son édit du mois de septembre 1577, enregistré au parlement au mois de novembre, pour faciliter cette nouvelle manière de compter ; mais cet édit n'eut pas tout le succès qu'on s'en était promis, à cause du malheur des temps, et dans la suite on revint à l'ancien compte par sous et par livres [a). — [lu' lierions sur l'éva/ualion de nos uwn/udes et de nos h/ f s lire s, par Bon ami.)

(..') V. la note S.

AU MOYF.N AGF. XOTKS, 65j

Note S, p. 266.

{Pour la page 187, voir note Q.) LIVRE NUMÉRAIRE AU XIV^ SIÈCLE.

On a vu que le sou toitrnois, fabriqué à Tours, était devenu commun à tout le royaume. Ce n'est pas la seule monnaie, d'abord locale, qu'on ait, plus tard, reproduite à Paris, et qui soit entrée et demeurée dans la division de la livre de compte française. La pite , monnaie de cuivre du xiir et du xiv^ siècle, est aussi dans ce cas. On la trouve désignée dans les chartes sous les dénominations de pouf/eoise [pocjesia)^ pite, picle [pic ta) OMpoictevine, nom qui indique assez son origine. Du Poitou , province ou cette espèce avait cours, l'usage de la pite s'étendit aux autres parties delà France dans la première moitié du xiv siècle, et Ton en fabriqua à Paris au commencement du règne de Philippe de Valois. Comme la livre de saint Louis était encore à cette époque le type de la monnaie forte ou bien réglée (ft), dans un travail de la nature du nôtre, il importe

(iv) Par une ordonnance du 6 septembre 1329, Philippe de Valois décida qu'il serait fabriqué des parisis d'or au poids et à l'aloi de 20 sols de bons petits parisis, comme du tempu de saint Louis. « Et attendu, » y est-il dit, « que le roi a suflisaininenl d'or, d'ar- « gent et de billon pour faire fabriquer ces monnoies, il n'en reli- « rera nul profil; pour chaque marc d'or fin, l'on donnera aux « monnoies 24 karats au poids du marc de S. Louis, et 830 gros tour- « nois d'argent. Aux monnoies du roy, l'on payera, pour le marc

« d'argent fin au poids du marc de S. Louis, 58 gros tournois.

« (58 sous d'argent de S. Louis^, prix du marc de son temps.) » C'est en vertu de la même ordonnance qu'on fabriqua de j.etues pietés, ou poitevines {pana pirta), h la monnaie de Paris. (T. Il, p. 34, de laCoilecl. du Louvre.;

d'avoir bien présents à la mémoire la nomenclature de la division, en monnaies réelles, de cette livre, et les rapports de ses fractions entre elles et avec l'unité. Tel est l'objet de l'échelle ci-dessous, dont la livre et la pite forment les deux points extrêmes.

La livre parisis ~ ^ \ livre tournois.

Le franc, ou livre tourn. . = 0 — 16^ parisis, ou 20^ lourn.

Le sou parisis = 1^ :| tournois, ou grand blanc,

ou gros denier blanc, ou douzain, ou gros tournois, ou tournois.

Le sou tournois = 2 mailles blanches, ou oboles

blanches, ou petits blancs, ou sizains, ou petits tournois d'argent.

La maille blanche, ou oboîe

blanche —.

La maille, ou obole tierce. = Le hardi (depuis, le liard). =

Le double parisis =

Le double tournois =

Le denier parisis =

Le denier tournois =

La maille, ou obole parisis. = L'obole tournois =

La pite parisis =

\ maille, ou obole tierce.

5 hardi, ou blane.

^ double parisis , ou royal double parisis, ou double et fort bourgeois.

\ double tournois, ou royal double tournois.

I deniers parisis, ou petit parisis, ou bourgeois.

\ denier tournois, ou petit tournois.

■j maille , ou obole parisis , ou obole bourgeois.

{ maille, ou obole tournois.

■| pite parisis, ou pite bourgeoise.

\ ï pile, ou picte, ou poitevine, ou pougeoise.

Toutes ces espèces furent d'abord des monnaies réelles ; mais, dans la suite, elles n'ont plus été, en grande partie, que des monnaies de compte. Une ordonnance de Philippe le Bel du mois de juillet 1313, confirmée par plusieurs autres du même siècle, défend de faire aucun achat , pavement

de marchandises et contrats, sinon à sous et livres tournois, ou au parisis. Ce mode fut interrompu d'après l'édit de Henri III (note R), portant qu'à l'avenir tous les comptes seraient faits par écus d'or sol, évalués à 60 sous pièce. Mais les inconvénients de cette nouvelle manière de compter ne permirent pas de la conserver; et Henri IV, par une ordonnance de septembre 1602, rétablit l'ancien compte à livres, sous et deniers, qui subsista jusqpi'à la création de la monnaie décimale [h).

(6) V. les Coll. d'Ordonn., Le Blanc, Paucton, etc.

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