A H C H I T E C T U K E M 1 L I T A IRE
pour réunir une armée elle convoquait les seigneurs, qui se rendaient à l’appel du suzerain avec les hommes qu’ils étaient tenus de fournir; ces hommes composaient une brillante gendarmerie d’élite suivie de bidauds , de valets , de brigands , formant plutôt un troupeau embarrassant qu’une infanterie solide. Le roi prenait à solde, pour combler cette lacune, des arbalétriers génois, brabançons, des corporations des bonnes villes. Les premiers, comme toutes les troupes mercenaires, étaient plus disposés à piller qu’à se battre pour une cause qui leur était étrangère; les troupes fournies par les grandes communes, turbulentes, peu disposées à s’éloigner de leurs foyers, ne devant qu’un service temporaire, profitaient du premier échec pour rentrer dans leurs villes, abandonnant la cause nationale qui n’existait pas encore à leurs yeux par suite du morcellement féodal. C’est avec ces mauvais éléments que les rois Philippe de Valois et Jean devaient lutter contre les armées anglaises et gasconnes déjà organisées , compactes, disciplinées et régulièrement payées. Ils furent battus, comme cela devait être. Les malheureuses provinces du nord et de l’ouest, ravagées par la guerre , brûlées et pillées, furent bientôt réduites au désespoir; des hommes qui avaient tremblé devant une armure de fer, lorsque cette armure paraissait invincible, voyant la fleur de la noblesse française détruite par des archers anglais et des coutilliers gallois, par de simples fantassins , s’armèrent à leur tour : que leur restait-il d’ailleurs ! et formèrent les terribles compagnies des Jacques. Ces troupes de soldats brigands , licenciées, abandonnées à elles-mêmes après les défaites, se ruaient sur les villes et les châteaux : « Et « toujours gagnoient povres brigands, dit Froissart, à dérober « et piller villes et châteaux, et y conquéroient si grand avoir
« (pie c’étoit merveille Ils épioient, telle fois étoit, et bien
« souvent, une bonne ville ou un bon chatel, une journée on « deux loin ; et puis s’assembloient vingt ou trente brigands, « et s’en aboient tant de jour et de nuit , par voies couvertes, « que ils entroient en celle ville ou en cel chatel (pie épié « a voient, droit sur le point du jour, et boutoient le feu en
DU MOYEN AGE
« mie maison on en deux. Et ceux de la ville cuidoient que ce « fussent mille armures de fer, qui vouloient ardoir leur ville : « si s’eufuyoient qui mieux mieux, et ces brigands brisoient « maisons, coffres et écrins , et prenoient quant qu’ils trouvoient,
« puis s’en alloient leur chemin, chargés de pillage Entre
« les autres, eut un brigand en la Languedoc, qui en telle « manière avisa et épia le fort châtel de Combourne qui sied « en Limosin, en très fort pays durement. Si chevaucha de « nuit à tout trente de ses compagnons , et vinrent à ce fort « châtel , et l’échellèrent et gagnèrent , et prirent le seigneur « dedans que on appeloit le vicomte de Combourne , et occirent « toute la maisnée de céans, et mirent le seigneur en prison en son « châtel même , et le tinrent si longuement , qu’il se rançonna à « tout vingt-quatre mille écus tous appareillés. Et encore détint « ledit brigand ledit châtel et le garnit bien, et en guerroya le pays. « Et depuis, pour ses prouesses , le roi de France le voulut avoir « de lez -lui , et acheta son châtel vingt mille écus; et fut « huissier d’armes du roi de France, et eu grand honneur de -lez « le roi. Et étoit appelé ce brigand Bacon. Et étoit toujours « monté de bons coursiers , de doubles roncins et de gros « palefrois , et aussi bien armé comme un comte et vêtu très « richement, et demeura en ce bon état tant qu’il vesqui'. » Voici le roi de France qui traite avec un soldat de fortune, lui donne une position supérieure , l’attache à sa personne ; le roi fait ici pour la défense du territoire un pas immense : il va chercher les défenseurs du sol en dehors de la féodalité, parmi des chefs sortis du peuple. C’est avec ces compagnies, ces soldats sans patrie, mais braves, habitués au métier des armes, avec ces routiers sans foi ni loi que du ff uesclin va reconquérir une à une toutes les places fortes tombées entre les mains des Anglais. Les malheurs, le désespoir avaient aguerri les populations; les paysans eux-mêmes tenaient la campagne et attaquaient les châteaux.
Pour conquérir une partie des provinces françaises, les Anglais n’avaient eu à lutter que contre la noblesse féodale ; après avoir
Froissart, ohap. 324, édit.. Buchon.