‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 23 sur 34 · A RC HIT E C T U RE M I L I T AI R E · texte numérisé non relu

A RC HIT E C T U RE M I L I T AI R E

« la, retirade je déliberay mettre tous les mousquets de la ville « ensemble l’arquebuserie , et, comme ils seroient dedans, faire « tirer l’artillerie et l’arquebuserie tout à un coup; et nous, « qui serions aux deux bouts, venir courant à eux avec les « picques, hallebardes, épées et rondelles 1 . » Cette dispo-

sition provisoire de la défense ne tarda pas à être érigée en système fixe, comme nous le verrons tout à l’heure.

Lorsque les effets de l’artillerie à feu furent bien connus, et qu’il fut avéré que des murs de maçonnerie de deux à trois mètres d’épaisseur (qui est l’épaisseur moyenne des courtines antérieures a l’emploi régulier des bouches à feu) ne pouvaient résistera une batterie envoyant de trois à cinq cents boulets sur une surface de huit mètres carrés environ 2, en abaissant le commandement des murs en maçonnerie on employa divers moyens pour leur donner une plus grande résistance. Dans les constructions .antérieures à l’artillerie à feu, pour résister à la mine, à la, sape et au mouton, déjà on avait pratiqué dans l’épaisseur des murs des arcs de décharge, masqués par le parement extérieur, qui , reportant le .poids des maçonneries sur des points isolés , maintenaient les 'parapets et empêchaient les murs de tomber d’une seule pièce, à moins que les assiégeants n’eussent préci-

1 Comment, du marée, de Montluc , édit. Buclion, p. 142.

3 Dès la fin du xvt* siècle, l’artillerie française avait adopté six calibres

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être que l’effet du hasard. Au XVIe siècle on perfectionna ce système; non-seulement on pratiqua des arcs de décharge dans l’épaisseur des courtines de maçonnerie , mais on les renforça de contre-forts intérieurs noyés dans les terrassements et buttant les revêtements au moyen de berceaux verticaux (59). On eut

le soin de ne pas lier ces contre-forts avec la partie pleine des murailles dans toute leur hauteur, pour éviter que le revêtement, en tombant par l’effet des boulets, n’entraînât les contreforts avec eux; ces éperons intérieurs pouvaient encore, en maintenant les terres pilonées entre eux , présenter un obstacle difficile à renverser. Mais ces moyens étaient dispendieux; ils supposaient toujours d’ailleurs des murailles formant un escarpement assez considérable au-dessus du niveau de la contrescarpe du fossé. On abandonnait avec peine les commandements élevés, car à cette époque encore l’escalade était fréquemment

de bouches à feu : le cauon, dont la longueur était de dix pieds, et dont le boulet pesait 33 liv 1/3; la couleuvrine, dont la longueur était de onze pieds, et dont le boulet pesait 16 liv. 1/2 ; la bâtarde, dont la longueur était de neuf pieds et demi, et dont le boulet pesait 7 liv. 1/2; la moyenne, dont la longueur était de huit pieds deux pouces, et dont le boulet pesait 2 liv. 3/4 ; le faucon dont la longueur était de sept pieds, et dont le boulet pesait 1 liv. 1/2 ; le fauconneau, dont la longueur était de cinq pieds quatre pouces, et dont le boulet pesait 14 onces. (La Fortification, par Errard, de Bar-le-Duc. Paiis, 1620. )

tentée par des troupes assiégeantes, et les attaques de places fortes en font souvent mention. Outre les moyens indiqués cidessus, soit pour mettre les murailles en état de résister au canon , soit pour présenter un nouvel obstacle à l’assaillant lorsqu’il était parvenu aies renverser, on rernparait les places, c’està-dire que l’on établissait en dehors des fossés au sommet de la contrescarpe, ou même comme garde du mur pour amortir le boulet, ou en dedans, aune certaine distance, des remparts de bois et de terre, les premiers formant un chemin couvert ou un revêtement de la muraille, et les seconds une suite de boulevards derrière lesquels on plaçait de l’artillerie : 1° pour .gêner les approches et empêcher de brusquer l’attaque, ou préserver le mur contre les effets du canon, 2° pour arrêter l’assiégeant lorsque la brèche était praticable. Les premiers remplaçaient les anciennes lices , et les seconds obligeaient l’assiégeant à faire un nouveau siège lorsque la muraille d’enceinte était renversée. Les remparts amortissaient le boulet et résistaient plus longtemps que les murailles en maçonnerie; ils étaient plus capables de recevoir et de garantir des pièces en batterie que les anciens chemins de ronde terrassés. On les construisait de diverses manières; les plus forts étaient établis au moyen d’un revêtement extérieur composé de pièces de bois verticales reliées par des croix de Saint- André, afin d’empêcher l’ouvrage de se disloquer lorsque les boulets en brisaient quelques parties. Derrière ce parement de charpente on enlaçait des fascines de menu bois connue un ouvrage de vannerie, puis on élevait un terrassement composé de

clayonnage et de couches de terres alternées. Quelquefois le rempart était formé de deux rangs de forts pieux plantés verticalement, reliés avec des branches flexibles et des entre-toises appelées clefs posées horizontalement (60) ; l’intervalle était rempli de terre grasse bien pilonée, purgée de cailloux et mélangée de brins

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de menu bois. Ou bien , c’étaient des troncs d’arbres couchés horizontalement, reliés entre eux par des entre-toises entaillées à mi-bois, les intervalles remplis comme il vient d’être dit (61).

On ménageait de distance en distance des embrasures garnies de portières. Si l’assiégé était pris au dépourvu , ou s’il ne pouvait se procurer de la terre convenable, il se contentait d’enlacer entre eux des arbres garnis d’une partie de leurs branchages ; les intervalles étaient bourrés de fascines (62) ' . Ces nouveaux

obstacles opposés à l’artillerie de siège firent employer des boulets creux, des projectiles chargés d’artifice qui, éclatant au milieu des remparts, y causaient un grand désordre. Peu à peu on dut renoncer aux attaques brusquées, et n’approcher des places ainsi munies qu’à couvert dans des boyaux de tranchée

1 Voy. le Roi sage. Récit des actions de l'empereur Maximilien Ier, pat Marc Treitzsaurwen, avec les gravures de Hannsen Burgmair. Publ. en 1775; Vienne. ( Les gravures en bois de cet ouvrage datent du commencement du xvie siècle. )

contournés dont les retours anguleux ou arrondis étaient défilés par des gabions remplis de terre et posés debout. Ces gros gabions servaient aussi à masquer les pièces en batterie ; l’intervalle entre ces gabions formait embrasure (63) 1. Lorsque l’assiégé

arrivait, au moyen des tranchées, à établir ses dernières batteries très-près de la place, et que celle-ci était munie de bons remparts extérieurs et de murailles d’un commandement considérable , force était de protéger la batterie de brèche contre les feux rasants et plongeants par des épaulements en terre surmontés de gabionnades ou de palis fortement reliés et doublés de clayonnages. Ces ouvrages ne pouvaient s’exécuter que. pendant la nuit, ainsi que cela se pratique encore de nos jours (Ci) 2.

Tout en perfectionnant la défense, en renforçant les murailles par des remparts de bois et de terre en dehors des fossés, ou contre le parement extérieur de ces murailles mêmes , on reconnut cependant que ces moyens, en rendant les effets de l’artillerie à feu moins terribles et moins prompts, ne faisaient que retarder les assauts de quelques jours ; qu’une place investie, voyant promptement des batteries de brèches se dresser à peu de distance des remparts, se trouvait enserrée dans ses murs

1 Voir la note à la page précédente.

2 Ihicl.

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sans pouvoir tenter des sorties ou communiquer avec les dehors. Conformément à la méthode employée précédemment, les

assaillants dirigeaient encore à la tin du xv" siècle et au commencement du XVIe toutes leurs forces contre les portes; les vieilles barbacanes en maçonnerie ou en bois (boulevards) n’étaient plus assez spacieuses ni assez bien flanquées pour

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obliger l’assiégeant à faire de grands travaux d’approches, on les détruisait facilement; et une fois logés dans ces ouvrages extérieurs, l’ennemi s’y fortifiait, y dressait des batteries et foudroyait les portes. Ce fut d’abord sur ces points (pie l’attention des constructeurs de fortifications se fixa. l)ès la fin du \ve siècle on s’était donc préoccupé avant toute chose de munir les portes, les têtes de pont, de flanquer ces portes par des défenses propres à recevoir de l’artillerie, en profitant autant que possible des anciennes dispositions et en les améliorant. Laporte i'i Mazelle (65), de la ville de Metz ', avait été renforcée

de cette manière; l’ancienne barbacane en A avait été dérasée et terrassée pour v placer du canon; la courtine B avait été

i Porte à Mazelle. à Metz Topog. de la Gaule, Mérian. 1655.

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remparée à T intérieur et celle C reconstruite de façon à battre la première porte. Mais ces défenses resserrées, étroites, ne suffisaient pas; les défenseurs étaient les uns sur les autres; les batteries de siège , dressées devant ces ouvrages accumulés sur un point, les détruisaient tous en même temps, et mettaient le désordre parmi les défenseurs. On se soumit bientôt à la nécessité d’élargir les défenses, de les étendre afin de battre un plus grand espace de terrain. C’est alors qu’on éleva des boulevards en dehors des portes pour les mettre à l’abri des effets de l’artillerie (66) 1 ; quelquefois ces boulevards étaient

munis de fausses braies pour placer des arquebusiers; si l’ennemi, après avoir détruit les nierions des boulevards et démonté les

' Porte de Leetoure. Ibid

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batteries, venait au fossé, les arquebusiers retardaient l’assaut. On donnait déjà une grande étendue aux ouvrages extérieurs, pour avoir des places d’armes en avant des portes. La puissance de l’artillerie à feu avait pour résultat d’étendre peu à peu les fronts, de faire sortir les défenses des anciennes enceintes sur lesquelles, autant par tradition que par un motif d’économie, on cherchait toujours à s’appuyer. Les villes tenaient à leurs vieux murs, et ne pouvaient tout à coup s’habituer à les regarder comme des obstacles à peu près nuis ; si la nécessité exigeait qu’on les modifiât, c’était presque toujours par des ouvrages qui avaient un caractère provisoire. Le nouvel art de la fortification était à peine entrevu, et chaque ingénieur, par des tâtonnements, cherchait non point -à établir un système général, neuf, mais à préserver les vieilles murailles par des ouvrages de campagne plutôt que par un ensemble de défenses fixes combinées avec méthode. Cependant ces tâtonnements devaient nécessairement conduire à un résultat général; on fit bientôt passer les fossés devant et derrière les boulevards des portes, ainsi que cela avait été antérieurement pratiqué pour quelques barbacanes, et à l’extérieur de ces fossés on établit des remparts en terre formant un chemin couvert. C’est ainsi que peu à peu on commandait les approches de l’assiégeant; on sentait le besoin de fortifier les dehors , de protéger les villes par des ouvrages assez saillants pour empêcher les batteries de siège de bombarder les habitations et les magasins de l’assiégé ; c’était surtout le long des rivières navigables, des ports, que l’on établissait déjà au xve siècle des bastilles reliées par des remparts, afin de mettre les vaisseaux à l’abri des projectiles. Les villes de IIull dans le Lincolshire, de Lubeck dans le Holstein, de Libourne, de Bordeaux, de Douai, d’Arras, de Liège, de Basic, etc., possédaient des bastilles propres à recevoir du canon. Nous donnons ici le plan de la ligne des bastilles de Kingston sur Hull reproduit par M. H. Parker (66 bis) L Quant aux bastilles de Lubeck,

1 Nome account of domest. arehit. in England frorn Edward I to

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elles étaient isolées ou reliées à la terre ferme par des jetées, et

formaient ainsi des saillants très -considérables entourés d’eau de toutes parts (66 ter)1. Ces dernières bastilles paraissent avoir été construites en charpentes , clayonnages et terre.

La méthode de défendre les portes par des bastions ou bou-

Richard II ; Oxford. J. H. Parker, 1853. Le château de Kingston sur IIull fut fondé par le roi Edouard Ier après la bataille de Dunbar, mais les fortifications qui sont reproduites ici sont certainement d’une date postérieure à cette époque, probablement de la fin du xve siècle. M. Parker fait observer avec raison qu’elles étaient conformes aux défenses extérieures adoptées en France.

1 D’après une gravure du xvi» siècle, tirée du cabinet de l’auteur.

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levards circulaires était appliquée en France du temps de Charles VIII. Machiavel, dans son Traité de l’art de la guerre ,

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