‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 26 sur 34 · A R C H I T E C T U R E MI L I T A I R E · texte numérisé non relu

A R C H I T E C T U R E MI L I T A I R E

nécessaires les fronts droits C 1) qui devaient détruire les batteries placées en B, réservant seulement les feux E enfilant les courtines pour le moment ou l’ennemi tentait de passer le fossé et de livrer l’assaut par une brèche faite en G. Ce dernier vestige des traditions du moyen âge ne tarda pas à s’effacer, et dès le milieu du xvf siècle on adopta définitivement une forme de bastions qui donna à la fortification des places une force égale à l’attaque, jusqu’au moment où l’artillerie de siège acquit une puissance irrésistible.

Il semblerait que les ingénieurs italiens, qui à la fin du xve siècle étaient si peu avancés dans l’art de la fortification , ainsi que le témoigne Machiavel, eussent acquis une certaine supériorité sur nous à la suite des guerres des dernières années de ce siècle et du commencement du XVIe. De 1525 à 1530 San Michèle fortifia une partie de la ville de Vérone, et déjà il avait donné à ses bastions une forme qui ne fut guère adopté en France que vers le milieu du xvf siècle. Cependant il existe un plan (manuscrit sur vélin) de la ville de Troyes, conservé dans les archives de cette ville , qui indique de la manière la plus évidente des grands bastions à orillons et faces formant un angle obtus; et ce plan ne peut être postérieur à 1530, car il fut fait au moment oii François Ier fit réparer les fortifications de Troyes, en 1524. Voici (71 bis) un fac-similé d'un des bastions tracés sur ce plan 1 . Quoi qu’il en soit, renonçant aux bastions plats, les ingénieurs français de la seconde moitié du xvT siècle les construisirent avec deux faces formant un angle obtus A (72), ou formant un angle droit ou aigu 1», afin de battre les abords des places par des feux croisés,

t Le fossé est plein d’eau. On voit en A de petites batteries masquées à double étage, probablement réservées en arrière des flancs couverts B, construits derrière les orillons. Les batteries B enfilent le devant des anciennes tours conservées. On remarquera que la maçonnerie qui revêt le bastion est plus épaisse à la pointe et diminue vers les orillons, là où l’on ne peut faire brèche; des contre-forts viennent encore épauler, sous le terrassement, tous les revêtements. Ce bastion est intitulé : boulevard de la Porte Saint-Jacques.

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en réservant des batteries casematées en C , quelquefois même à

deux étages, et garanties des feux de l’assiégeant par les orillons, pour pouvoir prendre une colonne d’assaut en flanc et presque

en revers, lorsque celle-ci s’élançait sur la brèche. Dans la

figure que nous donnons ici (72 bis), où se trouve représentée

cette action, on reconnaîtra l’utilité des flancs masqués par des

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oriUons : une des faces du bastion A a été détruite pour permettre l’établissement de la batterie de brèche en B ; mais les pièces qui garnissent le flanc couvert de ce bastion restent encore intactes et peuvent jeter un grand désordre parmi les troupes envoyées à l’assaut, au moment du passage du fossé, si au sommet de la brèche la colonne d’attaque est arrêtée par un rempart intérieur C élevé en arrière de la courtine, d’une épaule de bastion à l’autre, et si ce rempart est flanqué de pièces d’artillerie. Nous avons figuré également le bastion remparé à la gorge, les assiégés prévoyant qu’ils ne pourront le défendre longtemps. Au lieu de remparer les gorges des bastions à la hâte, et souvent avec des moyens insuffisants , on prit le parti, dès la fin du xvic siècle, dans certains cas, de les remparer d'une manière permanente (7 2 bis) 1 , ou d’isoler les bastions en

creusant un fossé derrière la gorge, et de ne les mettre en com-

1 Délie fort, if. di Giov. Scala, al christ», re di Francia di Navarra, Henrico IV. Roma, 1596. Ea figure reproduite ici est intitulée « Pi atta forma

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mimication avec le corps de la place que par des ponts volants on des passages très- resserrés et pouvant être facilement barricadés (72 bis ” ) 1 ; on évitait ainsi que la prise d’un bastion

coupr suh . A B

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n’entraînât immédiatement la reddition du corps de la place,

« fortissima difesa et sicura con una gagliarda retirata dietro o attorno « délia gola. » A, rempart, dit la'légende, d’arrière défense, épais de 50 pieds. B, parapet épais de 15 pieds et haut de 4 pieds. C, escarpement de la retirade, 14 pieds de haut. D, espace plein qui porte une pente douce jusqu’au point G. H, flanquement masqué par l’épaule I. K, parapet épais de 24 pieds, élevé de 48 pieds au-dessus du fossé. (Scala parle ici de pieds romains, 0,297,896.)

1 Ibid. Planche intitulée : « D'un buon modo da fabricare una piatta « forma gagliarda et sicura, quantunque la sia disunita délia cortina. » X, rempart derrière la courtine, dit la légende. C, pont qui communique de la ville à la plate-forme (bastion). D, terre-plein. E, épaules. I, flancs qui seront faits assez bas pour être couverts par les épaules E — Scala donne, dans son Traité des fortifications , un grand nombre de combinaisons de bastions; quelques-unes sont remarquables pour l’époque.

car il va sans dire que l’assiégeant cherchait à battre les bastions en brèche de préférence aux courtines, pour éviter l’effet direct des batteries masquées au moment de l’assaut. Voyant que les assiégeants s’attaquaient plus volontiers aux bastions pour faire brèche et donner l’assaut, les ingénieurs du xvr siècle disposèrent les batteries masquées par les orillons, de manière nonseulement à enfiler la courtine, mais aussi les faces des bastions voisins. Ainsi, une colonne d’assaut, qu’elle fût jetée soit sur un bastion soit sur une courtine battus en brèche, était toujours reçue par des feux croisés, à moins que les batteries masquées derrière les orillons n’eussent été éteintes , avant l’assaut , par un tir à ricochet ou à bombe.

Si ingénieux que fussent les expédients employés pour défendre les parties saillantes des fortifications , et pour couper leur communication avec le corps de la place , on ne tarda pas à reconnaître qu’ils avaient l’inconvénient de diviser les ouvrages, d’ôter les moyens d’arriver facilement et rapidement du dedans de la ville à tous les points saillants de la défense, et que les avantages résultant de l’isolement étaient loin de compenser les dangers; tant il est vrai que les formules les plus simples sont celles qu’on adopte en dernier lieu. On laissa donc les bastions ouverts à la gorge , mais on établit entre eux , pour protéger leur faces , et en avant des courtines, des ouvrages isolés qui devinrent d’une grande utilité pour la défense, et qui furent souvent employés pour empêcher les approches devant des fronts faibles ou de vieilles murailles; on leur donna le nom de ravelins ou de demi-lunes lorsque ces ouvrages ne présentaient que la forme d’un petit bastion, et de tenailles si deux de ces ouvrages étaient réunis par un front. A (72 ter) est un ravelin, et B une tenaille. Ces ouvrages étaient déjà en usage à la fin du xvr siècle, pendant les guerres de religion ; leur peu d’élévation les rendait difficiles à détruire, en même temps que leurs feux rasants produisaient un grand effet.

C’est aussi pendant le cours du XVIe siècle que l’on donna un talus prononcé aux revêtements des bastions et courtines, afin

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