‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 7 sur 34 · A R C H I T E ('TU RE AIILI T AIR E · texte numérisé non relu

A R C H I T E ('TU RE AIILI T AIR E

indiquent l'influence d’un homme de guerre; il ne s’agit plus ici de la défense isolée d’un poste, mais bien des frontières d’une grande province. De Bonnières à Gaillon, la Seine descend presque en ligne droite vers le nord-nord-ouest. Près de Gaillon, elle se détourne brusquement vers le nord-est jusqu’aux Andelys, puis revient sur elle-même et forme une presqu’île, dont la gorge n’a guère que deux mille six cents mètres d’ouverture. Les Français, par le traité qui suivit la conférence d’Issoudun, possédaient sur la rive gauche Vernon, Gaillon, Pacy-sur-Eure ; sur la rive droite, Gisors, qui était une des places les plus fortes de cette partie de la France. Fine armée dont les corps réunis à Evreux, à Vernon, et à Gisors, se seraient simultanément portés sur Rouen, en se faisant suivre d’une flottille, pouvait en deux jours investir la place et s’approvisionner de toutes choses par la Seine. Planter une forteresse à cheval sur le fleuve entre ces deux places de Vernon et Gisors, et de manière à commander la navigation, c’était couper les deux corps d’invasion, rendre leur communication avec Paris impossible, et les mettre dans la fâcheuse alternative d’être battus séparément sous les murs de Rouen. La position était donc parfaitement choisie. La presqu’île située en face les Andelys, facilement retranchée à la gorge, appuyée par une place très-forte de l’autre côté du fleuve, permettait l’établissement d’un camp que l’on ne pouvait songer à forcer. La ville de Rouen était couverte, et les armées françaises ne pouvaient s’avancer sur cette place, sans jeter un regard d’inquiétude sur le point militaire qu’elles laissaient entre elles et la France. Cette courte description fait déjà connaître que Richard était mieux qu’un capitaine d’une bravoure emportée. Voici comme le roi anglo-normand disposa l’ensemble des défenses de ce point stratégique (20*). A l’extrémité de la presqu’île A, du côté de la rive droite, la Seine côtoie des escarpements de rochers fort élevés qui dominent toute cette presqu’île. Sur une petite île B qui divise le fleuve, Richard éleva d’abord un fort octogone muni de tours, de fossés et de- palissades 1 ; un pont de bois

1 Les parties intérieures de cet ouvrage existent encore.

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de ce peut en C, sur la rive droite, il bâtit une enceinte, large tête de pont qui fut bientôt remplie d’habitations et prit le nom de Petit- Antlely. Un lac formé par la retenue des eaux de deux ruisseaux, en 1), isola complètement cette tête de pont. Le Crand-Andely E fut également fortifié et enclos de fossés encore existants. Sur un promontoire de roches crayeuses qui s’élève à plus de cent mètres au-dessus du niveau de la Seine, la forteresse principale fut assise en profitant de toutes les saillies du rocher; vers le sud, une langue de terre de quelques mètres de largeur réunit seulement ce promontoire aux collines environnantes. En bas de l’escarpement, et enfilée par le château, une estacade E composée de trois rangées de pieux vint barrer le cours de la Seine. Cette estacade était en outre protégée par des ouvrages palissadés établis sur le bord de la rive droite et par un mur descendant d’une tour bâtie à mi-côte; déplus, un fort fut bâti en H sur les bords de la Seine, et prit le nom de lloutavant. La presqu'île gardée, il était impossible à une armée de trouver un campement sur un terrain raviné , couvert de roches énormes. Le val situé entre les deux Andelys, rempli par les eaux du ruisseau, commandé par les fortifications des deux bourgs, ne pouvait être occupé. Le seul point attaquable de la forteresse était cette langue de terre qui la réunit aux collines au midi. Voici comment Richard, qui présidait lui-même à l’exécution de cette forteresse, qui ne quittait pas les ouvriers, hâtait leur travail en le dirigeant, établit ses défenses (20*’). En A, en face la langue de terre qui réunit l’assiette du château à la hauteur voisine, il fit creuser un fossé profond dans le roc et bâtit une forte et haute tour dont les parapets atteignaient le niveau du plateau dominant, afin de commander le sommet du coteau. Cette tour fut flanquée de deux autres plus petites en B ; les courtines, A I) vont en dévoilant et suivent la pente naturelle du roc; la tour A commandait tout l’ouvrage avancé A D U. Un second fossé également creusé dans le roc sépare cet ouvrage avancé du corps de la place. Les deux tours C C commandaient

basse cour. Un puits existait en F; sous Faire de la cour en G sont creusées de vastes caves soutenues par des piliers de réserve

i Ces quatre tours sont dérasées aujourd'hui ; on n’en distingue plus que le plan et quelques portions debout.

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probablement les tours D 1) La première enceinte du château E contenait les écuries, des communs et la chapelle ; c’était la

prenant jour dans le fossé I du château, et communiquant, par deux boyaux creusés dans le roc, avec les dehors. En lv s’ouvre la porte du château dont le seuil est élevé de plus de deux mètres au-dessus de la contrescarpe du fossé L. Du temps de Richard, un ouvrage posé sur un massif du roc réservé dans le fossé couvrait cette entrée; une herse, des ventaux et deux réduits ou postes, défendaient la porte, qui était en outre battue par les défenses du donjon M. Des logements étaient disposés du côté de l’escarpement en N, et une forte défense O flanquait la poterne P, qui s’ouvrait sur le chemin de ronde R. Probablement la porte de la. première enceinte était ouverte en S au-dessus des escarpements Du côté du fleuve en T s’étageaient des tours et flancs taillés dans le roc et munis de parapets. Une tour Y accolée au rocher, et communiquant au corps de la place par des escaliers et boyaux creusés dans le roc, se reliait à la muraille X qui barrait le pied de l’escarpement et les rives de la Seine, et qui se rattachait à l’estacade de pieux Y destinée à intercepter la navigation. Les grands fossés Z descendent jusqu’au bord de la rivière et sont creusés à main d’hommes. Une année avait suffi à Richard pour achever ces travaux immenses et toutes les défenses qui s’y rattachaient1 2. « Quelle est belle, ma fille d’un « an! » s’écria ce prince lorsqu’il vit son entreprise terminée 3 . A la fin du xne siècle , les fortifications normandes n’avaient aucun rapport avec les formes adoptées dans la construction du château Gaillard; aussi ne peut-on douter que Richard n’en soit l’unique auteur, et qu’il n’ait ordonné et tracé lui-même certaines dispositions défensives qui dénotent une profonde expérience de l’art militaire. Richard avait- il rapporté d’Orient ces connaissances très - avancées pour son temps? c’est ce qu’il nous est difficile de savoir; était-ce un reste des traditions ro-

1 Nous avons laissé au trait les défenses dont il ne reste plus que des traces à peine visibles.

3 Ecce quain pulchra lilia unius anui ! » ( Bromton, Hist. angl. scriptores anhqui, col. 1276. — Hist. du Chat. -Gaillard , par A. Deville. )

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maines1 ? Ou bien, ce prince avait-il , à la suite d’observa-

tions pratiques, trouvé dans son propre génie les idées dont il lit alors une si remarquable application?

Si nous jetons les yeux sur le plan 20**, nous remarquerons la configuration étrange de l’enceinte elliptique du château intérieur ; c’est une suite de segments de cercle de trois mètres de corde environ, séparés entre eux par des portions de courtine d’un mètre seulement. En plan, chacun de ces segments donne la figure suivante (20***) , qui forme un flanquement continu

très fort eu égard aux armes de jet de cette époque , ainsi que l’indiquent les lignes ponctuées. En élévation, cette muraille dont la base s’appuie sur le roc taillé présente un aspect formidable (20****). Aucune meurtrière n’est ouverte dans la partie inférieure, toute la défense était disposée au sommet2. Le donjon n’est pas moins intéressant à étudier ; il se compose (20*****) d’une suite de pyramides posées sur le sommet et accolées aux flancs de la tour. Ces pyramides devaient recevoir sur leur base retournée des arcs formant mâchicoulis 3 pour la défense rap-

1 Jean de Marmoutier, moine chroniqueur du xn« siècle, raconte que Geoffroy Plantagenet, grand-père de Richard Cœur-de-Lion, assiégeant un certain château fort, étudiait Je traité de Yégèce. (Ibid. )

Les constructions sont dérasées aujourd’liui au niveau du point ü; il est probable que des hourds ou bretèches se posaient, en cas de siège, à la partie antérieure des segments, ainsi que nous l avons indiqué en B. Nous en sommes réduit sur ce point aux conjectures.

s Ces couronnements n’existent plus; la construction est dérasée au

A K (J 11 1 T E C T URE M I El T A 1 K E

prochée, et porter un ])arapet crénelé pour la défense éloignée.

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