‹ Essai sur l'architecture militaire au Môyen âgeChapitre 8 sur 34 · COI E DE LA COUR · texte numérisé non relu

COI E DE LA COUR

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Ces pyramides mourant sur le talus inférieur donnaient des

poterne du donjon, au nord,

laquelle est percée dans le premier étage.

A RC H I T E C T U R E M I L IT A I R E

ébrasements très-judicieusement combinés pour battre le pied du donjon, en meme temps qu’elles consolidaient tout l’ ouvrage. Du côté de l’aire du château, ce donjon présentait un bec saillant (voir le plan 20**) qui rendait les maçonneries plus résistantes sur le seul point où il eut été possible de les saper.

Dans tous ces ouvrages, on ne remarque aucune sculpture, aucune moulure ; tout a été sacrilié à la défense : la maçonnerie est bien faite, composée d’un blocage de silex reliés par un excellent mortier revêtu d’un parement de petit appareil exécuté avec soin, et présentant sur quelques points des assises alternées de pierres blanches et rousses.

Tant que vécut Richard, Philippe- Auguste, malgré sa réputation bien acquise de grand preneur de forteresses , n’osa tenter de faire le siège du Château-Gaillard; mais après la mort de ce prince, et lorsque la Normandie fut tombée aux mains de Jeansans-Terre , le roi français résolut de s’emparer de ce point militaire qui lui ouvrait les portes de Rouen. Le siège de cette place, raconté jusques dans les pins menus détails par le chapelain du roi, Guillaume le Breton, témoin oculaire, fut un des plus grands faits militaires du règne de ce prince; et si Richard avait montré un talent remarquable dans les dispositions stratégiques de cette place et de ses abords , Philippe-Auguste conduisit sou entreprise en homme de guerre consommé.

Le Château-Gaillard était défendu par Roger de Lascy, connétable de Chester ; avec lui un grand nombre de chevaliers de renom s’étaient enfermés dans la forteresse. L’armée française investit la presqu’île de Bernières (voy. fig. 20*), appuyant sa gauche à. ce village, sa droite à Toëni. Le pont de bois qui reliait cette presqu’île au châtelet situé sur l’île d’Andely fut aussitôt rompu par les Anglo-Normands. Philippe-Auguste fit d’abord (et bien lui en prit) creuser un fossé d’un village à l’autre, et éleva un rempart de circonvallation K L. Afin de pouvoir faire

Nous supposons le bâtiment N enlevé afin de laisser voir l’escalier qui montait à cette poterne. ( Voir le plan 20**. )

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arriver les bateaux qui devaient lui permettre d’établir un pont en face du petit Andely pour passer sur la rive droite du fleuve, il lit rompre l’estacade par de hardis nageurs qui pratiquèrent une brèche pendant que l’on faisait une fausse attaque contre le châtelet. Une fois la brèche ouverte, « le roi, dit Guillaume « le Breton, fit amener des divers ports de la Seine une grande « quantité de ces bateaux plats qui servent habituellement au « passage des hommes, des bêtes de somme et des chariots (des « bacs) , et les unissant entre eux , côte à côte d’une rive à « l’autre, il plaça dessus 'un bon plancher de bois. Les bateaux « qui portaient ce plancher étaient retenus à de forts pieux « fixés çà et là, et furent armés de tourelles de distance en di- « stance. Quatre bateaux plus gros M furent attachés à la partie « centrale du pont, lequel s’appuyait à la pointe de file d’An- « dely en aval; sur ces bateaux deux grands beffrois bardés de « fer furent élevés afin de battre le châtelet. » Dès lors l’armée française passa sur la rive droite et campa en V sous les murs du petit Andely. Cependant Jean-sans- Terre tenta de secourir la place : il envoya un corps d’armée qui, la nuit, se jeta sur les derrières des Français à la gorge de la presqu’île pendant qu’une flotte partie de Rouen attaquerait le pont de bateaux ; mais les deux attaques ne furent pas faites simultanément; la ligne de circonvallation arrêta l’attaque par terre, donna au camp français le temps de se reconnaître, et la flotte, arrivée trop tard, fut repoussée avec des pertes considérables. Le châtelet fut bientôt pris ainsi que le petit Andely, et occupé par des garnisons françaises. Philippe- Auguste put mettre le siège devant le château Gaillard; il établit son camp sur le plateau R en face de la langue de terre qui réunit le château à la montagne. Mais l’hiver s’approchait, le roi espéra prendre la place par famine. Investie de toutes parts, la garnison se retira dans la triple enceinte de la forteresse; des lignes de contrevallation et de circonvallation encore visibles aujourd’hui furent tracées, et furent munies de sept bastilles en bois chacune espacées régulièrement. Pendant tout l’hiver de 1203 à 1201 l’armée française resta dans ses

lignes. Au mois de février 1204, Philippe- Auguste, qui savait que la garnison du château Gaillard avait pour plus d’un an de vivres, se décida à entreprendre un siège en règle. En face de la tour du coin A (fig. 20“), il fit aplanir le terrain de la langue de terre qu’elle dominait , et sur cette assiette il établit des galeries couvertes (chats) et un beffroi qui battait la tour, h* fossé fut comblé, et les pionniers attachés à la base de la tour A au-dessus de l’escarpement du rocher; bientôt la tour s’écroula sous ses étançons brûlés, la garnison abandonna l’ouvrage avancé, la première enceinte du château tomba au pouvoir du roi Philippe par surprise. Cinq bacheliers français dont Guillaume le Breton nous a conservé les noms s’introduisirent dans le bâtiment II par une petite fenêtre qui était peu élevée au-dessus du fossé, puis tout à coi p, poussant de grands cris, ils firent croire à la garnison qu’une troupe nombreuse avait envahi la première enceinte; les assiégés mirent eux-mêmes le feu aux bâtiments de la basse-cour, et se retirèrent dans le château. Après des efforts inouïs, Philippe- Auguste parvint à faire mettre en batterie, en face la porte du château K, une machine de jet, et à. attacher des pionniers à l’ouvrage qui défendait cette porte en faisant avancer un chat sur ce point. Bientôt la porte fut rompue, et une partie de la maçonnerie s’écroula. Les Français se précipitèrent sur la brèche avec une telle impétuosité que la garnison, réduite à cent quatre-vingts hommes, ne put se frayer un passage jusqu’à la poterne du donjon; entourée, elle dut mettre bas les armes. C’était le 6 mars 1204. Les premières opérations de l’attaque du châtelet et du passage de la Seine avaient eu lieu au mois d’août précédent. Certes, sous un autre prince que Jean-sans-Terre, le château Gaillard eût tenu plus longtemps, car l’armée assiégeante, harcelée par des troupes du dehors, n’eût pu procéder avec cette méthode et cet ensemble. Le journal de ce siège met en évidence un fait curieux pour 1 histoire de la fortification. Le château Gaillard, malgré sa situation, malgré l'habileté déployée par Richard dans les détails de la défense, est trop resserré. Déjà , pour cette époque, les dispositions défen-

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sives accumulées sur un point se nuisaient au lieu de se prêter appui ; les moyens d’attaque, en devenant plus énergiques, plus puissants, exigeaient des défenses plus étendues. Nous verrons tout à l’heure comment, pendant le xnr siècle, on simplifia les fortifications, on les soumit à des méthodes plus régulières et plus larges.

Le château de Montargis, dont la construction remontait au XIIIe siècle, et que nous donnons ici (20 bis) , était de même une

place assez forte pour exiger un siège en règle. 11 commandait la route de Paris à Orléans qui passait sous les portes défendues A et B. Des fossés S enveloppaient les défenses extérieures et intérieures. La route était battue de flanc par un front flanqué de tours et communiquait au château par une porte C (voy., fig. 28, la vue cavalière de cette entrée); une autre porte 1), passant à. travers une grosse tour isolée, était d’un accès très- difficile. Quant aux

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