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penses, et Theureux choix de mes plaisirs multipliera mes richesses.
Les hommes se présentent au sage sous deux rapports opposés. Réclament-ils un service, le plus tendre intérêt l'émeut. Veulent-ils le diriger, un profond dédain est le sentiment qu'il éprouve ^
Celui dont la raison est exercée, dont Fâme est courageuse, ne marche point sur la foi d'un guide incertain et faible, qui lui-même aurait besoin d'être conduit. L'opinion ! docile à ses lois bizarres, esclave de ses inipérieux caprices, approuvez-la toujours, et vous serez enfin condamné par elle.
J'entends les hypocrites m'accuser* j'entends des hommes faibles demander s'il n'est point dangereux de prêcher ainsi le mépris de l'opinion. En ne suivant qu'une partie des idées que j'énonce, on pourra s'égarer; mais aura-t-on adopté mes principes ? Un médecin avait choisi deux sortes de plantes pour en tirer un breu-
^ Mon excellent père me disait : « Aie le plus de rapports que tu pourras avec les hommes pour leur rendre dés services, et le moins qu'il te sera possible pour leur en demander. »
vage salutaire; le malade exprima le suc d'une seule, le prit et fut empoisonné.
Bannissons la timidité qui conduit au mensonge, et, pour servir la morale, soyons fidèles à la vérité. Le méchant et le sage brisent tous deux le joug de l'opinion, l'un pour faire plus mal, l'autre pour faire mieux que le commun des hommes.
Qu'un être dépravé commette moins de fautes en cédant aux caprices de l'opinion que s'il s'abandonnait à ses propres erreurs, je le conçois. Il est des passions cruelles et des vices honteux qu'elle réprouve, au milieu même de ses égaremens; mais elle donne à la fausseté le nom de politesse, à la lâcheté le titre de prudence. Craignez le ridicule est sa maxime favorite; et, pour former des hommes, il faudrait que, jusqu'au fond des cœurs, on imprimât cette autre maxime : Ne crains que les remords !
Non, tu n'auras point à rougir de mes leçons, toi qu'une âme simple et généreuse rend digne du bonheur; mais suis avec courage la route que je trace. En brisant les chaînes de l'opinion, fuis le joug plus honteux qu'impo-
sent les passions. En méprisant la multitude, redoute ces funestes instituteurs qui traitent la morale de fable populaire et prétendent à l'honneur de dissiper nos préjugés. Consulte les hommes instruits par les leçons des sages et de l'expérience; consulte ceux auxquels tu voudrais ressembler : ils t'apprendront surtout à descendre, en toi-même. Interrogée de bonne foi, la conscience nous éclaire. Dans le tumulte de nos vices, malgré nous elle se fait entendre, et, si nos passions l'altèrent, après l'orage elle fait reparaître encore la vérité : ainsi le fleuve, troublé par la tempête, aussitôt qu'il se calme, réfléchit de nouveau l'azur du ciel et la verdure de ses rives.
Oh ! chez un peuple formé par de sages lois, où la droiture régnerait dans les actions et la franchise dans les discours, il faudrait écouter la voix de l'opinion dans un religieux silence, et suivre ses arrêts comme ceux de la Divinité même. Phocion demandait quelle sottise il avait dite, quand les Athéniens l'applaudissaient.
Heureux le pays où cette question serait une plaisanterie coupable, où je devrais déchirer une partie de ce chapitre !
J'ignore si je ne serai point accusé de contradiction. A peine je conçois qu'en cherchant le bonheur on soit approuvé par la multitude; j'ai dit quel dédain doit inspirer l'opinion, et je sens cependant qu'il serait doux d'être aimé des hommes. On reçoit leurs services, on leur doit de connaître le plaisir d'obliger; on partage souvent les faiblesses qu'on leur reproche. Des rapports multipliés avec eux font souhaiter leur affection; elle n'est pas nécessaire pour être heureux, mais elle donnerait au bonheur un charme plus vif.
Puissions-noUs, en suivant la route qu'indique la sagesse, obtenir l'estime et goûter même les délices d'un sentiment plus doux, plus précieux encore ! L'amitié est à l'estime ce qu'une fleur est à la tige qui la soutient.
Mais je ne penserai jamais qu'on doive s'asservir aux caprices de l'opinion. Il faut d'abord être content de soi; et, s'il se peut, contenter les autres ensuite. Pour mériter l'affection, je n'aperçois que deux moyens : aimer les hommes et cultiver les vertus qui répandent des charmes sur leur vie.